Sophie Brouard, pionnière de la valorisation en santé

6 juillet 2020

Le CNRS vient de décerner quatre médailles de l’innovation. Cette récompense honore des chercheurs, dont les travaux exceptionnels ont permis de valoriser la recherche scientifique française. Sophie Brouard, directrice de recherche au CNRS et lauréate de la médaille 2020, revient pour nous sur ce qu’elle attend, aujourd’hui, de la valorisation.

Le parcours 

Sophie Brouard réalise sa thèse au sein de l’unité Inserm 437 à Nantes, aujourd’hui Centre de recherche en transplantation et immunologie (CRTI, Université de Nantes/Inserm/ITUN/CHU de Nantes) de 1995 à 1998. La thèse porte sur l’immunologie de la transplantation. Elle rencontre le Professeur Jean-Paul Soulillou, qui dirige à l’époque le laboratoire de recherche. Après un post-doctorat à Harvard (Boston, USA), elle revient au sein de l’équipe du CRTI en tant que chercheuse CNRS en 2000. 

Elle développe avec son équipe une nouvelle visualisation de l’analyse du répertoire du TCR. Se pose alors la question de la valorisation. « Un collègue nous a dit de protéger rapidement notre méthode, avant toute publication ». L’équipe découvre alors le chemin de la valorisation. « Nous nous sommes rendus compte que nous avions parlé de nos résultats dans plusieurs congrès, nous avions fait tout à l’envers » se rappelle Sophie Brouard.

La valorisation 

Un brevet est finalement déposé. La chercheuse, d’à peine 30 ans, épaulée par le Professeur JP. Soulillou et une jeune post-doctorante, passe alors des concours d’entrepreneurs organisés par l’Anvar. « Nous nous sommes retrouvés devant des panels d’industriels, qui nous demandaient notre business plan. Nous n’avions qu’une présentation scientifique, très détaillée, de nos travaux, nous étions à côté de la plaque » se souvient amusée Sophie Brouard. 

L’équipe d’entrepreneurs a l’opportunité de rentrer en contact avec M. Hiance, chercheuse en biotechnologie, et expérimentée dans le lancement de start-up. Elle leur apporte des conseils et leur fait rencontrer des industriels. L’entreprise TcLand voit finalement le jour. Suivront de nouvelles spin-off, Effimune qui deviendra OSE Pharma dans les années 2010. « Aujourd’hui, même si je fais des recherches plus fondamentales, je me pose toujours la question de savoir à quoi elles serviront ».

Ses recommandations 

La chercheuse, impliquée dans une dizaine de brevets, a vu le paysage de la valorisation considérablement changer en 20 ans. « À l’époque nous ne savions pas déposer un brevet. Aujourd’hui, il suffit d’appeler la Satt ». La chercheuse apprécie cette aide apportée désormais aux chercheurs/entrepreneurs. Par exemple, elle suit depuis fin 2019 le programme Deeptech Founders de Bpifrance, dans le cadre d’un nouveau projet de création d’entreprise.

Le lancement d’une spin-off reste toutefois compliqué selon la chercheuse. Les négociations entre ses tutelles, CNRS, Inserm, CHU, Université, autour de la répartition de la propriété intellectuelle restent toujours un sujet à débattre. « Ça ne favorise pas les relations avec les industriels ». Egalement, elle souligne les difficultés pour financer les phases d’amorçage. « Clairement, il manque un accompagnement financier lorsque l’on est prêt à monter son entreprise » explique-t-elle. « Actuellement, dans la majorité des cas, il faut financer soi-même le lancement de l’entreprise » explique la chercheuse. 

Les trois autres chercheurs lauréats 

  • Daniel Hissel : fondateur de la start-up H2SYS
  • Arnaud Landragin : fondateur de l’entreprise Muquans
  • Franck Molina : à l’origine de plusieurs transferts vers des entreprises (BioRad, Alcediag, Tronico, DiaDx et Skillcell)