Les PUI en quête de visibilité pour pérenniser leurs actions
Bruno Bonnell, secrétaire général pour l'investissement, a évoqué la possibilité d'un programme PUI 2.
Le 18 mars, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace a tenu la troisième édition du Séminaire des PUI. L’occasion pour les acteurs de l’écosystème d’évoquer les problématiques liées au contexte budgétaire incertain et les pistes pour pérenniser les initiatives entreprises au travers de tables rondes et d’ateliers.
Les PUI constituent une initiative en faveur de la souveraineté et de la compétitivité de la France de demain. Tel est, en substance, le message que le Secrétariat général pour l’investissement (SGPI) a souhaité faire passer lors du Séminaire des PUI organisé le 18 mars dernier, en pleine European Deeptech Week. Réunissant les acteurs de l’écosystème de la recherche et de l’innovation, cette troisième édition a permis à ces derniers de s’informer à l’aune de l’évaluation de mi-parcours des différents pôles. « Ce qui a été mis en avant, c’est que tous les acteurs institutionnels – SGPI, Bpifrance, Direction générale des entreprises, etc. – sont convaincus de la pertinence des projets PUI et du bénéfice des initiatives sur l’innovation sur un temps long », détaille Xavier Castel, vice-président valorisation de l’Université de Rennes. Les PUI ont donc été rassurés par l’État sur l’évaluation prochaine de mi-parcours, qui ne sera qu’un point d’étape et non « une audition de type go/no go ». En outre, le SGPI a indiqué que l’État envisageait un programme PUI 2, considérant la recherche académique et l’innovation issues du secteur public comme un investissement stratégique pour la souveraineté nationale.
Financer les actions au-delà de 2028
Lors de ce séminaire, de nombreux sujets ont été abordés, parmi lesquels la pérennisation des PUI. « Initié en 2023, le financement du programme actuel s’arrête en mars 2028. Or, nous avons investi dans des moyens humains et il serait dommage de perdre les compétences acquises faute de moyens pour les conserver. Au sein du PUI de Rennes, nous avons notamment consolidé nos équipes avec des chargés de développement de l’innovation et des chargés de développement des partenariats avec les entreprises. Ils ne vont pas attendre la fin du programme pour décider de la suite à donner à leur mission, il faut donc davantage de visibilité, au plus tard en mars 2027 », précise Xavier Castel.
Nous avons investi dans des moyens humains et il serait dommage de perdre les compétences acquises faute de moyens pour les conserver.
Xavier Castel, vice-président valorisation de l’Université de Rennes.
La pérennisation des PUI a d’ailleurs fait l’objet d’un atelier au cours duquel les participants ont pu évoquer leurs difficultés. « La situation budgétaire des universités étant compliqué, il est légitime de s’interroger sur la manière, en l’état actuel, d’inscrire les actions dans la durée, alors que le transfert technologique est en croissance. Par exemple, les établissements porteurs des PUI sont challengés sur l’avenir des SATT, sachant que les reliquats du Fonds national de valorisation, distribués au travers des PUI, arriveront à échéance dès fin 2027 », explique Christophe Derail, vice-président partenariat et innovation à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour. Par ailleurs, dans un contexte budgétaire contraint qui touche aussi les collectivités territoriales et les Régions, les participants ont échangé sur les solutions susceptibles d’assurer un financement pérenne des actions menées au sein des PUI. « Il est difficile d’inciter les partenaires du privé à investir directement dans les actions. » De plus, les entreprises sont déjà impliquées dans les pôles au travers de leur participation aux laboratoires communs ou des thèses Cifre. Quant au mécénat, cela n’est pas adapté pour des travaux impliquant de la propriété intellectuelle », poursuit Xavier Castel. Une solution évoquée pourrait être liée aux Contrats d’objectifs de moyens et de performance (COMP) des universités, comme le détaille Christophe Derail : « Il serait possible de flécher les financements dédiés vers l’innovation, afin de maintenir les initiatives en matière de recherche partenariale et de tech transfer. »
Se tourner vers les guichets européens
Autre sujet évoqué lors du séminaire : l’Europe. Compte tenu de la situation budgétaire contrainte au niveau national, les guichets européens vont devoir être explorés. Leur multiplicité en Europe suscite des interrogations. « Nous avons bien discuté du financement européen, mais cela reste encore flou. On ne sait pas trop sous quelle forme les financements sont attribués. De plus, les subventions étant allouées par projet, il n’est pas possible de les utiliser pour financer des contrats. Toutefois, la création d’un work package spécifiquement dédié à l’innovation au sein de chaque projet permettrait d’apporter un soutien structuré à cette dernière », indique Xavier Castel. « On a appris, au cours d’une table ronde sur laquelle est intervenue Jean-Michel Dalle (directeur d’Agoranov et membre du board de l’EIC, NDLR), qu’il existait plusieurs types de guichets. D’une part, ceux dédiés au financement de projets de recherche et d’innovation, sollicités notamment dans le cadre des réseaux d’universités européennes. D’autre part, ceux, encore peu connus et à explorer, comme l’EIE (European Innovation Ecosystems) pour financer les actions liées à la structuration de l’innovation », conclut Christophe Derail.
