Chaires d’innovation de l’IUF : trois lauréats présentent leur innovation

29 septembre 2026

L’IUF participe depuis 2021 aux efforts de transformation de la recherche académique d’excellence en innovations de rupture. A travers le programme de chaires d’innovation, lancé dans le cadre de la LPR, les chercheurs souhaitant valoriser leurs travaux de recherche peuvent bénéficier d’une décharge de cinq années : un temps précieux pour développer leur projet, chercher de nouveaux financements ou encore se former à l’entrepreneuriat. Trois chercheurs lauréats ont accepté de nous présenter leur projet, et de revenir sur la façon dont ces chaires d’innovation leur ont permis d’accélérer la transformation de leur recherche en innovation.

La chaire d’innovation de l’IUF : mode d’emploi

Créées en 2021 dans le cadre de la loi de programmation de la recherche (LPR), les chaires d’innovation de l’IUF permettent à des enseignants-chercheurs de consacrer davantage de temps au développement d’un projet d’innovation. Les lauréats bénéficient pendant cinq ans d’une décharge des deux tiers de leur service d’enseignement et d’un financement. Cette période doit leur permettre de faire avancer leur projet et de franchir les différentes étapes qui peuvent mener au transfert, à la création d’une start-up ou au développement d’une entreprise. « Il faut du temps pour passer les différentes étapes de l’entrepreneuriat », explique Elyès Jouini, administrateur de l’IUF.

Chaque année, 15% des 200 chaires ouvertes par l’IUF concernent des projets d’innovation. Le nombre de candidatures est limité à trois par période de cinq ans. Avec ces chaires, l’IUF met l’innovation au rang de ses nouvelles priorités. Elle rappelle ainsi le lien fort qui relie la recherche académique aux innovations de rupture, et la nécessité de soutenir les chercheurs tout au long de leur parcours.

HUGS : une chaire pour aller chercher des financements européens

Julien Pernot a obtenu une chaire d’innovation en 2024 pour le projet HUGS. Il consiste à associer les capacités des semi-conducteurs en diamant à des technologies d’optique, afin de créer des transistors avec un contrôle non-volatile. Ce projet s’inscrit dans une dynamique en plein essor autour du diamant. Popularisé par des start-up comme Diamfab, dont Julien Pernot est l’un des cofondateurs, le diamant permet de créer des substrats de semi-conducteurs à large bande aux performances supérieures à celles du silicium, voire au GaN (nitrure de gallium) ou au SiC (carbure de silicium). « L’objectif de HUGS est d’utiliser des ”dopants” très profonds au diamant, pour assurer la conductivité, et surtout de permettre d’exciter ces dopants optiquement, et non thermiquement. Le composant devient ainsi actif avec la lumière, ce qui permet de mieux contrôler ses transitions. Le Graal serait de fabriquer une LED directement sur le diamant. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons intitulé le projet HUGS, qui signifie « câlin » en anglais » explique Julien Pernot, professeur des universités à l’Université Grenoble Alpes et à l’Institut Néel. Les applications de ce type d’innovations sont encore lointaines, mais ces composants pourraient permettre de réaliser de la cartographie des champs magnétiques, avec des applications dans la santé ou l’électronique de puissance.

J’ai très vite considéré l’IUF comme un levier pour aller chercher d’autres financements

Julien Pernot

Le programme de chaire d’innovation apporte les ressources dont Julien Pernot a besoin pour mener le projet. Le développement de nouveaux composants électroniques, dont les délais de conception et de développement sont longs, a la particularité d’être en prime particulièrement capitalistique. La chaire innovation a ainsi donné le temps au chercheur de candidater à de nouveaux guichets de financements. « J’ai très vite considéré l’IUF comme un levier pour aller chercher d’autres financements. D’ailleurs, dans notre dossier de candidature, l’IUF nous a demandé de rédiger deux pages sur un pré-projet, de type ERC, que nous souhaitons effectivement aller chercher pendant ces cinq années », explique-t-il.

Le chercheur, devenu entre-temps directeur adjoint de l’Institut Néel en charge de l’innovation et de la valorisation, a déjà rempli une partie de ses objectifs. Grâce au temps supplémentaire obtenu, il a amené son équipe à intégrer un projet européen, en collaboration avec Bpifrance. L’Institut participe ainsi au projet européen DireQT, qui consiste à créer une ligne pilote quantique, dans le cadre du JU Chips. Le projet mobilise 25 partenaires, et est financé à hauteur de 50 millions d’euros, cofinancé par Bpifrance via le dispositif i-Demo. Il espère décrocher de nouveaux financements pour son projet dans les années à venir. D’ici là, il va avancer sur le couplage LED et diamant, avant de s’attaquer, dans un second temps, à la valorisation de la solution.

Système nanoparticulaire : une chaire pour financer les premiers essais pré-cliniques

Émilie Roger-Talibart, chercheuse au sein du laboratoire MINT, est lauréate de la Chaire d’innovation IUF de 2023. Elle développe des systèmes de délivrance de médicaments par voie orale, capables de protéger le microbiote. « Moins de 2 % des peptides contenus dans un médicament administré par voie orale sont réellement utilisés, car l’estomac les dégrade très vite », rappelle cette chercheuse spécialisée en galénique.

