L’ICAN défend son modèle d’innovation dans la médecine cardiométabolique
La synthèse publiée cet été par le Hcéres remet en question la capacité des IHU à diversifier durablement leurs ressources au-delà des dotations publiques. L’ICAN conteste cette lecture de son modèle : l’institut affirme générer environ les deux tiers de son financement grâce aux appels à projets, aux partenariats industriels et au mécénat.
Dans sa synthèse consacrée aux sept premiers IHU, le Hcéres souligne leur dépendance persistante aux crédits publics et des résultats inégaux en matière de valorisation. À l’IHU ICAN, IHU consacré aux maladies cardiométaboliques, ce constat a suscité des réserves. L’institut reconnaît plusieurs observations « tout à fait pertinentes », mais estime que certaines conclusions ne reflètent pas son fonctionnement.
Deux tiers de ressources « autogénérées »
Une des principales incompréhensions porte sur la notion de dépendance. « A notre création, l’IHU dépendait intégralement de la dotation de l’État ; aujourd’hui environ deux tiers de nos ressources sont autogénérées », avance Stéphane Barritault, secrétaire général de l’IHU ICAN, grâce à des financements compétitifs nationaux et européens, des collaborations directes avec l’industrie et le mécénat. La dotation IHU de l’État représente le tiers restant. Pour ICAN, leur maintien d’une dotation de l’État ne traduit pas l’échec du modèle, mais la nécessité de conserver un socle stable pour engager des programmes de recherche longs et ambitieux. « Aucun IHU n’a réussi à se passer complètement de ce financement socle. Mais c’est normal, parce que nous restons des instituts de recherche, et ce financement permet notamment de mener des projets ambitieux de long terme », défend le secrétaire général.
L’IHU vient ainsi d’obtenir 7,5 millions d’euros de France 2030 sur trois ans pour amorcer son plan 2026-2030 et attirer d’autres ressources. L’IHU ICAN compte notamment accroître ses financements sur appels à projets européens et développer le mécénat.
Les partenariats industriels au cœur du modèle
Le poids des liens développés avec le secteur privé constitue le deuxième argument avancé par l’institut. Plus de la moitié de ses projets associeraient des industriels et représenteraient environ 90 % de leur volume financier. ICAN déclare également participer à plus de 80 études cliniques, dont plus de la moitié sont promues par des entreprises. Ces partenariats ne se limitent pas aux essais cliniques. De la start-up au grand groupe, « ICAN facilite l’accès aux experts médicaux et aux données de santé, la compréhension des parcours de soins et l’anticipation des contraintes réglementaires L’accompagnement peut aller de la preuve de concept à l’accès au marché » précise le Pr Stéhane Hatem.
« Les entreprises ont souvent des difficultés pour aller au contact du milieu hospitalier, rencontrer les praticiens qui comptent et savoir comment positionner leur innovation dans le parcours de soins », explique Stéphane Barritault. L’IHU ICAN cherche donc à jouer le rôle de porte d’entrée vers l’écosystème hospitalo-universitaire de la Pitié-Salpêtrière et de Saint-Antoine dans le domaine du cardiométabolisme.
Des données pensées pour les collaborations
La politique de données de santé fait partie de cette stratégie. L’IHU applique une approche réglementaire « by design » : leur réutilisation, y compris dans le cadre de collaborations public-privé, sont anticipées dès la rédaction du protocole et les patients en sont informés lors de leur inclusion. « L’ouverture des données de santé est un gage de renforcement scientifique et d’innovation. La valorisation économique peut exister, mais elle reste secondaire par rapport à la valorisation scientifique », précise Stéphane Barritault. L’enjeu est d’abord d’éviter que les données restent sous exploitées, tout en permettant à de nouveaux projets académiques ou industriels d’émerger.
MediTwin illustre cette logique. Dans ce programme de jumeaux numériques en santé porté par Dassault Systèmes avec l’Inria et plusieurs IHU, l’IHU ICAN pilote le volet cardiométabolique. L’IHU apporte les données, l’expertise clinique et mène les études cliniques nécessaires au développement d’outils destinés à mieux diagnostiquer ces maladies ou anticiper leur évolution. « C’est un projet d’innovation phare, preuve de ce que l’on est capable de faire en France », estime Stéphane Barritault.
Une cohorte cardiométabolique à partir de 2027
L’IHU ICAN prévoit de lancer à partir de 2027 la constitution d’une vaste cohorte couvrant l’ensemble du spectre cardiométabolique. La cohorte qui intègrera une approche pluridisciplinaire (cardiologie, diabétologie, nutrition, hépatologie ou néphrologie) associera données cliniques, biologiques, d’imagerie et omiques afin d’étudier les interactions entre les organes, et s’orienter vers une médecine personnalisée. Le projet doit devenir progressivement multicentrique et international. Les patients seraient suivis pendant quatre à cinq ans, avec une possible prolongation jusqu’à dix ans. Des industriels sont déjà associés aux discussions sur son financement. L’IHU ICAN prévoit également d’ouvrir les données à des équipes de recherche extérieures à l’ICAN au moyen d’appels à projets nationaux évalués par son conseil scientifique international.