Année de la santé : le CNRS rapproche chercheurs, enseignants et élèves

18 octobre 2026

Cécile Lambert, crédits : CNRS

Depuis 2018, le CNRS et le ministère de l’Education nationale organisent des années thématiques pour rapprocher les laboratoires des écoles, des collèges et des lycées, avec leurs enseignants, leurs élèves et les autres personnels éducatifs. L’objectif de ces événements est de former les enseignants aux avancées de la recherche, nourrir les projets scolaires et faire découvrir les métiers scientifiques. Après l’ingénierie, l’édition 2026-2027 est consacrée à la santé. Cette édition est ainsi organisée avec les ministères chargés de la Recherche et de la Santé. Son lancement, le 14 octobre à la Cité internationale universitaire de Paris, a montré comment les découvertes et les innovations peuvent servir de supports à ce dialogue avec l’école.

L’objectif de cette “année de la santé” est de donner aux enseignants des ressources et des interlocuteurs pour relier les savoir enseignés aux enjeux de santé. Il s’agit aussi de développer l’esprit critique des élèves, d’élargir leur perception des carrières scientifiques et de nourrir la prévention et le bien-être à l’école. Conférences, ateliers et démonstrations devaient ainsi fournir des exemples réutilisables dans des formations ou des projets de classe.

Les programmes et équipements prioritaires de recherche (PEPR) occupaient une place importante dès les conférences. Invitée en grande témoin, Geneviève Almouzni a proposé un exposé sur le développement embryonnaire et le devenir des cellules, avant d’aborder des questions de société. Elle coordonne le PEPR Cell-ID, un programme financé par France 2030, copiloté par le CNRS et l’Inserm, qui étudie comment les cellules acquièrent leur identité et comment leur développement peut être perturbé dans certaines maladies.

Des exemples pour comprendre la recherche en santé

Pour introduire les ateliers, les organisateurs avaient demandé à trois scientifiques d’illustrer les grands axes de l’année : les déterminants de la santé, son amélioration à l’échelle des individus et de l’environnement, et les innovations.Les interventions ont croisé les regards de la sociologie, de la chimie et de la biomécanique. « Il n’y a pas d’opposition entre le social et le biologique », a rappelé Muriel Darmon, sociologue et directrice de recherche au CNRS, soulignant le poids des conditions de vie et des habitudes dans la santé.

Florence Mahuteau-Betzer, directrice de recherche au CNRS et directrice de ChemBioFrance, a détaillé les premières étapes de la recherche de médicaments. Cette infrastructure nationale rassemble des ressources et des plateformes pour identifier et caractériser des molécules bioactives. Les molécules synthétisées dans les laboratoires sont rassemblées en collections, puis testées sur des cibles biologiques, des cellules ou des organoïdes. Lorsqu’une activité intéressante apparaît, les chimistes cherchent à améliorer les composés, avec l’appui de l’informatique et de l’IA. Ces ressources académiques peuvent ainsi fournir des pistes thérapeutiques, mais aussi des outils pour comprendre les maladies. 

Le passage aux applications suppose également d’examiner leurs usages. À l’ouverture, Cécile Lambert, directrice générale adjointe de la santé au Ministère de la Santé, avait invité à réfléchir à « la manière dont la recherche devient un progrès, et un progrès pour la population ». Bénéfice pour les personnes, conditions d’utilisation, risque de creuser les inégalités : « Comment garantir la sécurité, l’accessibilité, la protection des données personnelles ?, a-t-elle interrogé. Ces questions font évidemment partie du parcours de l’innovation. » 

Des programmes nationaux engagés dans la médiation

Cette diversité se retrouvait dans les ateliers consacrés notamment à l’imagerie, à la vaccination et aux organoïdes, ainsi qu’au Village de la santé. Cell-ID y côtoyait trois autres PEPR : LUMA sur les interactions lumière-matière, MED-OOC sur les organes et organoïdes sur puce, et MIE avec le projet ViroBrain sur les neuro-infections. Chercheurs, start-up et associations proposaient des échanges et des démonstrations pour faire découvrir leurs travaux et leurs applications possibles.

Mathias Blandeau : « une prothèse doit aider sans créer de nouvelle difficulté »

Enseignant-chercheur en biomécanique à l’Université Polytechnique Hauts-de-France, au LAMIH, Mathias Blandeau était invité à illustrer l’axe consacré aux innovations pour la santé. À travers l’exemple des prothèses, il a expliqué comment l’étude du mouvement humain contribue à concevoir des dispositifs adaptés et à évaluer leur utilisation au quotidien.

« Les mesures réalisées en laboratoire ont leurs limites, a-t-il expliqué : elles reproduisent imparfaitement les déplacements du quotidien. » L’analyse vidéo sans marqueurs ouvre la possibilité de recueillir des « mesures du mouvement qui sont beaucoup plus authentiques, beaucoup plus proches de la réalité ». Pour les prothèses motorisées, un autre défi consiste à transformer les signaux électriques des muscles en commandes du dispositif. Cette assistance demande un apprentissage et soulève des questions d’ergonomie et de charge mentale. « Il faut venir apporter une assistance aux personnes en situation de handicap sans apporter un problème supplémentaire », a-t-il insisté, évoquant notamment la surcharge cognitive et les déséquilibres de marche. Le chercheur a enfin abordé la biocompatibilité des implants : une prothèse de hanche doit favoriser son ancrage dans l’os tout en conservant une articulation fonctionnelle.

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