Dominique Morin (BRGM) : « Le numérique est aujourd’hui incontournable pour travailler sur les données géologiques »

22 juillet 2021

Le Bureau de recherches géologiques et minières, longtemps spécialiste de l’extraction des ressources minières, a diversifié ses expertises pour traiter davantage de sujets liés à l’environnement, le développement durable ou encore la prévention des risques naturels. Des expertises que le BRGM valorise intensivement depuis quelques années, grâce notamment à sa filiale Sageos. Dominique Morin, responsable de l’innovation du BRGM, revient pour nous sur les résultats de l’évolution de cette stratégie.

Une des missions du BRGM consiste à diffuser le contenu de ses travaux auprès de [ses ?] partenaires. Sur quelles activités le BRGM est-il particulièrement sollicité actuellement ?

Dominique Morin. Le BRGM mène des activités très variées dans le domaine géoscientifique, comme la mise au point de procédés de valorisation des matières premières minérales, la mesure en temps réel des niveaux des réserves d’eau souterraine à l’échelle nationale, ou encore le stockage souterrain de CO2. Ces dernières années, nous sommes particulièrement sollicités sur les questions de gestion des ressources en eau, par des collectivités publiques comme par des industriels (Veolia, Suez…). Nous avons déjà réalisé des transferts technologiques sur ces sujets, tels des outils d’évaluation des ressources, et nous sommes le principal contributeur à la mise à disposition de données publiques dans ce domaine.

Quels sont les marchés sur lesquels le BRGM a construit son expertise ?

L’économie circulaire est un des nouveaux marchés sur lesquels nous nous sommes positionnés. Nous avons, par exemple, exploré récemment la possibilité d’exploiter les résidus miniers avec des opérateurs européens. Le développement de l’électronique a également ouvert de nouvelles opportunités. La miniaturisation de capteurs embarqués sur des vecteurs aériens légers (drones, ULM ou petits hélicoptères) nous a permis de développer des concepts de services géophysiques aéroportés, qui apportent des données complémentaires aux relevés d’informations de terrain et par des moyens aéroportés lourds (avion ou hélicoptère). Nous investissons aussi beaucoup sur la mise en valeur de notre expertise en matière de gestion de l’environnement, comme celle développée pour la protection des littoraux et la prévention des risques naturels.

Quelle place le numérique occupe-t-il au BRGM ?

Le numérique est aujourd’hui incontournable pour travailler sur les données géologiques, et nous nous sommes effectivement renforcés dans ce domaine. Nous nous sommes formés nous-mêmes, et nous avons engagé de nouveaux profils, en intelligence artificielle notamment. Nous avons également signé un partenariat avec Atos (accord datant de 2015 pour développer des services dans les secteurs des géosciences, de l’environnement et du BTP). C’est dans ce cadre que nous avons décidé de participer à la chaire de recherche sur le jumeau numérique de l’ESTP (en collaboration avec Egis, Bouygues Construction, Schneider Electric, le BRGM, SNCF Réseau et Arts et Métiers). Un des objectifs du projet est d’assurer l’interopérabilité des données.

Comment la stratégie de valorisation du BRGM a-t-elle évolué ces dernières années ?

Nous avons changé de culture. Auparavant, nous avions tendance à mettre ce que nous savions faire en vitrine, en attendant que les industriels nous remarquent. Désormais, nous sommes plus volontaristes, et nous nous adaptons plus significativement à leurs besoins. Le virage a été significatif après 2017, et la prise de fonction de la nouvelle présidente du BRGM, Michèle Rousseau. Nous avons multiplié les accords-cadres avec de nouveaux partenaires. Nous avons aussi construit un processus de maturation pour de possibles innovations, des sujets à potentiel d’innovation, fondé sur de nouvelles capacités à développer des modèles économiques de projets industriels créateurs de valeur. Une fois la viabilité des projets établie, nous soumettons à Sageos ceux qui peuvent faire l’objet d’un investissement pour la réalisation d’un projet industriel avec d’autres partenaires.

Comment améliorer selon vous l’activité de valorisation du BRGM ?

Deux aspects sont essentiels pour améliorer notre capacité de valorisation, donc de création de valeur : Il s’agit, d’une part, de l’accélération de la montée en maturité des projets de R&D porteurs d’innovation potentielle que nous réalisons. Et, d’autre part, de la démonstration de l’attractivité et de la viabilité technico-économiques des solutions que nous proposons.

Propos recueillis par Florent Detroy

Le BRGM en chiffres :

  • Nombre de brevets déposés par an : entre 4 et 5.
  • Nombre d’entreprises créées par le BRGM : entre 5 et 10.
  • Budget du BRGM : 145 millions d’euros sur les cinq dernières années, financés à 50 % par des agences et des contrats industriels.

Quel est le rôle de Sageos, la filiale chargée des investissements capitalistiques du groupe BRGM ?

Dirigée par Frédéric Jory, Sageos a pour rôle de faire émerger des nouvelles activités (services, produits) sur des marchés émergents. Ces activités doivent être positionnées sur une des six thématiques prioritaires du BRGM, que sont la géologie, la gestion des eaux souterraines, les risques et aménagements du territoire, les ressources minérales et économie circulaire, la transition énergétique et données, et les services et infrastructures numériques.

Les projets peuvent être issues de la recherche interne de l’Établissement, ou provenir de développements externes aux services du BRGM. Sageos a actuellement deux filiales et deux participations sur des thématiques liées à la géothermie, l’économie circulaire et la géophysique. Depuis 2018, Sageos a développé un système de valorisation et de transfert de la R&D interne. L’entreprise intervient notamment dans la recherche de partenaires. Sageos souhaite aussi être un investisseur de long terme, pour laisser le temps aux nouvelles entités de s’implanter sur leurs marchés.

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