Franck Lefèvre (Onera) : « notre taux de réussite aux appels à projets européens est élevé »
L’Office national d’études et de recherches aérospatiales (Onera) a pour mission de faire avancer la recherche scientifique au profit de la défense, de l’espace et de l’aéronautique française. Face aux enjeux de souveraineté et de sécurité nationale, il mène aussi bien des travaux fondamentaux au service de l’État que des recherches finalisées dans le cadre de collaborations industrielles. Point sur la stratégie de recherche et d’innovation avec Franck Lefèvre, directeur technique général de l’Onera.
Comment la recherche et l’innovation s’organisent-elles au sein de l’Onera ?
L’activité de recherches est organisée autour de trois directions de programmes thématiques : défense, spatial et aéronautique civile. Ces directions mettent en œuvre la stratégie de l’Onera et font le lien entre les départements scientifiques, les services de l’État et les industriels. D’autre part, la direction scientifique générale pilote les recherches menées sur la subvention pour charge de service public afin de préparer le futur. Elle coordonne les actions de formations par la recherche en s’appuyant sur un vivier de plus de 300 doctorants. L’Onera dispose également d’une direction de la valorisation et de la propriété intellectuelle, pour faire bénéficier d’autres secteurs industriels de ses avancées technologiques.
Dans quels champs disciplinaires l’Onera mène-t-il des travaux ?
La recherche de l’Onera est menée au sein de sept départements scientifiques distincts : DAAA (aérodynamique, aéroélasticité acoustique), DEMR (électromagnétisme et radar), DMAS (matériaux et structures), DMPE (multiphysique pour l’énergétique), DOTA (optique et techniques associées), DPHY (physique, instrumentation environnement et espace) et DTIS (traitement de l’information et systèmes). Les recherches menées dans ces départements couvrent des niveaux de maturités technologiques très différents : de très faibles à très élevés allant jusqu’aux démonstrateurs opérationnels, permettant ainsi de répondre aux besoins opérationnels de nos forces et d’en faciliter l’industrialisation.
Pouvez-vous citer quelques exemples de recherches effectués à l’Onera ?
L’Onera fait de la recherche finalisée jusqu’au démonstrateur technologique. Ainsi, dans le domaine de la physique fondamentale, les scientifiques de l’Onera ont, par exemple, mis au point des gravimètres quantiques, aujourd’hui opérés par la marine française, faisant d’elle la première au monde à disposer d’une technologie quantique opérationnelle. Autre exemple, dans le domaine des radars avec le développement du démonstrateur Nostradamus, un radar transhorizon à onde de ciel, capable de surveiller les mouvements aériens à très longue portée, grâce à un effet « rebond » sur l’ionosphère. Notre recherche est interdisciplinaire, nous avons donc élaboré de nouveaux concepts d’aéronefs en nous appuyant sur des solutions aéropropulsives novatrices. Le projet Espadon pour la défense vise à étudier les très hautes vitesses, qu’il s’agisse de la propulsion hypersonique (mach 5+) ; du guidage, de la résistance des matériaux ou de nouvelles formes furtives. Pour l’aviation civile, le projet Gullhyver étudie de nouveaux moteurs moins polluants et silencieux, de nouveaux carburants, comme l’hydrogène ou de nouveaux types d’ailes ; toutes ses innovations conduisant à réduire l’impact environnemental du transport aérien.
Existe-t-il des exemples où des recherches qui ont abouti à des applications hors du secteur aérospatial ?
En effet, c’est le rôle de la direction de la valorisation de l’Onera qui a permis de transférer des technologies vers des domaines éloignés de nos sujets, comme la santé. Ainsi, nos chercheurs ont développé la technologie de l’optique adaptative pour corriger les perturbations engendrées par les turbulences atmosphériques. Elle a été adaptée au profit de l’ophtalmologie, permettant ainsi de visualiser les cellules rétiniennes et d’apporter une avancée significative dans la détection précoce des dégénérescences maculaires liées à l’âge (DMLA) en collaboration avec l’Hôpital des Quinze-Vingts de l’AP-HP. Autre exemple avec des recherches sur le développement de nouveaux matériaux permettant de réduire le bruit des moteurs d’avions. Cette technologie est aujourd’hui utilisée pour des masques réducteurs de bruit pour la téléphonie. D’autres applications pourraient être envisagées pour inclure ces matériaux dans les sièges d’avion pour réduire les nuisances sonores.
Quelle place l’Onera a-t-il dans le milieu académique et universitaire ?
L’Onera est pleinement intégré dans la recherche académique française, je pense évidemment à l’Université Paris-Saclay ou à l’Institut polytechnique de Paris, mais aussi dans le cadre de nos implantations régionales. Nous contribuons à la formation de plus de 300 doctorants en les accueillant au sein de nos laboratoires. Soit par le biais de contrats de formation par la recherche, financés en propre ou bien en cofinancement avec d’autres organismes (DGA, CNES, CNRS, CEA, DGAC, universités…). Nous avons également des étudiants en thèses Cifre dans le cadre de nos partenariats industriels. Nos implantations régionales facilitent les liens avec les acteurs locaux de la recherche, en Occitanie, Hauts-de-France ou Sud PACA. Ces partenaires régionaux apportent un soutien important à nos investissements de recherches.
Qu’en est-il de la reconnaissance à l’international de l’Onera ? Comment cela se traduit-il ?
L’Onera est un organisme scientifique de renommée mondiale. Il a présidé pendant deux ans, l’IFAR (International Forum for Aviation Research), qui regroupe les principaux centres de recherche aéronautique mondiaux. En Europe, notre taux de réussite aux appels à projets européens est élevé (auprès du Fonds européen de défense ou des programmes Clean Aviation de la Commission européenne). Nous sommes un partenaire de référence pour de nombreux organismes de recherches étrangers, comme la NASA dans le domaine de la réduction de bruit aéronautique ou le laboratoire Sondra franco-singapourienne sur l’activité radar, pour n’en citer que quelques-uns. La participation de nos chercheurs et de nos doctorants à des colloques internationaux contribue au rayonnement de l’office. Preuve de notre légitimité scientifique, chaque année, des chercheurs de l’Office sont lauréats de prix scientifique internationaux, certains également pilotent des programmes européens de recherche dans le cadre des projets collaboratifs réunissant plusieurs laboratoires ou industriels européens.
