MINT : deux nanomédicaments pour traiter par voie pulmonaire et orale
Au laboratoire MINT d’Angers, deux chercheuses développent des nanoparticules pour acheminer des traitements par inhalation ou par voie orale. Leur particularité : intégrer le rôle des microbiotes dès la conception du médicament.
Avant de passer dans le sang ou d’atteindre une tumeur, un médicament rencontre de nombreuses barrières capables de le dégrader. Élise Lepeltier et Émilie Roger-Talibart, maîtresses de conférences au laboratoire Micro et nanomédecines translationnelles (MINT – Inserm, CNRS, Université d’Angers), tentent de les contourner grâce à deux nanosystèmes soutenus par leur nomination, en 2023, à l’Institut universitaire de France au titre d’une chaire Junior Innovation.
Un anticancéreux inhalé au plus près de la tumeur
Développée par Élise Lepeltier avec le CHU d’Angers, la première technologie vise à traiter le cancer du poumon par nébulisation. « L’idée était d’aller au plus simple et au plus près de la cible », explique la chimiste. Ses prodrogues s’auto-assemblent dans l’eau pour former des nanoparticules possédant à la fois des propriétés anticancéreuses et antimicrobiennes.
Cette deuxième fonction doit empêcher le microbiote pulmonaire d’inactiver le traitement. « Nous nous sommes rendu compte qu’il dégradait les anticancéreux. En une heure, il n’y avait plus de médicament efficace », précise-t-elle. La nanoplateforme pourrait être adaptée à plusieurs molécules puis intégrée dans un inhalateur de type soft mist. Son usage nécessiterait toutefois des précautions contre la dispersion d’aérosols toxiques.
Une preuve de concept obtenue chez l’animal
Après avoir obtenu un financement de prématuration par la cellule CNRS Innovation, le projet est évalué sur des souris porteuses d’une tumeur pulmonaire. Il a franchi son jalon go/no go après avoir montré une diminution du volume tumoral et une amélioration de la survie. « Les derniers résultats sont vraiment superbes », rapporte la chercheuse, tout en rappelant que « les souris restent des souris ». Un CRO doit maintenant mesurer la perturbation éventuelle du microbiote et évaluer une potentielle toxicité.
Des peptides antimicrobiens à avaler
Émilie Roger-Talibart explore de son côté l’administration orale de peptides thérapeutiques. Ces petites protéines, principalement injectées, sont rapidement dégradées dans le système digestif. Ses nanoparticules doivent les protéger durant leur transit. Le projet s’est recentré sur les peptides antimicrobiens, avec un double objectif : combattre l’infection et préserver le microbiote intestinal.
La publication d’un procédé concurrent a conduit l’équipe à revoir sa technologie. « Nous avons modifié notre procédé et changé la composition », indique la chercheuse. Le projet bénéficie d’un programme régional de prématuration. Un brevet est à l’étude et plusieurs industriels ont déjà montré un intérêt.
Prochaines étapes : maturer et transférer
La technologie pulmonaire est protégée par deux brevets déposés en 2024 et 2025. L’équipe doit consolider les résultats précliniques et préparer le changement d’échelle. Une maturation de plusieurs centaines de milliers d’euros est en discussion avec la SATT Ouest Valorisation et la création d’une start-up fait aussi partie des options. Atteindre les essais cliniques nécessiterait ensuite 2 à 3 millions d’euros.
Ce qu’il faut retenir
- Valeur ajoutée : deux nanoparticules conçues pour administrer localement des anticancéreux ou protéger des peptides pris par voie orale, en tenant compte des microbiotes.
- Niveau TRL : 3-4 pour la voie pulmonaire et 2-3 pour la voie orale.
- Besoins de financement : environ 800 000 euros pour la maturation du traitement inhalé, puis 2 à 3 millions d’euros pour atteindre la clinique.
- Marché visé : cancer du poumon pour la voie inhalée ; peptides thérapeutiques et antibiothérapie pour la voie orale.