Son projet consiste à intégrer les peptides dans des nanoparticules polymériques et lipidiques afin de les protéger, tout en préservant le microbiote. Pionnière des études sur l’impact des formes pharmaceutiques sur le microbiote, elle veut éviter le risque de dysbiose (déséquilibre du microbiote), ou d’antibiorésistance provoquée par ces peptides. En les enfermant dans des nanoparticules, il est possible de protéger le microbiote. Le projet, actuellement à un niveau de TRL 2, est encore en phase préclinique. Les prochains travaux devraient porter sur les peptides et l’utilisation de nouveaux outils de caractérisation. « Nous voudrions utiliser l’IA pour modéliser ces formulations de peptides », précise la chercheuse.

Nous voudrions utiliser l’IA pour modéliser ces formulations de peptides

Émilie Roger-Talibart

La décharge d’enseignement permise par la chaire d’innovation allège déjà considérablement son emploi du temps. « J’étais responsable de 192 heures d’enseignement, même si j’en faisais beaucoup plus dans les faits. La chaire me permet de passer à 90 », détaille-t-elle. Elle a ainsi profité de ce temps disponible et des financements reçus pour réaliser des essais préliminaires. Autant d’avancées qui lui permettent de faire gagner en maturité son projet, et d’étayer ainsi ses dossiers de candidature à de nouveaux financements. « Nous avons besoin de peptides pour développer notre solution, or ces molécules sont chères. » La chercheuse s’est ainsi tournée vers son écosystème proche pour aller chercher de nouveaux financements : elle a bénéficié d’un premier soutien du Pôle universitaire d’innovation Predict, dans le cadre d’un appel à projets de ce dernier. Les 53 000 euros obtenus vont permettre, en partie, de continuer à développer une nouvelle formulation pour l’administration de ces peptides antimicrobiens. Émilie Roger ne veut pas s’arrêter là, et vise désormais des financements européens : elle a déposé une candidature pour la bourse Marie Curie, et souhaite désormais se tourner vers le guichet EIC.

Adaptative pipeline : une chaire pour créer une start-up deeptech

L’IMGT (international ImMunoGeneTics information system®) est un laboratoire de référence en immuno-informatique et en immunogénétique. Le travail du laboratoire que dirige Sofia Kossida est d’analyser en particulier les données de séquençage des gènes responsables des réponses immunitaires adaptatives, notamment à travers les immunoglobulines (anticorps) et les récepteurs des cellules T (TCR). “Notre travail est d’analyser les gènes qui produisent les immunoglobulines et les récepteurs des cellules T, chez n’importe quel être vivant, du poisson jusqu’à l’homme. Nous regardons chaque nucléotide, chaque lettre, et nous essayons de savoir quel est le rôle de chacune” explique Sofia Kossida.

L’expression de ces molécules est également étudiée. Les informations personnalisées sur chaque patient apportent aux praticiens des éléments précieux pour mieux comprendre leur situation et adapter leur prise en charge. Ils peuvent ensuite faire évoluer leur diagnostic et leur pronostic en fonction de ces résultats. Les médecins peuvent également mesurer l’efficacité d’un traitement, en comparant ces informations avant et après le traitement, et identifier ainsi les deux “répertoires immunitaires”. Une compétence qui constitue l’un des principaux axes de développement du laboratoire. “Nous souhaiterions davantage utiliser les outils d’IA dans le domaine de l’immunogénétique” explique la chercheuse.

Jusqu’ici l’accès aux données traitées par le laboratoire est gratuit. Le laboratoire a toutefois développé en parallèle des logiciels propriétaires afin d’analyser ces données, comme IMGT/VQUEST (logiciel d’alignement de séquences génétiques) ou IMGT/StatClonotype (logiciel de comparaison statistique). L’IMGT a déjà signé des contrats avec plusieurs groupes pharmaceutiques et acteurs académiques pour l’utilisation de ses logiciels. “Nous avons récemment été contactés par un laboratoire brésilien. Ils sont spécialistes du génome du chien, et ils souhaitent analyser les gènes de différentes races canines, notamment pour améliorer et proposer des traitements différents dans la prise en charge des cancers” explique Sofia Kossida. L’intérêt croissant pour ces compétences, portées à la fois par l’essor de la médecine personnalisée et le perfectionnement des outils informatiques, a incité l’équipe à souhaiter mieux valoriser son expertise.

J’aime beaucoup l’enseignement, mais l’équipe a désormais plus besoin de moi que les étudiants, en ce moment

Sofia Kossida

Sofia Kossida a ainsi candidaté à une chaire d’innovation IUF, en 2024, afin de consacrer davantage de temps à la valorisation de ses logiciels. « J’aime beaucoup l’enseignement, mais l’équipe a désormais plus besoin de moi que les étudiants, en ce moment » explique la chercheuse. Elle a déjà utilisé ce temps pour améliorer et faire connaître la qualité des données du laboratoire. Elle a ainsi réussi à obtenir le label ELIXIR Core Data Resource (CDR), label qui récompense les bases de données en sciences de la vie en fonction de critères de qualité, de pérennité et d’impact sur la communauté. Elle a aussi profité des financements apportés dans le cadre de la chaire pour recruter un stagiaire, chargé d’améliorer le classement et l’analyse des données de la base. L’objectif est de préparer une meilleure intégration de l’IA dans les logiciels de l’IMGT.

Aujourd’hui la chercheuse se projette dans les années à venir, et espère pouvoir renouveler la chaire d’innovation pour cinq années supplémentaires. Une perspective qui pourrait l’amener à créer une start-up, et installer définitivement les bases de données du laboratoire au cœur de la recherche des plus grands laboratoires publics et privés.

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