Renan Targhetta (CHU de Montpellier) « Nous sommes présents sur toute la chaîne de l’innovation »

29 septembre 2026

IA et données de santé, biothérapies, santé-environnement : le CHU de Montpellier concentre sa stratégie d’innovation autour de trois axes et revendique quelque 450 partenariats avec des entreprises. De l’Extracteur d’innovation à l’accueil de start-up au sein même de l’hôpital, l’établissement cherche surtout à organiser le passage de l’idée à l’usage clinique. Entretien avec Renan Targhetta, Directeur de la Recherche et de l’Innovation et Bénédicte Fauvel, responsable innovation et partenariats, du CHU de Montpellier.

Quels sont aujourd’hui les principaux axes de la stratégie d’innovation du CHU de Montpellier ?

Renan Targhetta : Notre établissement a organisé ses activités de recherche et d’innovation autour d’axes thématiques : neurosciences, cœur-poumons, infectiologie, soins critiques, cancer, etc. mais nous avons souhaité identifier trois axes transversaux prioritaires. Le premier concerne l’intelligence artificielle, les données de santé et plus largement la santé numérique. Avec Alliance Santé IA, nous avons obtenu de la part de BPI France un financement de 14,9 millions d’euros pour construire, avec des partenaires publics et privés, une infrastructure permettant d’intégrer l’IA dans les différents métiers de l’hôpital, dans les domaines du soin, de la recherche et de l’enseignement. L’enjeu n’est pas seulement technologique : il s’agit de transformer la prise en charge des patients, mais aussi la manière de conduire la recherche et d’exploiter les données. Notre deuxième axe concerne les biothérapies. Le CHU est fondateur, avec l’Université de Montpellier et l’Inserm, de l’IHU Immun4Cure consacré aux maladies auto-immunes. L’un de ses objectifs est précisément de permettre aux résultats issus des laboratoires d’être transférés, via des partenariats industriels ou des créations de start-up. Nous disposons par exemple d’un partenariat stratégique d’excellence avec SANOFI. Enfin, nous avons un troisième axe autour de la prévention et de la santé-environnement, avec par exemple la cohorte nationale Marianne, soutenue par France 2030 à hauteur de 12 millions d’euros, qui étudie notamment les déterminants environnementaux des troubles du neurodéveloppement.

Quelle place les entreprises occupent-elles dans cette stratégie ?

Renan Targhetta : Pour nous, recherche et innovation sont nécessairement partenariales. Nous travaillons évidemment avec l’ensemble des partenaires académiques (Université de Montpellier, Inserm, CNRS, par exemple, mais également beaucoup avec les acteurs privés. Nous avons récemment fait le bilan : le CHU compte environ 450 partenariats avec des entreprises. Ils peuvent prendre des formes très différentes, de la recherche clinique à l’expérimentation d’un outil numérique, en passant par l’exploitation de nos plateformes technologiques.

Nous avons également la volonté de favoriser le transfert de technologies issues du CHU. Nous avons été à l’origine d’une dizaine de start-up au cours des six dernières années. Le CHU peut aussi investir directement dans certaines sociétés ou conclure des accords de licence. Notre entrepôt de données de santé suscite par exemple de plus en plus de collaborations avec des entreprises qui souhaitent travailler sur des données de vie réelle ou évaluer des algorithmes. Alliance Santé IA illustre aussi cette logique : le consortium associe notamment des entreprises spécialisées dans l’exploitation des données, comme Adlin Science,  l’imagerie (Ana HealthCare) ou les enjeux réglementaires (Numalis), ainsi que l’Université de Montpellier, l’Inria, l’Inserm et le Centre Informatique National de l’Enseignement Supérieur (CINES), qui dispose d’un supercalculateur. Avec ce dernier, nous travaillons à connecter nos infrastructures afin de disposer de capacités de calcul adaptées aux données massives en santé et à l’utilisation de l’IA sur des données de santé.

Concrètement, comment accompagnez-vous une innovation née au sein du CHU jusqu’à son transfert ?

Bénédicte Fauvel : Nous pouvons intervenir pratiquement à tous les niveaux de maturité technologique. Lorsqu’un professionnel du CHU arrive avec une idée, l’Extracteur d’innovation l’aide à la structurer, à réaliser les premières expérimentations et à rechercher des financements. L’objectif est d’atteindre les premiers niveaux de preuve, autour des TRL 2 ou 3. Nous nous appuyons ensuite sur notre écosystème, notamment le Pôle universitaire d’innovation et la SATT AxLR. À partir d’une première preuve de concept, la SATT peut notamment investir dans le projet et accompagner la protection de la propriété intellectuelle. L’objectif est de poursuivre la maturation jusqu’aux TRL 5 ou 6. À ce stade, deux voies sont possibles : transférer la technologie à un industriel ou une start-up existante, ou décider de créer une nouvelle société. Le CHU peut alors accompagner le professionnel qui souhaite s’impliquer dans cette création. Aussi, nos équipes peuvent participer à l’évaluation clinique d’un médicament, d’un dispositif médical ou d’une solution numérique. 


Comment créez-vous les conditions pour tester ces technologies au contact de l’hôpital et, ensuite, les diffuser ?

Renan Targhetta : L’hôpital a cette particularité d’être présent aux deux extrémités de la chaîne : il peut être à l’origine d’une technologie ou d’un brevet et, à l’autre bout, constituer le lieu de son expérimentation et de son déploiement clinique. Nous avons donc structuré des espaces spécifiquement destinés à rapprocher ces mondes. Le Centre de recherche et d’innovation en biologie-santé (CRIBS) dispose par exemple d’un plateau de 1 000 m² directement intégré au CHU. Des entreprises peuvent y installer leurs équipes dans le cadre de collaborations, d’essais cliniques ou de partenariats avec nos laboratoires. Sept structures y sont actuellement accueillies et nous devrions approcher une dizaine de start-up d’ici fin 2026.

Cette question du passage à l’échelle se pose également pour Alliance Santé IA : l’objectif est, que ce que nous expérimentons à Montpellier puisse servir de preuve de concept au niveau national. Nous travaillons déjà avec un réseau d’une vingtaine d’hôpitaux. Nous avons également créé une École de la transformation hospitalière pour réfléchir à l’évolution des compétences et des métiers induite par l’IA.

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