Gerflor s’associe à un laboratoire pour repenser les sols sportifs à la lumière de la biomécanique

3 juin 2026

©Gerflor

Le fabricant de revêtements sportifs Gerflor s’est associé au Laboratoire Interuniversitaire de Biologie de la Motricité (LIBM) pour ouvrir une nouvelle voie dans la conception des sols sportifs. Le LabCom qu’ils créent ensemble associe des compétences en biomécanique, en modélisation numérique et en science des matériaux. Objectif : prévenir les blessures, adapter les surfaces à une plus grande diversité de pratiquants et, à terme, faire évoluer les standards du secteur.

Comment concevoir des sols capables de mieux protéger les sportifs sans compromettre leurs performances ? C’est la question qui réunit depuis plusieurs années les chercheurs du LIBM et les équipes de Gerflor. Après plusieurs collaborations ponctuelles, les deux partenaires ont décidé de franchir une nouvelle étape avec la création du LabCom IMPACTS, soutenu par le programme LabCom de l’ANR. « Au lieu de fonctionner étude par étude, nous avons voulu nous donner le temps d’innover sur plusieurs années », explique Christophe Hautier, chercheur au LIBM et responsable scientifique du projet.

Le laboratoire commun s’inscrit dans une relation déjà ancienne entre les deux structures. Avant IMPACTS, le LIBM et Gerflor avaient notamment collaboré dans le cadre d’un projet financé par le Fonds unique interministériel (FUI), aux côtés d’acteurs issus du sport et de l’aéronautique. Cette continuité permet d’aborder des problématiques plus ambitieuses et de construire une véritable feuille de route scientifique sur plusieurs années.

Repenser des normes conçues pour « l’athlète de Berlin »

L’un des objectifs du laboratoire commun est de faire évoluer les méthodes utilisées pour caractériser les revêtements sportifs. Aujourd’hui, les fabricants s’appuient encore largement sur des normes établies il y a plusieurs décennies et fondées sur des tests mécaniques standardisés. « Les normes actuelles sont basées sur des méthodes de mesure un peu anciennes », estime Christophe Hautier.

Les chercheurs analysent donc directement les interactions entre le corps humain et les surfaces sportives : propagation des ondes de choc, vitesse d’atteinte du pic de force ou encore réponses musculaires. L’ambition est également de mieux prendre en compte la diversité des utilisateurs. « Les normes actuelles ont été construites autour de ce qu’ils appellent l’athlète de Berlin : un homme de 80 kilos courant à une vitesse donnée. Ce n’est pas très inclusif », souligne-t-il.

L’idée est de construire un véritable jumeau numérique capable de simuler le comportement d’un utilisateur

Christophe Hautier

Construire un jumeau numérique du sportif

Le volet le plus innovant du projet repose sur le développement d’un modèle numérique capable de reproduire les interactions entre un utilisateur et un revêtement sportif.

Pour alimenter ces simulations, les chercheurs mèneront des campagnes de mesures auprès de populations beaucoup plus diversifiées que celles habituellement mobilisées dans les études en sciences du sport. Masse corporelle, âge, niveau d’entraînement ou capacités neuromusculaires seront progressivement intégrés aux modèles.

« L’idée est de construire un véritable jumeau numérique capable de simuler le comportement d’un utilisateur sur différents types de sols et d’orienter plus rapidement les choix de conception », explique Christophe Hautier.

Cet outil pourrait permettre de tester virtuellement de nouvelles surfaces avant même leur fabrication, mais aussi d’explorer des problématiques encore peu étudiées comme la prévention des blessures liées aux chutes. Les partenaires cherchent notamment à concevoir des revêtements capables d’amortir les impacts au niveau du coude, de l’épaule ou de la tête sans dégrader les performances sportives.

« On sait déjà beaucoup de choses sur l’interaction entre le pied et le sol. Sur les chutes, il va falloir penser un peu différemment », résume le chercheur.

Des applications au-delà du sport

Si IMPACTS est né autour des terrains sportifs, ses applications potentielles dépassent largement ce cadre. Les partenaires envisagent déjà des débouchés dans les entrepôts logistiques, où les opérateurs parcourent plusieurs kilomètres par jour, mais aussi dans les établissements de santé.

Les personnels hospitaliers, particulièrement exposés aux troubles musculosquelettiques, pourraient bénéficier de revêtements mieux adaptés à leurs conditions de travail. Pour les partenaires, la valeur du projet réside autant dans les futurs matériaux que dans les connaissances et les données qui seront produites.

Le laboratoire commun s’inscrit enfin dans un écosystème d’innovation plus large, avec des collaborations impliquant notamment Soléus, Playgones ou Serval autour des enjeux de prévention des chutes et de conception de surfaces amortissantes. « Ce qui est vraiment intéressant, ce sont les synergies que cela crée entre les entreprises », conclut Christophe Hautier.

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