Trois CHU s’allient à la startup Kiro pour mieux orienter les examens biologiques à l’hôpital
Le projet OPTIMABIO, lancé par la startup marseillaise Kiro avec l’AP-HM, les Hospices Civils de Lyon et le CHU de Limoges, vise à intégrer une intelligence artificielle dans les logiciels hospitaliers pour aider les médecins à choisir les examens biologiques les plus pertinents. Cet outil permettra de limiter les prescriptions inadaptées, d’éviter les examens redondants et de faciliter le diagnostic.
« On est convaincus qu’un patient qui passe à côté d’un examen, ça peut changer son parcours de soins. L’enjeu est de s’assurer que les bons patients bénéficient des bons examens au bon moment », explique Alexandre Guenoun, CEO de Kiro. Chaque examen biologique mobilise des ressources humaines, des consommables, des équipements et parfois des prélèvements répétés chez des patients fragiles. C’est pourquoi le projet OPTIMABIO a vu le jour : co-créer avec les hôpitaux un outil pour mieux orienter les prescriptions d’examens de biologie médicale.
Mieux prescrire pour mieux soigner
Concrètement, l’IA n’établit pas de diagnostic. Elle intervient au moment de la prescription pour suggérer les examens de biologie médicale les plus adaptés au profil du patient et signaler d’éventuels examens inutiles ou, au contraire, des analyses complémentaires susceptibles d’affiner le diagnostic. Plutôt que de développer un nouvel outil que les médecins devraient consulter en parallèle de leurs pratiques, Kiro a choisi d’intégrer son intelligence artificielle directement dans les logiciels déjà utilisés à l’hôpital. Les recommandations apparaîtront ainsi au moment où le praticien prescrit un examen, sans modifier son parcours de travail. « Dès le départ, on a voulu que l’outil s’inscrive dans le parcours de soins et dans le système d’information du professionnel de santé », explique Alexandre Guenoun.
Pour formuler ces recommandations, l’IA croise plusieurs sources d’information : les données cliniques du patient, ses examens biologiques antérieurs, les pratiques de l’établissement et les recommandations des sociétés savantes. Elle identifie ensuite les examens les plus pertinents en fonction du contexte clinique. Cette technologie s’appuie sur l’expérience acquise par Kiro avec BEYOND, un dispositif médical portant le marquage CE de classe IIa depuis juin 2025, capable de recommander des examens biologiques complémentaires à partir des données cliniques et biologiques du patient. « Contrairement à BEYOND, déjà utilisé en ville et dans les laboratoires privés, OPTIMABIO adapte cette technologie aux besoins des hôpitaux, où les dossiers patients sont plus complexes et les systèmes d’information plus riches », souligne Alexandre Guenoun. Le dirigeant insiste toutefois sur le rôle de l’outil. « Ce n’est qu’un outil. Ça ne remplace jamais le jugement du professionnel de santé. Il est là pour soutenir la décision. Le médecin reste celui qui choisit de prescrire ou non l’examen. »
Co-construire la technologie avec les praticiens
L’AP-HM, les Hospices Civils de Lyon et le CHU de Limoges contribuent à la conception et à l’évaluation de l’outil, en apportant leurs données, leurs pratiques cliniques et leur expertise en biologie médicale. L’objectif est de valider une solution capable de s’adapter à des organisations hospitalières variées avant un déploiement plus large. « Le premier défi, c’est déjà d’arriver à faire converger un nombre extrêmement important d’acteurs », souligne Alexandre Guenoun. Une collaboration jugée indispensable pour développer un outil répondant aux besoins du terrain et accélérer son adoption dans les établissements de santé.
Financé dans le cadre de France 2030, avec un cofinancement de l’État, des établissements de santé et de Kiro, le projet dispose d’un budget global de plus de 17 M€. L’AP-HM, les Hospices Civils de Lyon et le CHU de Limoges jouent un rôle central dans le développement d’OPTIMABIO, pour concevoir une solution adaptée aux besoins du terrain. En parallèle, Kiro collabore déjà avec d’autres hôpitaux afin de préparer une diffusion plus large de la technologie.
Ce qu’il faut retenir
- Valeur ajoutée : Intelligence artificielle d’aide à la décision capable de recommander les examens de biologie médicale les plus pertinents en croisant les données du patient, son historique clinique, les pratiques de l’établissement et les recommandations médicales, directement au sein des logiciels hospitaliers.
- Niveau TRL : 7-8 (adaptation d’un dispositif médical CE déjà validé au contexte hospitalier).
- Besoins de financement : Le budget global dépasse 17 M€. Nouvelle levée de fonds à l’horizon 2028
- Marché visé : Biologie médicale hospitalière et privée, avec un déploiement à l’échelle nationale puis internationale pour améliorer la pertinence des prescriptions et l’efficience des systèmes de santé.