Pourquoi le projet européen Coroma est un demi-succès pour Beneteau

5 décembre 2019

Prototype du robot développé dans le cadre du projet Coroma ©EuropeTechnologies

Le projet européen Coroma (Cognitively enhanced robot for flexible manufacturing of metal and composite parts), lancé en octobre 2016, devait permettre au constructeur de bateaux de plaisance Beneteau de faire poncer les coques des bateaux par un « cobot », un robot collaboratif. Trois ans après, alors que le programme a pris fin en octobre, les coques sont encore poncées à la main. Un résultat qui ne déçoit pourtant pas l’équipe Innovation de l’industriel, qui a développé une solution alternative. 

Programmer un robot pour qu’il s’occupe des tâches industrielles pénibles la nuit, et affecter la main-d’œuvre à des fonctions à forte valeur ajoutée en journée : c’était le rêve qu’a nourri un temps l’équipe Innovation du constructeur naval Beneteau. En 2016, Benoit Furet, chercheur à l’Université de Nantes et directeur du laboratoire RoMaS (Robots and Machines for Manufacturing, Society and Services), rentre en contact avec le groupe installé à Saint-Gilles-Croix-de-Vie en Vendée, et lui propose de rentrer dans le projet européen Coroma. Le projet de trois ans, lancé dans le cadre du programme H2020 de l’Union européenne, consiste à développer un robot intelligent, capable de participer à la production de pièces métalliques et composites. Les applications envisagées sont variées : ponçage, perçage, ébavurage, contrôle non destructif (CND)… Son budget total est de 7 260 000 euros*.

L’université de Nantes fait jouer son réseau
Benoit Furet entre en contact avec Beneteau parce qu’il connaît bien les problématiques de l’industriel. « La fabrication de bateaux en fibre de verre implique des opérations manuelles, comme du ponçage, du polissage, de l’ébarbage [découpe]. Ce sont des opérations pénibles qui produisent des vibrations, de la poussière, de la pollution… Nous cherchions à robotiser ces tâches, notamment pour maintenir la fabrication en Vendée », explique Bruno Merchie, responsable Innovation du Groupe Beneteau. La robotisation du ponçage est d’autant plus urgente que le constructeur est alors confronté à un autre défi, le recrutement. « Beaucoup de collaborateurs partent en retraite, et il est difficile de motiver les jeunes. D’autant qu’ils n’ont pas le même attachement à leur région », précise Bruno Merchie.

« Il a fallu secouer Stäubli

pour qu’il participe à ce projet »

Benoit Furet

Benoit Furet est à la manœuvre. Il s’efforce de former une « équipe de France » autour de Beneteau pour participer à Coroma. Il convint BA Systèmes pour fournir l’AGV (véhicule à guidage automatique), puis Europe Technologie pour assembler les différentes briques technologiques. Il réussit même à impliquer le géant de la robotique Stäubli, installé en Savoie, malgré l’étroitesse du marché de la construction navale pour la plaisance. « Il a fallu secouer Stäubli pour qu’il participe à ce projet », reconnaît Benoit Furet. En parallèle de cette équipe centrée sur la construction navale, deux autres se forment, autour d’un acteur du nucléaire, l’espagnole Ensa, et de l’aéronautique, l’espagnole Aciturri. En tout, Coroma rassemble 16 partenaires européens.

Le projet imaginé par l’équipe de Benoit Furet repose sur l’installation d’un bras robotisé équipé d’une ponceuse sur un VGA ; ce bras doit ensuite travailler en toute autonomie dans un environnement inconnu. C’est la première fois que Beneteau participe à un projet d’une telle ampleur, mais les conditions rassurent l’industriel français. « Pour nous, il est difficile de travailler très en amont sur des projets de recherche. Mais l’université connaissait nos problématiques, et il y avait un financement important », explique Bruno Merchie. Le groupe vendéen reçoit en effet 200 000 euros de la Commission européenne, soit 70 % de ses dépenses prévues. « Nous étions dégagés des obligations de ROI », reconnaît-on chez Beneteau.

« Le retour sur investissement
n’aurait pas été évident »

Bruno Merchie

Un cobot trop complexe
Coroma s’est officiellement achevé en septembre dernier et le projet est considéré comme un succès. L’équipe a réalisé un prototype et a démontré qu’il était possible d’effectuer jusqu’à 80 % du ponçage d’une coque de bateau avec un cobot, le tout dans un environnement contrôlé. Cette validation théorique n’a toutefois pas satisfait entièrement la direction de Beneteau. Inquiet devant l’importance de l’investissement à consentir, la direction a décidé de ne pas installer le cobot développé. « Le retour sur investissement n’aurait pas été évident », euphémise Bruno Merchie. L’Université de Nantes admet qu’il y a eu des obstacles, en cours de route, qui ont freiné le projet. « Au moment où nous rédigeons le projet, il est déjà formaté. Une des contraintes est que nous sommes obligés de suivre le projet, même s’il évolue. Il faudrait qu’il y ait une plus grande souplesse », explique Benoit Furet.

Néanmoins, les partenaires ne parlent pas d’échec. Car Beneteau a mené, en parallèle, un autre programme de robotisation, toujours avec l’Université de Nantes, nourri en partie par les travaux autour de Coroma. « Nous avons également travaillé sur un cobot, mais moins sophistiqué et moins complexe », indique Bruno Merchie. Europe Technologie se montre encore plus positif. L’entreprise a renforcé ses relations avec l’Université de Nantes, mais aussi celle de Sheffield, partenaire de Coroma, et a développé des offres auprès d’industriels comme Alstom, grâce à ses travaux dans le projet initial. « Nous avons également pu réaliser des offres auprès d’Aciturri, qui est un fournisseur de rang 1 dans l’aéronautique », commente Vincent Desfontaine, directeur R&D d’Europe Technologies. De son côté, l’Université de Nantes a aussi profité du projet Coroma. L’équipe de RoMaS met actuellement à profit ses travaux dans le cadre de ses collaborations avec d’autres partenaires industriels, dans l’aéronautique ou le ferroviaire : « Dans les secteurs où il faut travailler sur de grandes pièces », résume Benoit Furet.

*Le projet COROMA a reçu le support financier du programme pour la Recherche et l’Innovation Horizon 2020 de la Commission Européenne au travers de la convention no.723853

Trois à retenir :
Beneteau s’est servi des travaux réalisés dans le cadre de Coroma pour développer une solution plus en phase avec ses besoins et ses capacités.
Un projet européen permet de développer des relations avec d’autres partenaires académiques et industriels.
Un projet européen comporte un faible risque financier.