TheraSonic fait franchir la barrière du cerveau aux médicaments

17 juillet 2026

Créée fin 2023 à partir de travaux menés au CEA et au CNRS, la startup TheraSonic s’apprête à franchir une étape décisive : les premiers essais cliniques de son dispositif médical sont attendus à l’automne. Son ambition est de permettre à des traitements aujourd’hui bloqués par la barrière hémato-encéphalique d’atteindre les zones malades du cerveau, sans chirurgie. Une plateforme qui cible d’abord les métastases cérébrales, mais pourrait demain ouvrir la voie à de nombreuses thérapies en neurologie.

La plupart des traitements développés ces dernières années n’atteignent jamais le cerveau. En cause : la barrière hémato-encéphalique, un mécanisme naturel qui protège l’organe en limitant fortement les échanges entre les vaisseaux sanguins et les tissus cérébraux. « 98 % des médicaments ne passent pas dans le cerveau. Pour les biothérapies, les anticorps ou les vecteurs de thérapie génique, on est quasiment à 100 %. » résume Benoît Larrat, cofondateur et CEO de TheraSonic.

La startup ne développe ni nouvelle molécule ni nouvelle voie d’administration. Son approche consiste à agir sur ce verrou biologique grâce à un dispositif médical utilisant des ultrasons focalisés. Associés à l’injection de microbulles, ceux-ci augmentent localement et temporairement la perméabilité des capillaires cérébraux, laissant passer les médicaments déjà administrés au patient. Quelques heures plus tard, la barrière retrouve son fonctionnement normal.

Une plateforme pensée pour s’intégrer à l’hôpital

Le cœur du dispositif est un bras robotisé qui positionne automatiquement la tête ultrasonore sur les zones à traiter. Cette robotisation, issue notamment des travaux du laboratoire ICube et faisant l’objet de la récente licence technologique signée avec Conectus, permet de cibler plusieurs lésions avec une précision centimétrique. Cette précision ouvre aussi la voie à des traitements plus ciblés. « Certaines chimiothérapies sont toxiques pour les cellules. Nous pouvons augmenter leur passage uniquement dans les zones à traiter, sans ouvrir la barrière dans le reste du cerveau », explique Benoît Larrat.

Autre parti pris : limiter l’impact sur le parcours de soins. La procédure, entièrement non invasive, s’effectue en ambulatoire. L’acte thérapeutique dure seulement quelques minutes et pourrait être réalisé juste avant une perfusion de chimiothérapie. Les équipes hospitalières n’auraient besoin que d’une courte formation avant la prise en main du système.

Première étape clinique en neuro-oncologie

TheraSonic cible d’abord les métastases cérébrales et les tumeurs du cerveau. Un choix dicté autant par le besoin médical que par la stratégie clinique de la startup. « La neuro-oncologie est notre porte d’entrée. Aujourd’hui, ces patients sont dans une impasse thérapeutique et nous permettent d’évaluer rapidement une technologie innovante. » Après avoir obtenu les autorisations de l’ANSM et d’un comité de protection des personnes, la société prévoit d’inclure une dizaine de patients à partir de l’automne avec Gustave Roussy. Cette première étude portera exclusivement sur la sécurité et la faisabilité du dispositif, sans médicament expérimental associé. Les essais d’efficacité thérapeutique suivront ensuite avec des partenaires pharmaceutiques. Pour financer ces prochaines étapes, TheraSonic mène actuellement une levée de fonds, complétée par une campagne de financement participatif ouverte sur Capital Cell. 

Ce qu’il faut retenir

  • Valeur ajoutée : dispositif médical robotisé utilisant des ultrasons focalisés pour ouvrir temporairement et de manière ciblée la barrière hémato-encéphalique, afin d’améliorer l’administration de médicaments au cerveau sans chirurgie.
  • Niveau TRL : 5-6 (TRL 6 visé après les premiers essais cliniques chez l’homme prévus à l’automne).
  • Besoins de financement : levée de fonds de 1,5 à 2 M€ pour financer les essais cliniques, poursuivre le développement réglementaire et préparer la mise sur le marché visée à l’horizon 2030.
  • Marché visé : un premier développement en neuro-oncologie (marché mondial des métastases cérébrales estimé à 8 Md$), avant une extension aux maladies neurodégénératives et neurogénétiques, représentant à terme près de 150 millions de patients d’ici 2050.
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