Servier et CentraleSupélec rapprochent mathématiques et R&D pharmaceutique
Une chaire de cinq ans réunit Servier et CentraleSupélec autour des mathématiques appliquées et de l’IA pour l’innovation thérapeutique. Quatre thèses sont programmées pour développer des méthodes d’analyse biologique et de prédiction tout en formant des chercheurs à l’interface entre sciences et données de santé.
« Ce sont de brillants mathématiciens, ils ne sont pas biologistes. » Pour Fabien Schmidlin, responsable mondial de la médecine translationnelle chez Servier, l’intérêt de la nouvelle chaire avec CentraleSupélec réside dans cette différence de formation. L’enjeu est de faire travailler ensemble des spécialistes qui ne raisonnent pas avec les mêmes outils. Annoncée le 14 septembre 2026, la chaire « Mathématiques Appliquées et Intelligence Artificielle pour l’Innovation Thérapeutique » mobilise les laboratoires MICS, consacré aux mathématiques et à l’informatique des systèmes complexes, et Cancer Data Science, aux côtés de la R&D de Servier. Labellisée par l’Institut DataIA, elle est pilotée par Véronique Le Chevalier, professeure en mathématiques et modélisation à CentraleSupélec. Une quinzaine de personnes doivent y contribuer, dont cinq chercheurs de l’école et trois du groupe pharmaceutique.
Deux premières thèses au croisement des disciplines
« Deux doctorants ont commencé leurs travaux le 1er septembre », indique Fabien Schmidlin. La première thèse porte sur l’intégration de données multi-omiques spatiales par apprentissage profond : combiner plusieurs niveaux d’informations moléculaires en conservant leur localisation dans les tissus doit aider à comprendre le microenvironnement tumoral. La seconde s’intéresse à la modélisation conjointe de la réponse au traitement et de la survie dans la leucémie myéloïde aiguë. Elle associe des modèles de pharmacocinétique et de pharmacodynamie à des approches bayésiennes pour étudier comment l’exposition au médicament se traduit en effets sur la maladie. L’objectif est d’optimiser les bénéfices thérapeutiques tout en limitant les effets indésirables.
Ces projets visent d’abord des outils d’analyse et de prédiction. Fabien Schmidlin, rappelle le rôle des équations derrière les applications d’IA. Deux autres thèses doivent démarrer dans les deux prochaines années pour s’inscrire dans la durée de la chaire. Leur contenu n’a pas encore été détaillé.
Des sujets définis conjointement
Les thèmes résultent d’une discussion entre les besoins de Servier et les compétences académiques. « Tous les sujets sont discutés entre les deux parties », explique le responsable. Le développement de modèles de prédiction de la maladie doit ainsi rencontrer un intérêt scientifique et les capacités nécessaires du côté de CentraleSupélec.
Des collaborateurs de Servier interviennent également dans les enseignements de l’école pour exposer les besoins de l’industrie pharmaceutique. La collaboration poursuit donc un double objectif : produire des méthodes utiles à la recherche et former des scientifiques capables de circuler entre les disciplines.
Paris-Saclay comme terrain de collaboration
Installé à Paris-Saclay depuis 2023, l’institut de R&D de Servier s’insère dans un environnement d’écoles, de laboratoires et de jeunes entreprises. Fabien Schmidlin cite notamment les liens avec l’ENS, Polytechnique et la faculté de pharmacie, ainsi que les interventions de chercheurs du groupe dans les cursus « C’est là où je crois en cette innovation de rupture qui va venir des interactions que l’on peut avoir et qui ne sont pas planifiées. » La chaire leur donne un cadre durable. Son budget et ses modalités de transfert restent à préciser ; les premiers livrables attendus sont méthodologiques, avant toute application clinique.