L’Institut Charcot co-développe une interface cerveau-ordinateur
En partenariat avec l’Institut Charcot, la start-up Intelimensa développe sa technologie pour permettre aux personnes atteintes de Sclérose Latérale Amyotrophique (SLA) de contrôler un ordinateur grâce à l’activité cérébrale, sans implant.
Le dispositif se pose sur la tête comme un casque et détecte les ondes cérébrales près de seize fois plus vite que les interfaces cerveau-ordinateur non invasives classiques. Cette technologie pourrait révolutionner le quotidien des personnes atteintes de Sclérose Latérale Amyotrophique, ou maladie de Charcot, une maladie neurodégénérative entrainant la perte progressive des fonctions motrices. Le système ne cherche pas à décoder l’intention de l’utilisateur. Il repose sur un apprentissage par rétroaction : la personne apprend à moduler ses propres signaux cérébraux pour commander un curseur, et commence à maitriser le dispositif après 20 à 30 minutes d’entrainement « Il ne s’agit pas d’un appareil qui décode le cerveau, mais d’un appareil que le cerveau peut apprendre à contrôler », résume Raul Muresan, CEO d’Intelimensa.
Du laboratoire au casque portable
Après environ six ans de développement par le Transylvanian Institute of Neuroscience (TINS), la technologie est brevetée aux États-Unis et en Europe. Intelimensa est ensuite créée en 2023 pour transformer l’outil de recherche en un casque portable combinant électrodes, électronique et logiciels. Face à la complexité de la certification médicale, la spin-off a d’abord visé le secteur du jeu vidéo. Mais un essai mené le 11 février 2026 à Paris avec Nicolas Beretti, atteint d’une forme avancée de SLA, réoriente le projet vers la santé. Immobilisé par la maladie, celui-ci parvient à contrôler un jeu en temps réel et à y obtenir une médaille d’or. Deux autres tests exploratoires suivent à Leipzig auprès d’une personne atteinte de SLA et à Munich auprès d’un patient présentant une lésion de la moelle épinière.
Des usages conçus avec les patients
Afin d’adapter le dispositif à cette nouvelle application, Intelimensa développe une version plus légère du casque ainsi qu’une interface permettant d’écrire du texte. Le contrôle d’un ordinateur ou d’équipements connectés au domicile est aussi envisagé. Les applications seront choisies avec les patients dans le cadre de la collaboration avec l’ARSLA et l’Institut Charcot. Créé par l’ARSLA pour fédérer la recherche française sur la SLA, l’Institut Charcot mobilisera son réseau de chercheurs, de centres cliniques et de patients afin d’accélérer le développement de cette technologie pour les patients SLA. Son futur volet de recherche participative doit associer les personnes malades aux choix technologiques. « Les patients doivent nous dire comment améliorer le dispositif et de quelle manière ils veulent l’utiliser », insiste Raul Muresan. La collaboration doit aussi permettre d’évaluer la sécurité du casque et préparer sa certification.
Pour franchir cette étape, Intelimensa prévoit de solliciter 2,5 millions d’euros auprès de l’EIC Accelerator. L’entreprise estime que le parcours réglementaire pourrait durer deux ans et coûter entre 500 000 et 600 000 euros, un financement aussi destiné à soutenir la production. Avant une mise sur le marché, trois chantiers restent à mener : co-concevoir les usages avec les utilisateurs, valider le dispositif auprès des patients et industrialiser sa fabrication.
Ce qu’il faut retenir
- Valeur ajoutée : Valeur ajoutée : interface cerveau-ordinateur non invasive permettant aux personnes atteintes de SLA de contrôler un ordinateur par modulation de leur activité cérébrale.
- Niveau TRL : Estimé à 5
- Besoins de financement : 2,5 M€ recherchés auprès de l’EIC Accelerator pour poursuivre le développement, financer le parcours réglementaire ( estimé entre 500 000 et 600 000 € ) et préparer l’industrialisation.
- Marché visé : les personnes atteintes de SLA. La technologie pourrait ensuite être étendue à d’autres patients souffrant de handicaps moteurs sévères.