L’Oreal veut utiliser les modèles de peau de l’institut Pasteur pour mieux comprendre certaines fonctions cutanées
Le partenariat inclue aussi l’utilisation de modèles de peau reconstruite en 3D, et conçus par L’Oréal. Credit L’Oreal-Philippe GOTTELAND
Fin décembre, l’Institut Pasteur et L’Oréal ont signé un accord-cadre pour croiser leurs expertises en biologie et en sciences de la peau. Valérie Hélin, responsable des alliances au sein de la direction des applications de la recherche et des relations industrielles à l’Institut Pasteur, et Luc Aguilar, directeur scientifique de la recherche avancée chez L’Oréal, dévoilent les contours de cette collaboration.
Ce partenariat avec un acteur de la cosmétique est inédit pour l’Institut Pasteur. Quel est le but de cette collaboration ?
Luc Aguilar : En croisant les savoir-faire de L’Oréal et de l’Institut Pasteur, nous cherchons à faire émerger de nouvelles connaissances à l’interface entre cosmétique et thérapeutique.
Valérie Hélin : Ce partenariat repose sur une complémentarité des expertises. L’Oréal met notamment à disposition son savoir-faire en matière de modèles de peau reconstruite en 3D, tandis que les équipes de l’Institut Pasteur mobiliseront leur expertise en immunologie et en microbiologie.
Comment ce partenariat va-t-il se traduire ? Prévoyez-vous la création d’équipes mixtes ou de programmes de recherche conjoints ?
Valérie Hélin : Cet accord-cadre est prévu pour trois ans et va se décliner en projets d’application. Il n’y a pas d’objectif fixé en termes de nombre de programmes. Il permet avant tout d’instaurer un cadre de confiance et de sécuriser les aspects juridiques, pour avancer rapidement, dès lors que des axes de collaboration sont identifiés. Il n’est pas non plus prévu de constituer des équipes mixtes. Chaque partenaire mènera ses travaux de son côté, avec des échanges réguliers pour partager les résultats.
Luc Aguilar : Un premier programme est en cours de lancement et un second est en discussion. Au fil de la collaboration, les interactions régulières entre nos équipes permettront d’identifier et de faire émerger de nouveaux projets.
Pourriez-vous en dire plus sur ce premier programme ?
Luc Aguilar : Il a pour objectif de mieux comprendre les interactions entre le microbiote cutané, le système immunitaire et le système hormonal. L’ambition est d’identifier de nouveaux biomarqueurs et de nouvelles cibles biologiques, afin d’améliorer certaines fonctions clés de la peau, comme la résilience au stress, la régénération, la réparation ou la réponse inflammatoire. Un axe important concerne également les différences de réponse entre les femmes et les hommes, que ce soit en situation physiologique normale ou dans un contexte pathologique.
Valérie Hélin : Pour cela, le programme s’appuie sur des modèles de peau, notamment des organoïdes développés à l’Institut Pasteur, issus de cellules d’organes, ainsi que des modèles de peau reconstruite en 3D conçus par L’Oréal. Ces approches complémentaires doivent permettre de mieux décrypter les interactions entre systèmes immunitaire et hormonal dans les fonctions cutanées.
Ce partenariat pourrait-il s’appuyer sur des start-up ou déboucher sur la création de jeunes pousses ?
Luc Aguilar : Nous ne nous interdisons pas de faire appel à des partenaires externes, notamment des start-up, si cela peut contribuer à faire avancer les projets.
Valérie Hélin : La création de start-up fait partie intégrante de la stratégie de valorisation de la recherche à l’Institut Pasteur, dès lors qu’une opportunité pertinente se présente. Concernant ce partenariat, il est encore prématuré de se prononcer, mais cette possibilité existe. Tout dépendra aussi de la nature des découvertes. Si elles relèvent du champ cosmétique, leur développement se fera plutôt avec L’Oréal. En revanche, si elles ouvrent sur des applications thérapeutiques, la création d’une start-up du côté de l’Institut Pasteur peut être envisagée.
Quelles applications thérapeutiques ce partenariat pourrait-il explorer ?
Luc Aguilar : Les recherches mettent de plus en plus en évidence des liens entre l’état de la peau, les trajectoires de vieillissement et les pathologies liées à l’âge. Elle constitue en ce sens un véritable marqueur du vieillissement, notamment hormonal. Parmi les pistes déjà explorées à l’Institut Pasteur figure la maladie de Verneuil. À plus long terme, l’ambition est également d’identifier de nouveaux territoires scientifiques autour de la longévité.
Valérie Hélin : Plusieurs équipes de l’Institut Pasteur travaillent en effet sur la maladie de Verneuil. Dans le cas de cette pathologie, les interactions entre microbiome et réponse immunitaire jouent un rôle clé, mais restent encore largement incomprises. Plus largement, ce partenariat vise aussi à mieux comprendre pourquoi les peaux ne réagissent pas de la même manière face aux agressions extérieures, en croisant les approches et les disciplines.
Quel rôle joue l’intelligence artificielle dans vos recherches et dans ce partenariat ?
Luc Aguilar : En biologie, nous avons aujourd’hui accès à des volumes considérables de données. Dans ce contexte, l’intelligence artificielle est devenue indispensable pour formuler des hypothèses et analyser des systèmes complexes. Elle est notamment mobilisée au sein des plateformes technologiques de l’Institut Pasteur, à travers des approches multi-omiques qui croisent différentes couches de données afin d’identifier plus finement des biomarqueurs et des cibles biologiques.
Valérie Hélin : Dans le cadre de ce partenariat des discussions ont effectivement été engagées autour de l’accès à nos plateformes technologiques de haut niveau, notamment en protéomique et en imagerie. Plus largement, l’Institut Pasteur a vocation à jouer un rôle de premier plan dans l’intégration de l’intelligence artificielle au service des découvertes biologiques.
