Olivier Chabanon (Bpifrance) : « Le guichet unique chez Bpifrance existe à travers le chargé d’affaires innovation »
Premier financeur public de l’innovation en santé, Bpifrance entend accompagner les startups à chaque étape de leur développement, de la création jusqu’à l’industrialisation. Avec 2,5 milliards d’euros mobilisés dans le secteur en 2025 et une ambition de 10 milliards d’euros d’ici 2030, la banque publique veut jouer un rôle de chef d’orchestre d’un écosystème toujours plus dense. Reste à répondre à deux défis régulièrement soulevés par les entrepreneurs : la lisibilité des dispositifs d’accompagnement et le manque de financements privés.
En France, les startups santé ne manquent ni d’idées ni de dispositifs de soutien. Chaque année, Bpifrance accompagne près de 3 200 entreprises du secteur à travers ses activités de financement, d’investissement, de conseil et d’accompagnement. En 2025, la banque publique a consacré 2,5 milliards d’euros à la santé, dont plus d’un milliard au financement de l’innovation, soit près d’un tiers de son activité dans ce domaine.
« Notre rôle est de financer, d’investir et d’accompagner les startups, depuis leur création jusqu’aux phases d’industrialisation, résume Olivier Chabanon, directeur délégué Plan French Care. L’idée est que, à chaque étape de son développement, l’entrepreneur puisse trouver une solution dans la boîte à outils de Bpifrance. »
Cette logique de continuum constitue le socle de la stratégie annoncée par Bpifrance : mobiliser 10 milliards d’euros dans la santé d’ici 2030. Cette enveloppe ne financera pas uniquement la recherche ou les startups en amorçage. « Quand on additionne tous nos métiers, nous avons cette ambition de délivrer 10 milliards d’euros à l’horizon 2030 », explique Olivier Chabanon. Elle couvrira le financement de l’innovation, les prêts, les garanties, l’investissement direct, les fonds de fonds, le conseil et l’accompagnement à l’export.
« Le guichet unique existe déjà »
Cette multiplication des dispositifs d’accompagnement est parfois perçue comme un frein par les startups. Plusieurs acteurs de l’écosystème appellent d’ailleurs à la création d’un guichet unique capable d’orienter les entrepreneurs tout au long de leur développement.
Bpifrance estime déjà remplir cette mission. « Le guichet unique chez Bpifrance existe à travers le chargé d’affaires innovation », affirme Olivier Chabanon. Une quarantaine de ces spécialistes sont dédiés aux technologies de santé. Répartis dans les principaux territoires d’innovation, ils connaissent les dispositifs de financement, les appels à projets, mais aussi les spécificités réglementaires des biotech, des medtech et du numérique en santé.
Pour Pascale Ribon, directrice Deeptech, l’écosystème est aujourd’hui beaucoup mieux structuré qu’il y a quelques années. « On voit que les acteurs collaborent plus, observe-t-elle, les tiers-lieux hospitaliers en sont un bon exemple. Comme l’open innovation portée par les industriels ou encore les nouvelles collaborations entre établissements académiques et startups. »
Cette logique se retrouve également dans la French Care, qui rassemble désormais près de 1 300 acteurs. « On veut continuer à briser les silos qui peuvent exister dans le secteur de la santé » afin de rapprocher chercheurs, soignants, industriels et startups, explique Pascale Ribon.
Le financement privé reste le principal point de vigilance
Pour autant, Bpifrance reconnaît qu’un obstacle demeure : la capacité des startups à trouver des capitaux privés suffisants pour poursuivre leur croissance. « Le sujet du financement reste la préoccupation numéro un des entrepreneurs », estime Olivier Chabanon. Selon lui, la France souffre encore d’une profondeur de marché inférieure à celle des grands écosystèmes internationaux, poussant de nombreuses entreprises à rechercher des investisseurs aux États-Unis.
La situation est particulièrement marquée dans les biotechnologies, où les développements peuvent durer 10 à 15 ans et nécessiter plus d’un milliard d’euros avant une éventuelle mise sur le marché. « Il n’y a pas suffisamment d’investisseurs qui puissent financer ces entreprises », poursuit-il. Pour tenter d’élargir cette base d’investisseurs, Bpifrance a lancé il y a deux ans, avec France Biotech, France Deep Tech et l’École polytechnique, une formation destinée aux professionnels du capital-investissement afin de les familiariser avec les spécificités des technologies de santé.