La start-up SPyDiag propose un diagnostic du BK virus ultrarapide

11 mai 2026

Chez les patients greffés rénaux, la réactivation du BK virus peut compromettre la survie du greffon. Pour détecter plus tôt cette menace silencieuse, la start-up tourangelle SPyDiag développe UriFastBK®, un test urinaire antigénique délivrant un résultat en 15 minutes.

Invisible chez la majorité de la population, le BK virus peut devenir un véritable cauchemar pour les patients greffés rénaux. Ce polyomavirus, contracté généralement durant l’enfance, reste latent dans l’épithélium rénal, chez les individus en bonne santé. Mais chez les personnes immunodéprimées, notamment après une transplantation rénale, il peut se réactiver et endommager progressivement le greffon.

Pour répondre à ce problème, la start-up tourangelle SPyDiag développe une double innovation : un test urinaire rapide baptisé UriFastBK® et une immunothérapie ciblée destinée à stopper la réactivation virale.

« Aujourd’hui, le seul recours des urologues est de jouer sur les traitements immunosuppresseurs, explique Pauline Gaboriaud, cofondatrice et CTO de SPyDiag. Il faut trouver un équilibre très délicat entre éviter le rejet de greffe et empêcher le virus de trop se réactiver. »

Les limites de la PCR

Actuellement, le suivi du BK virus repose essentiellement sur des tests PCR réalisés dans le sang ou dans les urines. Une méthode devenue familière depuis la pandémie de Covid-19, mais qui présente plusieurs limites : « La PCR détecte l’ADN du virus. Or, nous sommes pratiquement tous porteurs du BK virus depuis l’enfance. Déceler de l’ADN ne reflète donc pas forcément une réplication active du virus », souligne Pauline Gaboriaud.

Autre difficulté : le délai de rendu des résultats. Les échantillons doivent être envoyés dans des laboratoires de virologie, où les analyses sont souvent réalisées en série afin de réduire les coûts. « En pratique, les résultats peuvent prendre une à deux semaines. Et lorsqu’on repère le virus dans le sang, cela signifie souvent qu’il est trop tard : le rein a déjà été endommagé. »

C’est ce constat clinique, remonté par Étienne Brochot, virologue et professeur des universités-praticien hospitalier au CHU d’Amiens, qui est à l’origine du projet SPyDiag. Les chercheurs du laboratoire Biologie des Infection à Polyomavirus (BIP), au sein de l’UMR 1282 INRAE Infectiologie et Santé publique de Tours, se lancent alors dans le développement d’une solution capable de détecter plus précocement la réactivation virale.

Un test urinaire en 15 min

C’est dans cette dynamique qu’est né UriFastBK®, un test antigénique urinaire au format bandelette, inspiré du fonctionnement des tests de grossesse. 

Développée à partir d’un anticorps breveté issu du laboratoire Biologie Infection et Polyomavirus de la faculté de pharmacie de Tours, la technologie cible la protéine de capside VP1 du BK virus. « Lorsque l’urine du patient migre sur la bandelette, l’anticorps capture les particules virales. Le test prend 15 min et, si le patient est positif, une bande apparaît », résume la chercheuse. 

Contrairement à la PCR, l’urologue peut obtenir quasi immédiatement le résultat du statut de la réplication du BK virus dans les urines et peut ainsi directement ajuster le traitement lors d’une consultation de suivi post-greffe. Résultat, une meilleure prise en charge, de meilleures conditions de vie pour le patient et une réduction du risque de rejet de greffe rénale. Le diagnostic UriFastBK® a aujourd’hui atteint un niveau de maturité technologique TRL 6 et fait l’objet d’une évaluation clinique portant sur près de 500 échantillons au CHU d’Amiens. 

En parallèle de la bandelette urinaire, l’entreprise développe deux autres formats compatibles avec les laboratoires hospitaliers et potentiellement automatisables.

À retenir

Valeur ajoutée : détection précoce de la réactivation du BK virus grâce à un test antigénique urinaire rapide (15 min)

Niveau TRL : 6

Besoins de financement : 9 millions d’euros pour développer le traitement

Marché visé : trois milliards d’euros estimés pour le diagnostic et des traitements des infections à BK virus chez les patients greffés rénaux

Une immunothérapie pour stopper la réactivation virale

Au-delà du diagnostic, SPyDiag développe également une immunothérapie bispécifique visant à neutraliser directement le virus. Sa particularité : cibler simultanément les génotypes 1 et 4 du BK virus, responsables de près de 95 % des infections. « Si vous ne ciblez qu’un seul génotype, les autres continueront à se réactiver. Notre approche bispécifique permet de couvrir la très grande majorité des cas, explique Pauline Gaboriaud. Aujourd’hui, il n’existe aucune solution spécifique contre le BK virus chez les greffés rénaux. Si nous parvenons à apporter une réponse à ce problème, l’impact clinique pourrait être majeur », ajoute-t-elle.

La start-up vise une entrée en phases cliniques 1 et 2 d’ici à fin 2026 ou début 2027. Elle espère également obtenir le statut de maladie orpheline, qui pourrait accélérer le parcours réglementaire. Le marché mondial visé, celui du diagnostic et du traitement des infections à BK virus chez les patients greffés rénaux, est estimé à près de trois milliards d’euros. SPyDiag prévoit un premier déploiement en France, qui compte 32 centres de transplantation, avant de cibler les États-Unis, l’Allemagne et l’Italie.

Pour mener à bien le développement thérapeutique, l’entreprise prévoit une levée de fonds de 9 millions d’euros : un million destiné aux études de développabilité, de toxicité et à la production GMP, et huit millions consacrés à la finalisation du développement préclinique et au lancement des essais cliniques.

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