Lilla Mérabet (Fondation Force) : « Ce qui nous intéresse, c’est l’impact et le territoire »

18 octobre 2026

Avec une enveloppe annuelle d’un million d’euros, la Fondation Force finance des projets alsaciens de recherche et d’innovation en santé. Sa déléguée générale, Lilla Mérabet, détaille son accompagnement à travers trois exemples : FAST-Tx, SmartBiotic et OPTI-TOX.

Créée il y a trente-cinq ans, la Fondation Force soutient en Alsace des projets de recherche et d’innovation susceptibles d’améliorer la prise en charge des patients. Reconnue d’utilité publique et implantée à Strasbourg, elle a engagé six millions d’euros en cinq ans, dont environ un million par an dans son appel à projets annuel consacré à l’innovation en santé.

Les projets les mieux notés sont auditionnés avant la décision du conseil d’administration. « Nous ne sommes pas l’ANR. Ce qui nous intéresse, c’est l’impact, le territoire et la manière d’aller au lit du patient », résume Lilla Mérabet, déléguée générale de la fondation.

Contracter le temps du parcours de soins

Parmi les lauréats accompagnés par la Fondation Force, trois projets illustrent sa volonté de réduire le délai entre l’identification d’un problème médical et la réponse apportée au patient : FAST-Tx, SmartBiotic et OPTI-TOX. « Le temps patient, le temps du traitement, le temps de réponse, le temps du diagnostic : nous nous sommes vraiment demandé comment notre fondation pouvait conjuguer le temps », explique Lilla Mérabet.

Lauréat 2025, FAST-Tx n’est pas une start-up, mais un projet porté par l’IHU de Strasbourg. Il vise à regrouper, dans un même lieu et sous une seule anesthésie, les différentes étapes de la prise en charge d’un nodule pulmonaire suspect : bronchoscopie robotisée, imagerie, analyse rapide des tissus, modélisation 3D puis, si nécessaire, chirurgie mini-invasive. « Vous venez à un endroit, vous avez tout votre parcours qui est contracté », décrit Lilla Mérabet. Selon cette dernière, de premiers patients ont déjà bénéficié de cette organisation, avant la mise en place d’une véritable cohorte clinique.

Lauréat 2026, SmartBiotic développe un logiciel destiné à aider les médecins à choisir un antibiotique avant même de disposer des résultats de l’antibiogramme. L’outil s’appuie sur les données microbiologiques locales pour tenir compte des bactéries en circulation et de leurs résistances. La mise en place d’une expérimentation dans des Ehpad du Grand Est est actuellement en discussion avec l’Agence régionale de santé. « Nous avons financé le projet pour qu’il puisse passer le cap suivant », précise Lilla Mérabet.

OPTI-TOX, porté par Neolys Diagnostics, cherche à repérer avant la radiothérapie les patients risquant de développer des effets secondaires graves. Pour cela, le projet croise la dose de rayons prévue avec un marqueur biologique lié à ATM, une protéine qui aide les cellules à réparer leur ADN. Le financement doit soutenir une nouvelle preuve de concept clinique, afin d’identifier les patients les plus exposés et d’adapter leur surveillance et leurs soins de support. Neolys discute également avec la Haute Autorité de santé d’un éventuel remboursement de ses tests.

Financer sans se substituer aux porteurs

Pour les projets académiques, Force verse généralement 60 % de la dotation à la signature. Un rapport intermédiaire et une visite du conseil scientifique, environ un an plus tard, conditionnent le solde. La Fondation mesure ensuite l’impact du projet. Pour certaines start-up, elle peut aussi intervenir via des bons de souscription d’actions afin de renforcer leurs fonds propres avant une levée. « Nous leur demandons une obligation de moyens, souligne Lilla Mérabet Un retard ne remet donc pas automatiquement le soutien en cause, on est là pour qu’ils réussissent et, de toute façon, la dotation est acquise. On va partager les doutes ensemble ». Les porteurs peuvent aussi soumettre leur stratégie à un « stress test » du conseil scientifique. Une formule née de leurs retours : « Quand on sort de l’audition, on a appris plein de choses sur notre propre projet auxquelles on n’avait pas pensé ». La Fondation Force mobilise également son réseau, mais attend que l’équipe soit prête : « Vous avez parfois la chance de rencontrer un industriel une fois. Vous devez être hyper crédible et hyper solide », conseille Lilla Mérabet.

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