Réglementation, financement et maturation: les obstacles au transfert technologique

22 octobre 2026

Aux Rendez-vous Carnot, le 22 octobre, industriels, chercheurs et cliniciens ont souligné la nécessité d’accélérer les partenariats public-privé pour renforcer l’innovation en santé. Entre nouvelles stratégies de développement thérapeutique, transferts technologiques et difficultés réglementaires, les intervenants ont appelé à mieux exploiter les atouts de l’écosystème français.

Comment transformer plus rapidement les découvertes scientifiques en solutions médicales ? Lors d’une table ronde consacrée à la souveraineté sanitaire, organisée le 22 octobre aux Rendez-vous Carnot, les représentants de Sanofi, des instituts Imagine et Pasteur, ainsi que des acteurs de la recherche clinique ont confronté leurs expériences. Un constat partagé : si la France dispose d’une recherche d’excellence, la vitesse de transfert et de développement reste un enjeu majeur.

Pour Michel Didier, Ecosystem & Scientific Innovation Director chez Sanofi, l’innovation ouverte est désormais incontournable. Face à l’accélération des découvertes, les grands groupes pharmaceutiques ne peuvent plus internaliser toutes les compétences nécessaires. Sanofi s’appuie notamment sur ses programmes internationaux iAwards et iDea-Tech Awards, qui financent des collaborations scientifiques d’un an, ainsi que sur une soixantaine de doctorants Cifre. Mais le groupe souhaite aussi renforcer ses partenariats plus en aval, lors de la transition entre recherche et développement, ce qui constitue « les plus gros challenges », souligne Michel Didier. L’objectif est notamment de rapprocher scientifiques et cliniciens pour accélérer la recherche translationnelle.

Maladies rares : changer d’échelle pour attirer les industriels

Cette stratégie trouve une illustration dans le partenariat engagé depuis 2018 entre Sanofi et l’Institut Imagine, centre de recherche et de soins spécialisé dans les maladies génétiques, labellisé Carnot depuis 2020 . Pour Erminia Rubinio, directrice adjointe de l’institut, l’enjeu consiste à dépasser une approche maladie par maladie, souvent peu attractive économiquement pour les industriels.« Quand on les regarde dans l’ensemble, on parle de près de 8 000 maladies rares qui concernent 3 millions de patients en France », rappelle-t-elle. 

Les travaux collaboratifs menés avec Sanofi sur les déficits immunitaires et les maladies auto-immunes cherchent ainsi à regrouper des patients atteints de pathologies différentes, mais partageant des mécanismes moléculaires similaires. Une stratégie susceptible de faire émerger des cibles thérapeutiques communes et d’élargir les populations concernées par un même développement de solutions thérapeutiques.

Imagine souhaite également appliquer cette logique aux plateformes d’oligonucléotides et d’édition du génome. Ainsi, les deux partenaires souhaitent mutualiser les efforts de développement entre plusieurs maladies présentant des caractéristiques communes, afin d’en réduire les coûts et d’améliorer leur attractivité industrielle.

Du laboratoire au diagnostic : Pasteur mise sur le transfert

À l’Institut Pasteur, fondation de recherche biomédicale notamment spécialisée dans les maladies infectieuses et labellisée Carnot, la valorisation repose entre autres sur les licences industrielles et la création de start-up. Jean-Christophe Olivo-Marin, directeur du Carnot Pasteur MS, a cité deux exemples de projets accompagnés par ses équipes : le transfert d’une licence pour un diagnostic du papillomavirus humain (HPV) et la création d’une jeune entreprise, Biocellis, développant des tests fondés sur la luminescence, destinés notamment au diagnostic de maladies infectieuses, au plus près du patient.

Ces projets illustrent le rôle des Carnot dans la maturation des technologies, entre découverte fondamentale et preuve de concept susceptible d’intéresser un industriel. Jean-Christophe Olivo-Marin rappelle toutefois que cette chaîne repose d’abord sur un financement suffisant de la recherche fondamentale.

Des freins contractuels, réglementaires et cliniques

Malgré ces réussites, les intervenants pointent un manque d’agilité. Michel Didier évoque notamment les difficultés contractuelles qui ralentissent parfois la concrétisation de partenariats pourtant souhaités par les deux parties.

Pascal Deschaseaux, directeur général du Carnot Opale, spécialisé dans les leucémies, appelle à davantage de souplesse dans l’utilisation des financements. Il souhaite pouvoir consacrer plus de moyens à la professionnalisation de la recherche partenariale, notamment aux compétences juridiques et réglementaires. « La recherche, ça prend du temps. Mais le partenariat, lui, peut aller beaucoup, beaucoup plus vite », insiste-t-il.

Du côté des cliniciens, Sébastien Froelich, chef de service en neurochirurgie de l’hôpital Lariboisière (AP-HP), déplore une déconnexion entre certaines innovations technologiques et les besoins des chirurgiens. Pour y répondre, son équipe a créé un tiers-lieu destiné à rapprocher industriels et utilisateurs, ainsi qu’un réseau d’investigation clinique consacré aux dispositifs médicaux en neurochirurgie.

Il alerte également sur les contraintes réglementaires européennes, qui pousseraient certaines start-up à privilégier les États-Unis pour leurs développements.

Vers davantage d’essais cliniques précoces en France

Pour renforcer l’attractivité française, Sanofi entend développer de nouveaux partenariats académiques et relocaliser une partie de ses essais cliniques précoces. Michel Didier a notamment évoqué un projet d’essai en partenariat avec le CHU de Montpellier dans le domaine des maladies auto-immunes. Le groupe souhaite également connecter ses collaborations françaises à celles engagées avec d’autres partenaires européens, notamment à Barcelone et à Berlin.

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