Ali Charara (CNRS) : « Il ne faut pas que les Carnot thématiques et territoriaux soient en compétition »
(c)Cyril Frésillon/CNRS Photothèque
Le conseiller scientifique de Mehdi Gmar, directeur général délégué à l’innovation (DGDI) du CNRS, a joué un rôle central dans la structuration de la réponse de l’organisme de recherche à l’appel Carnot dit « 5 ». Ali Charara, conseiller scientifique auprès du DGDI en charge des Carnot pour le CNRS, revient pour POC Media sur les nouvelles ambitions vis-à-vis de ce label et sur la façon dont il souhaite coordonner son implication dans les différents types de Carnot.
Expliquez-nous tout d’abord les raisons de votre arrivée au CNRS en tant que conseiller scientifique en 2025.
Il y a un an, le CNRS a décidé de s’impliquer davantage dans le dispositif Carnot, et c’est à cette occasion que j’ai été nommé. Cette implication du CNRS était naturelle, car l’une de ses missions principales est de contribuer à la valorisation des recherches menées dans les laboratoires. Le dispositif Carnot fait écho à nos différentes activités en faveur de la recherche partenariale, que ce soit à travers la Direction des relations avec les entreprises, notre approche globale par filière — qui couvre actuellement treize filières prioritaires, en miroir des Comités stratégiques de filière — ou encore nos dispositifs tels que les LabCom ou le programme Ingénieurs Transfert. D’ailleurs, le CNRS était déjà impliqué dans 27 des 39 instituts Carnot, dont quatre étaient portés par l’organisme.
Les contours de l’appel à projets Carnot ont fortement évolué depuis un an, avec notamment la possibilité de créer des Carnot « territoriaux », pilotés par les PUI. Comment le CNRS a-t-il fait évoluer sa réponse à l’appel ?
Le nouvel appel publié en janvier a été considéré comme une opportunité pour nous, notamment sur deux aspects : l’orientation par filière thématique nationale, qui résonne avec notre propre approche par filière, et l’ouverture de l’appel aux PUI. Je rappelle que nous sommes membres fondateurs de 28 des 29 PUI.
Au niveau national, quelles sont les thématiques sur lesquelles vous vous êtes positionnés ?
Le CNRS est partenaire de l’ensemble des Carnot thématiques déposés dans le cadre de l’appel. Il assure la coordination de trois d’entre eux et est fortement impliqué dans l’élaboration de plusieurs autres. Pour les dossiers dont nous sommes coordinateurs, nous avons réalisé un travail de cartographie de nos compétences de recherche et de nos partenariats, ainsi qu’une analyse de la filière à l’échelle nationale. Les thématiques concernées sont les systèmes intelligents et la robotique, les matériaux — dans le prolongement national du Carnot MICA — ainsi que les multi-matériaux en conditions extrêmes.
L’évolution de l’appel, de Carnot 4 à Carnot 5, a ouvert la possibilité aux PUI de déposer un projet de Carnot. Qu’est-ce que cette évolution a engendré pour vous ?
Elle a permis au CNRS de mettre en avant les principes qui guident sa position sur le dispositif proposé : renforcer et favoriser une offre structurée autour des filières industrielles nationales, tout en affirmant la place des PUI dans la structuration des écosystèmes territoriaux d’innovation. La principale conséquence est que la grande majorité des unités rattachées au CNRS pourraient être intégrées à des projets de Carnot territoriaux.
Cette nouvelle version de l’appel a créé quelques remous, notamment en générant une certaine compétition entre les porteurs de dossiers pour intégrer les unités de recherche les plus performantes. Comment le CNRS a-t-il géré ces tensions ?
Dans la première version, une unité ne pouvait appartenir qu’à un seul Carnot. Cela a effectivement généré quelques tensions, mais elles se sont surtout concentrées autour du seuil de recettes contractuelles à atteindre pour être éligible. La suppression de ce critère dans la deuxième version a permis de fluidifier les relations. Désormais, une unité peut appartenir à deux Carnot, et ses recettes peuvent être comptabilisées deux fois, même si l’abondement est alors divisé par deux.
L’abaissement du seuil de chiffre d’affaires nécessaire pour obtenir le label ne risque-t-il pas simplement de réduire l’abondement accordé à chaque Carnot ?
Nous ne savons pas encore combien de dossiers seront éligibles. Jean-Luc Moullet (DGRI) a annoncé que 67 dossiers avaient été déposés. Les instituts n’étaient que 39 jusqu’ici. Je rappelle par ailleurs que l’enveloppe de 116 millions d’euros consacrée au dispositif Carnot est fixe.
Comment le CNRS souhaite-t-il gérer son implication à la fois dans des Carnot thématiques et territoriaux ?
Il faudra veiller à une bonne coordination. Nous nous sommes déjà engagés auprès de nos partenaires territoriaux à travailler de manière concertée afin d’assurer une articulation efficace et de véhiculer un message clair auprès des entreprises comme des chercheurs. En ce qui concerne les instituts Carnot thématiques, nous souhaitons porter une vision nationale et internationale. Il ne faut pas que les Carnot thématiques et territoriaux soient en compétition.
Comment cet effort de coordination pourrait-il se traduire concrètement ?
La force des Carnot nationaux réside dans la mise en réseau de laboratoires autour d’une même thématique et dans leur capacité à proposer des offres communes. Nous devons désormais préparer des déclinaisons territoriales de ces offres à destination des entreprises régionales et locales. Nous travaillons déjà avec les PUI sur ce sujet. Cette coordination peut également fonctionner dans l’autre sens. Les PUI peuvent identifier des besoins non couverts sur leur territoire et les faire remonter au niveau national. L’un de nos défis consiste, par exemple, à faire travailler de manière collaborative les ingénieurs transfert et les business developers thématiques et de proximité, selon des processus harmonisés. L’objectif est de mettre en valeur les complémentarités entre ces deux échelles d’intervention afin que chacun y trouve sa place.