Laurent Lafferrère (France Biolead) : « la France est la meilleure nation européenne dans le domaine du microbiote » 

19 avril 2026

Une étude européenne sur la propriété intellectuelle dans le champ de la bioproduction a été dévoilée par France Biolead et le cabinet Icosa. Ces travaux démontrent que la France est bien placée dans le top européen, mais peine à valoriser industriellement son excellence académique en matière de recherche. Détails avec Laurent Lafferrère, président de France Biolead.

Dans quel contexte cette étude a-t-elle été menée ?

Laurent Lafferrère : Nous souhaitions procéder à une analyse de la dynamique européenne concernant la production de biomédicaments. Pour ce faire, nous nous sommes rapprochés du cabinet Icosa pour mener une étude se fondant sur les dépôts de brevets en Europe dans le champ de la bioproduction. La méthodologie est relativement simple : combiner les requêtes de mots-clés dans la base de données à l’aide du logiciel de référence en matière d’analyse de propriété intellectuelle Orbit Intelligence. Nous ne nous sommes pas limités à des technologies phares, mais nous avons couvert l’ensemble du champ du biomédicament, parmi lequel les microorganismes, les anticorps, les acides nucléiques, les vecteurs viraux et les thérapies cellulaires.

Selon l’étude menée par Icosa, quel est le positionnement de la France au sein de l’écosystème européen d’innovation en bioproduction ?

Tout d’abord, il y a quatre grands écosystèmes qui sont moteurs de l’innovation en Europe : l’Allemagne, la Suisse, le Royaume-Uni et la France (au quatrième rang). Suivent plusieurs autres pays qui sont en train d’émerger, dont les Pays-Bas et l’Espagne. Dans ce paysage, la France se situe en bonne position avec une dynamique similaire à la moyenne européenne. Elle peut miser sur une force académique de haut niveau, avec 50 % des titres de PI déposés par des laboratoires publics. À titre de comparaison, 87 % des dépôts de brevet, en Suisse, sont effectués par des entreprises. En outre, des acteurs comme l’Inserm, le CNRS, l’Université Paris Cité et le groupe Sanofi figurent dans le top 10 des déposants de brevets en Europe.

Dans quels domaines la France a-t-elle des atouts ?

L’Hexagone est dans le top européen concernant plusieurs champs disciplinaires. La France est la meilleure nation européenne dans le domaine du microbiote, et se situe en troisième position dans le secteur des acides nucléiques et des cellules souches. La France est également dans le haut du panier pour les anticorps et les protéines, avec 48 % des familles de brevets actifs en Europe sur ces types de biomédicaments. À noter que le pays affiche également une forte dynamique dans les domaines des traitements fondés sur les vésicules extracellulaires.

Y a-t-il des leviers d’amélioration pour la bioproduction française ?

Il subsiste plusieurs leviers pour améliorer les atouts français en matière de bioproduction. D’une part, il serait pertinent que la France ait une spécialisation marquée de son expertise sur un type de biomédicament et ainsi devenir une référence européenne et mondiale. D’autre part, il serait judicieux d’accroître la traction industrielle dans la recherche, en adoptant une approche davantage tournée « market pull » et ainsi de rapprocher les travaux académiques des besoins des entreprises. Pour ce faire, une piste consisterait à intégrer très tôt le volet industriel dans la maturation des projets de recherche et d’innovation. Une démarche que nous appliquons dans le cadre du consortium prématuration/maturation COMbio (Biothérapie et bioproduction de thérapies innovantes). Plus le dérisquage des technologies a lieu tôt, moins les potentielles pertes sur les investissements seront importantes.

Qu’en est-il des investissements en production industrielle des biomédicaments au niveau français ?

Le véritable enjeu est de transformer l’innovation en bioproduction en capacités industrielles dans les années à venir. Malgré une excellence scientifique de haut niveau en matière de recherche en France, il reste une difficulté à industrialiser l’innovation localement. Et ce, malgré près de 800 millions d’euros fléchés par le programme France 2030 vers les biomédicaments. Il est donc indispensable de poursuivre cette politique de soutien au-delà de 2030. Et puis, il est indispensable de renforcer le lien entre innovation et production.

Contacter POC Média Nous contacter

Inscription Newsletter

Vous souhaitez suivre l'actualité des technologies deeptech ?

Recevez gratuitement une newsletter par semaine

Je m'inscris
Fermer