Thibaud Guymard (Biogen) : « Notre objectif est d’utiliser l’IA pour apporter de nouvelles solutions à des problématiques de santé »
À l’occasion du salon MedInTech, Thibaud Guymard, directeur innovation, services et digital et membre du comité de direction de Biogen France, a reçu le Prix de l’espoir en santé. Cette distinction récompense l’engagement du laboratoire en faveur de l’innovation, notamment dans le champ du digital et de l’intelligence artificielle. Pour POC Santé, Thibaud Guymard détaille cette stratégie d’innovation et les projets actuellement en cours.
Vous venez de recevoir le Prix de l’espoir en santé au salon MedInTech. En quoi cette distinction reflète-t-elle la place de l’innovation digitale au sein de Biogen ?
Thibaud Guymard : Recevoir ce prix a été une surprise et j’en suis très honoré. Il reflète l’engagement de longue date de Biogen en matière d’innovation. Cela fait neuf ans que je suis chez Biogen ; j’ai rejoint la filiale française et son comité de direction il y a trois ans et demi. Nous avons mis en place une filiale avec l’ambition d’apporter des solutions innovantes pour améliorer les parcours de soin. Cette vision s’incarne au sein du département innovation, services et digital, qui regroupe diverses compétences en matière de digital et d’innovation.
Comment l’intelligence artificielle transforme-t-elle aujourd’hui vos démarches d’innovation ?
Notre objectif est d’utiliser l’IA pour apporter de nouvelles solutions à des problématiques de santé, en particulier dans le domaine des maladies rares. Nous portons, par exemple, le projet Axia dans l’ataxie de Friedreich, une maladie qui débute souvent par des troubles de l’équilibre et pour laquelle l’errance diagnostique est en moyenne de cinq ans. Pour tenter de réduire ce délai, nous allons développer une IA capable d’analyser de façon sécurisée les données des hôpitaux sur des patients ayant consulté à plusieurs reprises pour pertes d’équilibre ou chutes. L’objectif est de repérer des personnes ayant une probabilité élevée de présenter cette pathologie. Pour y parvenir, nous collaborons avec différents acteurs de l’écosystème, sous l’égide du comité stratégique de filière industries et technologies de santé et avec le soutien de l’association Radar. Axia se déploie en plusieurs étapes. Nous espérons démontrer la validité de l’algorithme avec Codoc, une start-up experte en IA, et en nouant un partenariat avec le CHU d’Angers. Si les résultats sont concluants, l’étape suivante consistera, dès l’année prochaine, à optimiser l’outil et à l’étendre à un plus grand nombre d’établissements de santé. À terme, notre ambition n’est pas de conserver cet algorithme, mais de le confier à des acteurs publics ou privés capables d’en assurer le déploiement à grande échelle dans l’ensemble des centres hospitaliers français, voire pour d’autres pathologies.
Les biomarqueurs digitaux permettent de capter des données à domicile de façon régulière
Thibaud Guymard
Au sein de Biogen, vous avez aussi œuvré au développement des biomarqueurs digitaux. Où en sont vos projets dans ce domaine ?
Les biomarqueurs digitaux sont un sujet important chez Biogen, en particulier dans le domaine des maladies neurodégénératives. Ils répondent à une limite importante des essais cliniques traditionnels. Aujourd’hui, l’évaluation de l’efficacité des traitements dans les phases II, III et IV repose souvent sur des critères d’observation, avec des tests cliniques comme « le test de marche des six minutes » (6MWT) et bien d’autres. Même s’ils sont reconnus, ces tests présentent une forte variabilité, due à de nombreux biais, qu’ils soient liés à l’examinateur, au centre ou encore à la manière dont le patient est accompagné lors du test. L’ambition des biomarqueurs digitaux est justement de dépasser ces limites. Grâce à des capteurs, présents notamment dans les smartphones, il devient possible de suivre de manière beaucoup plus fine l’évolution des symptômes d’un patient. Les biomarqueurs digitaux permettent de capter des données à domicile de façon régulière, donc d’améliorer la compréhension de la progression de la maladie. Nous avons lancé plusieurs initiatives dans ce domaine, dont la plateforme Konnectom. Initialement développée en interne, cette innovation a été confiée à la start-up Indivi, afin d’accélérer son déploiement. Cette solution continue aujourd’hui d’être utilisée par Biogen, mais aussi par d’autres laboratoires.
Quelle est votre approche pour collaborer avec les start-up deeptech et les acteurs académiques ?
La clé d’une collaboration réussie avec des start-up deeptech réside dans le fait de partager des objectifs communs, mais aussi une vision claire du cadre de collaboration. Le but est de créer une relation équilibrée, où chacun trouve de la valeur. Avec les laboratoires de recherche et les CHU, nous adoptons une approche similaire, fondée sur la transparence et la complémentarité. Nous veillons à valoriser d’abord les expertises respectives plutôt que de positionner la collaboration uniquement sous un angle financier. Cette logique collaborative peut aller jusqu’au partage de la propriété intellectuelle. Chez Biogen, nous couvrons un spectre assez large en matière de maturité technologique, mais nous intervenons relativement peu sur des projets très amont. Notre point de départ est généralement la validation de concept, à partir du niveau de TRL 3, jusqu’à des solutions très matures.
Propos recueillis par Audrey Fréel
