Cathy Apourceau-Poly : « Il faut une seule porte d’entrée pour les projets de recherche »

20 octobre 2026

@sénat

Un rapport adopté le 8 juillet dernier par la commission des affaires sociales du Sénat consacré aux innovations thérapeutiques propose des solutions pour accélérer le parcours des innovations. Simplifier les démarches, pérenniser le financement de la recherche hospitalière et la créer un véritable guichet unique : Cathy Apourceau-Poly, sénatrice du Pas-de-Calais et co-rapporteure du texte revient sur ces 27 recommandations pour contrer un environnement devenu trop complexe pour les équipes hospitalières, les chercheurs et les promoteurs d’essais.

Que révèle ce rapport sur l’attractivité de la France en matière de recherche clinique ?

Nous avons constaté une inversion des dynamiques d’attractivité pour l’innovation thérapeutique. La part de l’Europe dans les essais cliniques industriels mondiaux a diminué de moitié en dix ans, pour tomber à 12 %. Dans le même temps, l’Asie, et notamment la Chine, progresse fortement. 

Au milieu des années 2010, la France, elle, participait à 10 % des essais industriels interventionnels mondiaux sur le médicament. En 2024, elle n’en représentait plus que 2,85 %. Faute d’adaptation des procédures, de certitude sur les prix et de délais d’accès suffisamment courts, la France n’est plus considérée comme une zone de lancement prioritaire par les exploitants. C’est inquiétant.

À quel moment les projets rencontrent-ils le plus de difficultés ?

Nous devons moderniser en profondeur nos outils et accélérer les procédures d’autorisation. Les dispositifs de « fast-track » vont dans le bon sens, mais ils doivent être étendus, notamment aux essais de phases II et III. Les délais restent particulièrement longs après l’autorisation, lors de la contractualisation avec les hôpitaux et de l’ouverture des centres. En 2025, il fallait encore 185 jours pour inclure le premier patient dans un essai portant sur un médicament. C’est beaucoup trop long. Il faut accélérer sans mettre les patients en difficulté : toutes les précautions doivent être maintenues, mais les essais doivent pouvoir démarrer plus rapidement.

Le rapport recommande de créer un véritable guichet unique et de financer davantage la recherche. Qu’est-ce qui changerait ?

Des guichets existent déjà, mais nous nous sommes rendu compte, au fil des auditions, qu’ils n’avaient plus grand-chose d’unique. Notre organisation administrative est compliquée à comprendre et les porteurs de projets peuvent s’y perdre. Nous proposons donc une seule porte d’entrée pour les promoteurs et les investigateurs, capable de les accompagner pendant l’intégralité du projet de recherche. Les différents acteurs conserveraient leur place, notamment pour garantir la sécurité des patients, mais ils devraient être mieux coordonnés. 

Il faut à la fois davantage de moyens et une réorganisation du système. Le financement de l’implication des équipes hospitalières dans la recherche clinique repose encore beaucoup sur des appels à projets. Or, ces financements sont discontinus, non pérennes et leur obtention mobilise un temps administratif considérable, sans garantie de succès. Il faut donc financer durablement les équipes qui mènent ces recherches et revoir les modalités de financement de la recherche clinique hospitalière. La France dispose pourtant d’atouts importants, comme les instituts hospitalo-universitaires, les centres spécialisés dans les essais précoces ou la filière maladies rares. 

Pourquoi le rapport cite-t-il le modèle espagnol ?

L’Espagne a créé un écosystème intégré allant du médecin généraliste jusqu’au centre de recherche expert. Les médecins de ville ont davantage le réflexe d’orienter leurs patients vers les essais, grâce à un registre public régulièrement actualisé et à un réseau hospitalier interconnecté. Nous devons améliorer l’adressage des patients et la capacité d’inclusion des centres français. Une innovation ne bénéficie réellement aux patients que si ceux-ci peuvent accéder aux essais, y compris lorsqu’ils vivent loin des grands centres hospitaliers.

Vous insistez également sur la recherche pédiatrique. Pourquoi reste-t-elle en retrait ?

Les enfants représentent 75 % des patients atteints de maladies rares. Pourtant, la pédiatrie ne représentait que 7 % des inclusions dans les essais cliniques industriels en oncologie en 2023. Nous ne travaillons pas suffisamment sur les maladies rares et les cancers pédiatriques.

Le rapport propose notamment de faciliter l’inclusion des adolescents de 12 à 17 ans dans certains essais conçus pour les adultes, de renforcer les coopérations européennes et de disposer de comités de protection des personnes davantage spécialisés en pédiatrie.

Il existe aussi une question de financement et de marché. Les maladies rares concernent, par définition, peu de patients et attirent moins facilement les investissements. À titre personnel, je considère que lorsque des entreprises bénéficient d’aides publiques importantes pour innover, la puissance publique peut aussi formuler certaines exigences. Ce point ne figure pas parmi les propositions du rapport, mais l’industrie pharmaceutique doit également contribuer à répondre aux besoins thérapeutiques insuffisamment couverts.

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