La start-up MAAsiRNA utilise l’ARN interférent contre la maladie de Charcot-Marie-Tooth

11 décembre 2023

La start-up parisienne MAAsiRNA a bénéficié d’un transfert de technologie de la SATT Paris-Saclay afin de poursuivre le développement d’un traitement contre la maladie de Charcot-Marie-Tooth. Fondé sur l’utilisation d’ARN interférent, ce produit pourrait être testé chez l’homme en 2026.

La technologie est relativement récente. Objet d’un prix Nobel en 2006, l’ARN interférent (siARN) a été utilisé dans un premier traitement mis sur le marché en 2018. Le leader incontesté du domaine, l’Américain Alnylam, a déjà commercialisé cinq produits fondés sur cette technologie. Le Pr David Adams, de l’Université Paris-Saclay, qui a notamment travaillé sur le développement clinique des produits d’Alnylam, a mené des travaux de recherche translationnelle pour mettre au point un siARN contre la maladie de Charcot-Marie-Tooth. Une neuropathie héréditaire qui touche plus d’un million de personnes dans le monde et qui est aujourd’hui sans solution thérapeutique.

« Alnylam était intéressé par ce produit, mais les négociations avec la SATT Paris-Saclay ont échoué. Nous avons donc décidé de créer en mars dernier une start-up, MAAsiRNA, pour porter le projet », confie Antoine Barouky, fondateur et directeur général de la start-up. Ce dernier travaillait justement chez Alnylam auparavant. « J’avais rejoint le groupe en 2016, en étant le seul employé opérationnel en Europe. La société rassemble aujourd’hui 320 personnes sur le territoire. Je voulais retrouver une petite structure », précise-t-il.

Une double innovation

Par rapport à une thérapie génique, qui modifie les gènes présents dans le noyau, le recours aux siARN cible l’ARN messager (ARNm) présent dans le cytoplasme des cellules. « Le siARN régule l’expression de l’ARNm, qui est surexprimé dans la maladie de Charcot-Marie-Tooth », explique Antoine Barouky. Sans modifier les gènes, ces traitements nécessitent donc des injections régulières. « Les produits à base de siRNA, aujourd’hui sur le marché, requièrent des injections toutes les trois semaines à trois mois », poursuit le dirigeant.

Il y a eu beaucoup de tentatives et autant d’échecs dans cette pathologie, car les cellules de Schwann sont difficiles à atteindre

Antoine Barouky

Au-delà du brin de siRNA en lui-même, le traitement de MAAsiRNA possède une seconde innovation : une nanoparticule de squalène, qui transporte ce brin et le fait pénétrer au sein des cellules de Schwann. C’est au sein de ces cellules que l’ARNm est surexprimé, provoquant la maladie de Charcot-Marie-Tooth. « Il y a eu beaucoup de tentatives et autant d’échecs dans cette pathologie, car les cellules de Schwann sont difficiles à atteindre », précise le dirigeant. Les premiers tests précliniques ont démontré que la nanoparticule de squalène permettait bien d’y délivrer les brins de siRNA. « Les transporteurs utilisés habituellement, comme dans les produits d’Alnylam, sont des nanoparticules lipidiques, semblables à celles employées dans les vaccins à ARNm. Ces dernières ont plutôt tendance à cibler les cellules du foie », détaille Antoine Barouky.

Pour poursuivre les investigations, MAAsiRNA bénéficie d’ores et déjà d’un premier financement, réparti en deux tranches de deux et cinq millions d’euros. « Un fonds familial belge participe au tour de table. Cette somme permettra de recruter environ cinq personnes, et de financer une grande partie des études réglementaires et avancées précliniques. » Si les résultats sont positifs, les études cliniques pourraient débuter en 2026. « Il nous faudrait alors lever au moins vingt millions d’euros pour financer la phase une, et préparer la phase deux », prévoit le dirigeant.

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