Hémato-oncologie : des nanoanticorps pour améliorer la sensibilité des tests diagnostiques
Le 16 décembre, le LabCom NVDIAG a été inauguré par le Laboratoire d’ingénierie des systèmes macromoléculaires du CNRS et BioCytex, le spécialiste des solutions bioanalytiques. L’ambition ? Travailler sur le développement de nanoanticorps de nouvelle pour améliorer la qualité et la spécificité des tests de diagnostic en hémato-oncologie.
Et si la clé des kits de détection biologique de nouvelle génération se trouvait chez les lamas ? Cela semble saugrenu, mais c’est pourtant ce qui pourrait découler des travaux menés dans le cadre du LabCom NVDIAG (Nano-Antibody Generation Using Extracellular Vesicles for DIAGnostic Purposes) inauguré le 16 décembre dernier. Cette collaboration, associant le Laboratoire d’ingénierie des systèmes macromoléculaires (LISM) du CNRS et l’entreprise BioCytex, vise à exploiter le potentiel de « nanobodies » – nanoanticorps de camélidés – pour le diagnostic médical. « Les anticorps utilisés dans les kits de détection pour le diagnostic médical manquent parfois de spécificité en matière de reconnaissance. En effet, la production d’anticorps traditionnels est souvent réalisée contre des domaines solubles, ce qui perturbe la conformation native de ces protéines et peut entraîner des incohérences dans les résultats de diagnostic par cytométrie en flux ou ELISA. C’est pour lever ces verrous concernant les applications en hémato-oncologie que nous avons initié cette coopération », explique Alain Roussel, directeur de recherche en biologie structurale au LISM du CNRS, à l’origine du projet.
Générer des nanoanticorps spécifiques et non compétitifs
Financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR) et la Région Sud – Provence-Alpes-Côte d’Azur, Le LabCom va s’appuyer sur l’expertise industrielle de Maxime Moulard, directeur scientifique chez BioCytex, ainsi que sur le savoir-faire en ingénierie moléculaire et structurale du LISM pour l’ingénierie des vésicules extracellulaires. Ces vésicules, d’une taille de 100 nm, sont utilisées comme plateformes pour exprimer des protéines membranaires d’intérêt dans un état d’oligomérisation natif et physiologique. « Cela permet de révéler les épitopes originaux ou conformationnels qui seraient masqués si les protéines membranaires cibles étaient présentées sous forme soluble. On souhaite donc exploiter cette propriété pour générer des nanoanticorps de camélidés (VHH) innovants », explique Clara Bouyx, responsable opérationnelle du LabCom NVDIAG.
Élaborer un test diagnostique compagnon
Dans un premier temps, le LabCom entend se focaliser sur le développement de kits de détection pour le diagnostic et le suivi de patients souffrant de myélome multiple. « Les personnes atteintes de cette maladie présentent un dérèglement de la maturation des lymphocytes B dans la moelle. Il a récemment été montré que cette maladie pouvait causer le relargage de vésicules dans le sang », détaille Alain Roussel. Le LISM et Biocytex associeront donc leurs expertises respectives pour trouver des nanobodies innovants, comme l’explique Clara Bouyx : « Nous souhaitons générer des nanoanticorps ciblant CD38 qui soient non compétitifs des anticorps thérapeutiques Daratumumab ou Isatuximab pour réaliser des tests diagnostiques compagnons. » D’autres travaux vont être menés sur le suivi des leucémies aiguës lymphoblastiques (cible CD19) et les leucémies aiguës myéloïdes (récepteur CD33) et l’activation plaquettaire (cible CD63). « Nous allons aussi explorer l’utilisation des vésicules extracellulaires pour la production d’assemblages complexes de plusieurs protéines membranaires, comme dans le cas de CD42a/CD42b, dans le but de développer un diagnostic différentiel du syndrome de Bernard-Soulier », complète Clara Bouyx.
