SioCore fabrique des avatars de tumeurs en cinq minutes
Issu du Brain Tech Lab de Grenoble, SioCore transforme des fragments tumoraux en modèles 3D reproduisant l’architecture de la tumeur d’un patient. Cette technologie s’inscrit dans les New Approach Methodologies (NAMs), de nouvelles méthodes destinées à réduire le recours à l’expérimentation animale tout en développant des modèles plus proches de la réalité clinique. Une double promesse qui a valu au projet le Prix Deep Impact 2026.*
Réduire le fossé entre les essais précliniques et la réponse réelle des patients. C’est l’ambition de SioCore, projet porté par William Bourgeois au sein du Brain Tech Lab, unité associant l’Université Grenoble Alpes, l’Inserm et le CHU Grenoble Alpes. Alors que les lignées cellulaires et les modèles animaux reproduisent imparfaitement la complexité des cancers, l’équipe développe des tumoroïdes directement issus de tissus humains.
Une empreinte fidèle du tissu d’origine
La technologie repose sur une puce en silicium sur laquelle est pressé un fragment prélevé lors d’une opération. Une partie du tissu adhère à la surface, puis est recouverte d’une matrice extracellulaire, un gel qui reproduit l’environnement mécanique de la tumeur. SioCore conserve ainsi l’organisation du prélèvement. « C’est vraiment un avatar de la tumeur : on ne la déconstruit pas et on reprend son architecture », explique William Bourgeois.
« En cinq minutes, on a généré notre tumoroïde. L’empreinte elle-même prend environ vingt secondes », précise le chercheur. À partir d’une pièce opératoire classique de 2 cm³, l’équipe peut produire au moins une centaine de modèles. Ceux-ci peuvent être mis en culture pour tester des traitements ou congelés à -80 °C. SioCore travaille avec le CHU Grenoble Alpes à la constitution d’une première biobanque de tumoroïdes.
Plus de 100 tumeurs cérébrales testées
Développée initialement en neuro-oncologie, la technologie a déjà été validée sur plus de 100 tumeurs cérébrales, chez l’adulte comme chez l’enfant. L’équipe soumet ses tumoroïdes aux mêmes traitements que les patients ( radiothérapie et chimiothérapie ) puis compare leurs évolutions. À terme, elle veut en faire un test compagnon aidant à sélectionner les molécules les plus pertinentes. « Notre vision est d’intégrer les essais cliniques afin que le tumoroïde soit utilisé directement dans les protocoles personnalisés des patients », souligne William Bourgeois. Le projet étend désormais son démonstrateur à d’autres cancers solides agressifs : sein triple négatif, poumon, pancréas, ovaire ou peau. Le protocole développé au laboratoire a été converti en kits prêts à l’emploi, utilisables par des chercheurs, des techniciens ou directement au bloc opératoire.
Une création prévue durant l’hiver
Entré en maturation et en incubation chez Linksium en janvier 2026, SioCore prévoit de créer sa société entre la fin de l’année et le début de 2027. Aux côtés de William Bourgeois, les chercheurs François Berger et Ali Bouamrani participent au projet historique. La technologie s’appuie sur deux brevets de l’Université Grenoble Alpes autour du silicium et de l’empreinte. Une troisième demande, consacrée au tumoroïde, a été déposée en 2025.
La stratégie de financement est en cours de dimensionnement, notamment dans le cadre de l’accompagnement Linksium. L’équipe étudie les aides régionales, les dispositifs de Bpifrance, le concours i-Lab et les business angels avant une éventuelle levée de fonds. Elle complète parallèlement ses compétences scientifiques et cliniques par des profils spécialisés dans la finance et l’industrialisation. L’enjeu sera désormais de transformer ce procédé de laboratoire en une gamme standardisée et d’en démontrer la valeur auprès des industriels du médicament et des hôpitaux.
*Le prix est organisé par Linksium et Bpifrance dans la dynamique du PUI Grenoble Alpes porté par l’UGA et en partenariat avec l’USMB.
Ce qu’il faut retenir
- Valeur ajoutée : technologie sur puce en silicium permettant de générer en cinq minutes des tumoroïdes qui conservent l’architecture du tissu d’origine, afin de mieux tester les traitements et, à terme, d’orienter les choix thérapeutiques.
- Niveau TRL : 5-6
- Besoins de financement : en cours de dimensionnement
- Marché visé : laboratoires pharmaceutiques, équipes de recherche et établissements de santé, avec un premier développement en neuro-oncologie, puis une extension aux cancers solides agressifs du sein, du poumon, du pancréas, de l’ovaire et de la peau.