Spartha Medical développe un spray antiviral contre le Covid-19

1 avril 2020

Philippe Lavalle, directeur adjoint de l’équipe « Biomatériaux et Bioingénierie » de l’Inserm

© Inserm/Patrick Delapierre

Créée en 2019, la start-up deeptech Spartha Medical, issue des travaux de recherche de l’Inserm à Strasbourg, s’apprêtait à conquérir le marché hospitalier avec son spray antimicrobien. En quelques jours, la start-up s’est repositionnée sur le marché des antiviraux, et pourrait permettre d’éliminer le Covid-19 de n’importe quelle surface. Un premier produit pourrait être disponible d’ici quelques mois.


C’est par hasard que l’équipe du chercheur Philippe Lavalle a découvert les propriétés antimicrobiennes de certains polymères. En 2014, le service « biomatériaux et bio-ingénierie », de l’Inserm et de l’Université de Strasbourg, que codirige le chercheur, travaille sur les biopolymères pour créer des assemblages moléculaires possédant des activités biologiques.

Objectif : réussir à créer un revêtement anti-inflammatoire, pour répondre aux problèmes d’inflammation des tissus autour des implants. L’association de deux biopolymères, la poly (arginine) et l’acide hyaluronique, se révèle plus performante qu’espérée. En plus de ses propriétés anti-inflammatoires, le film créé révèle également des propriétés antimicrobiennes. Et ce sans ajout d’antibiotiques.

« Nous avions des contacts avec des industriels, mais ils ne voulaient pas prendre de risques concernant une technologie aussi jeune »

Le marché hospitalier en ligne de mire
Un premier financement de l’institut Carnot MICA, spécialiste des matériaux, permet de lancer les études. Il reçoit également le soutien de la Commission européenne, dans le cadre du projet Immodgel.

La Satt Conectus repère très vite la découverte, lance un premier programme de maturation, puis pousse l’équipe à valoriser ses recherches par l’intermédiaire d’une start-up. Les chercheurs se convainquent également qu’il s’agit du meilleur moyen de rendre accessible cette technologie. « Nous avions des contacts avec des industriels, mais ils ne voulaient pas prendre de risques concernant une technologie aussi jeune », explique Philippe Lavalle. 

Au total, quatre brevets sont déposés et, en octobre 2019, la start-up Spartha Medical voit le jour.

Haro sur les maladies nosocomiales. Spartha Medical s’attaque en priorité au marché hospitalier. La start-up veut répondre aux défis des maladies nosocomiales qui sont à l’origine chaque année de 4000 décès en France (37 000 en Europe), selon l’équipe de chercheurs.

La solution « sprayable », de Spartha Medical, permet de prévenir les infections sur tous dispositifs médicaux tels que les pansements, les implants ou, encore, les dispositifs médicaux, comme les cathéters ou les sondes. En plus de l’efficacité de sa solution, Spartha Medical met en avant sa simplicité. « Le spray peut être utilisé sur n’importe quelle surface », rappelle Philippe Lavalle.

[Le chiffre : Une infection nosocomiale sur deux est liée à des dispositifs médicaux implantés.]

D’antimicrobien à antiviral
L’épidémie de Covid-19 confine l’équipe de la start-up, mais leur réflexion les pousse à se demander si leur solution antibactérienne ne pourrait pas servir à combattre le virus Covid-19. « Nos composants, comme les polysaccharides, sont connus pour inhiber la réplication des virus », précise le docteur en biophysique de l’université de Strasbourg.

En quelques jours, le chercheur prend contact avec l’institut de recherche sur les maladies virales et hépatiques (Inserm/Université de Strasbourg), pour tester les propriétés antivirales de son spray.
Encouragées par ces premiers échanges, Spartha Medical et les équipes de l’Inserm décident de répondre à l’appel à projets flash de l’ANR sur le Covid-19, lancé début mars, avec pour objectif de transformer son spray antimicrobien en spray antiviral. 

MICA assure le premier financement
En théorie, le produit pourrait être disponible en quelques mois. « L’institut de virologie possède déjà les protéines du Covid-19, nécessaires à son entrée dans la cellule, et donc à l’infection. De notre côté, le revêtement à tester est déjà prêt », ajoute le chercheur.

L’équipe de Spartha Medical estime que le soutien de l’ANR permettrait d’apporter des premiers éléments de réponses d’ici trois mois. En parallèle, la start-up a reçu un premier financement, de la filière Sport Santé Bien-être du Carnot MICA (Fast Spor’In), pour démarrer le projet.

« Les protéines du virus vont probablement se modifier au cours du temps. L’IA peut nous permettre d’anticiper ces mutations »


L’IA pour anticiper la mutation du virus
Spartha prépare même la sortie de crise, en anticipant la mutation du virus et l’émergence de nouvelles épidémies. L’équipe dirigeante travaille depuis plusieurs mois avec Preste, une entreprise spécialiste de l’intelligence artificielle. Les deux acteurs ont repris contact lors de l’éclatement de la crise, et ont commencé à travailler sur l’identification de molécules antivirales à inclure dans le revêtement.

« Les protéines du virus vont probablement se modifier au cours du temps. L’IA peut nous permettre d’anticiper ces mutations et d’adapter notre produit pour continuer à bloquer les protéines », explique Philippe Lavalle. Des tests sont en cours, pour modéliser les différents scénarios. « Il faut avoir une stratégie pour l’après Covid-19 », affirme le chercheur.

Par Florent Detroy

Ce qu’il faut retenir :

  • Spartha Medical est une start-up biotech et medtech, issue des travaux de recherche d’une équipe de l’Inserm à Strasbourg
  • Elle développe un spray antiviral qui pourrait protéger les surfaces contre le Covid-19
  • Elle a répondu à l’appel à projets flash de l’ANR contre le Covid-19

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