Elyès Jouini (IUF) : « Il faut du temps pour passer les différentes étapes de l’entrepreneuriat »

29 septembre 2026

L’Institut universitaire de France soutient l’excellence de la recherche, en permettant aux chercheurs de se consacrer presque exclusivement à la recherche pendant cinq ans. L’extension de ces programmes aux projets d’innovation donne à l’IUF un rôle émergent dans le monde de l’innovation deeptech. Elyès Jouini, administrateur de l’Institut universitaire de France, détaille pour Bpifrance les nouvelles ambitions de l’IUF.

Pouvez-vous nous rappeler les principales missions de l’IUF ?

L’IUF a été créé en 1991, avec pour objet d’être le réseau d’excellence de la recherche universitaire française. Nous sélectionnons des enseignants-chercheurs via un jury international, et pendant cinq ans, ils ont une décharge d’enseignement. Ils sont déchargés des deux tiers de leur service d’enseignement, et n’en assurent donc plus qu’un tiers. Cette part d’enseignement restante leur permet de ne pas être complètement coupés des étudiants. Autre avantage : ils restent au sein de leur université.

Est-ce qu’ils reçoivent des ressources financières pour leur recherche ?

Ils reçoivent un petit budget de recherche et une prime. Mais l’atout le plus important de ce dispositif, c’est le temps accordé à ces chercheurs : c’est ce dont ils manquent le plus.

Pourquoi cette période de cinq ans ?

C’est une spécificité de l’IUF. Aujourd’hui, n’importe quel enseignant-chercheur peut demander un congé sabbatique, ou une « délégation au CNRS », pour une année. Seul l’IUF offre cinq années, avec la garantie de disposer de temps pour sa recherche. C’est la même logique dans l’innovation. Il faut du temps pour passer les différentes étapes de l’entrepreneuriat.

Combien de chercheurs ont profité de ce dispositif ?

En 1991, il y avait 40 lauréats. Au fur et à mesure, le dispositif s’est étoffé, car il s’est révélé efficace et relativement peu coûteux. Aujourd’hui nous comptons 200 lauréats pour chaque appel, répartis entre 100 chercheurs juniors et 100 chercheurs seniors.

Pourquoi avoir lancé un nouveau dispositif pour les projets d’innovation ?

La loi de programmation de la recherche (LPR) a permis la création de davantage de chaires IUF. Nous sommes ainsi passés de 110 à 200 chaires en quelques années. La loi demandait, de plus, de consacrer 20% de ces chaires à la médiation scientifique et à l’innovation. Cela s’est traduit à l’IUF par la création de 15 chaires juniors en innovation et de 5 chaires seniors en innovation, ainsi que de 15 chaires juniors en médiation et de 5 chaires seniors en médiation.

Sur quels critères sont choisis les lauréats ?

Pour 200 postes ouverts cette année, nous avons reçu plus de 1000 candidatures, en particulier sur les chaires seniors. Le taux de sélection est ainsi de l’ordre de 15%. Les dossiers sont alors évalués par un jury international et interdisciplinaire de très haut niveau.

Quels sont les critères retenus dans la sélection des projets d’innovation ?

Nous prenons en compte la maturité des recherches, les possibilités de les transférer, et la démarche globale du chercheur. En matière d’innovation, les niveaux de maturité des projets sont très variés. Certains sont dans une phase encore exploratoire, d’autres ont un projet de start-up, d’autres encore ont déjà créé leur entreprise voire ont déjà levé des fonds.

Nous sollicitons d’ailleurs un ensemble d’experts pour sélectionner ces projets : membres des universités, anciens lauréats IUF, médaillés du CNRS… nous allons bientôt ouvrir la possibilité d’inclure des personnalités qualifiées en matière d’innovation, qui ne seraient pas nécessairement issues du monde académique.

Vous avez organisé un premier événement avec Bpifrance plus tôt dans l’année. Pourquoi vous rapprocher de la banque publique ?

Nos dispositifs sur l’innovation sont relativement récents, et nous souhaitons apporter d’autres ressources aux porteurs de projets. L’événement avec Bpifrance a d’abord permis de faire pitcher les chercheurs devant des acteurs financiers. À l’avenir, je voudrais pérenniser ce type d’action, en organisant par exemple un événement tous les ans, en développant des webinaires, du partage d’informations, ainsi que des formations. En matière d’innovation, le premier élément qui manque aux enseignants-chercheurs, c’est souvent l’information.

Est-ce que cela va prendre la forme de collaborations concrètes avec la banque publique ?

Nous allons commencer par inviter Bpifrance à la cérémonie annuelle d’installation des nouveaux membres (au Grand Amphi de la Sorbonne) pour une première prise de contact avec ces nouveaux lauréats. Nous allons probablement également intégrer un événement annuel dans le cadre de la European deeptech week.

Nous envisageons également, avec Bpifrance, de faire bénéficier nos membres des webinaires Tango Tandem (rencontre entre porteurs de projets et professionnels susceptibles de devenir des cofondateurs).

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