APInnov 2026 : l’AP-HP veut transformer ses cliniciens en bâtisseurs de start-up deeptech
Le 12 mai dernier s’est tenu la 22ème édition du salon APInnov, l’évènement organisé par l’AP-HP autour de l’innovation en santé. Tout au long de la journée, cliniciens, structures de transfert, investisseurs et industriels ont échangé lors de tables rondes sur les modèles d’innovation hospitalière. Cette édition a notamment mis en avant le rôle grandissant des start-ups dans le transfert des technologies.
« Aujourd’hui, la suite logique en sortie du monde académique, c’est la start-up », a déclaré Pascale Augé, présidente du directoire d’Inserm Transfert, lors d’une table ronde consacrée à la création d’entreprise en médecine. La phrase résume l’évolution stratégique mise en scène lors de la 22ème édition d’APInnov, organisée le 12 mai 2026 : faire de l’hôpital public un acteur central de l’innovation deeptech en santé. Tout au long de la journée, médecins, industriels, structures de transfert et investisseurs ont convergé autour d’un même constat : entre la recherche académique et le marché, la start-up est devenue le maillon indispensable.
Le travail de la start-up, c’est de réduire le risque jusqu’à ce qu’il soit acceptable par un investisseur ou par l’industrie pharmaceutique.
Paul Van Der Schueren
Des cliniciens de plus en plus tournés vers l’entrepreneuriat
Cette évolution se reflète dans les parcours des cliniciens venus témoigner lors d’APInnov. Le professeur Antoine Carpentier, chef du service de neurologie de l’hôpital Saint-Louis et cofondateur d’ALTEVAX, est revenu sur la création de sa société à partir de travaux menés sur les tumeurs cérébrales. « Si vous trouvez quelque chose, il ne faut pas le laisser sur l’étagère », a-t-il expliqué. Même logique du côté du professeur Jean Bergounioux, pédiatre et porteur du projet iMover, une technologie de détection précoce de détresse respiratoire du nourrisson via smartphone. Son point de départ : voir les enfants arriver trop tard en réanimation.
La première table ronde, consacrée au transfert de technologie, a également mis en lumière l’évolution du rôle des structures de valorisation et des partenariats public-privé. Tous les intervenants ont insisté sur la complexité des développements en santé, qui nécessitent structuration, essais cliniques et validation réglementaire. « La bonne idée du jour ne fait pas le bon produit du jour », a résumé Philippe Bisset, PDG de HAC Pharma.
Mais ce dérisquage technologique ne suffit pas toujours. Plusieurs intervenants ont décrit la difficulté du passage du monde hospitalier à l’univers entrepreneurial : « Le business, pour moi, c’était le diable », a reconnu Jean Bergounioux, « On est parfois très très seul », a ajouté Antoine Carpentier.
La start-up devient le nouveau véhicule du transfert hospitalier
Au fil des échanges, un constat s’est imposé : la start-up devient désormais l’outil central de maturation des technologies de santé. « Le travail de la start-up, c’est de réduire le risque jusqu’à ce qu’il soit acceptable par un investisseur ou par l’industrie pharmaceutique », a expliqué Paul Van Der Schueren, CEO d’ALTEVAX.
Le changement de paradigme est profond. Là où les laboratoires publics se contentaient autrefois de déposer des brevets ou de publier des résultats, l’enjeu est désormais de pousser les innovations jusqu’à la preuve de concept clinique. « Les start-up sont devenues un maillon absolument incontournable de la chaîne d’innovation », a insisté Pascale Augé. Cette évolution reflète également une transformation industrielle plus large : les grands groupes pharmaceutiques et medtech interviennent de plus en plus tardivement dans le développement des technologies. Les start-up deviennent ainsi des véhicules de maturation capables de porter les projets jusqu’aux premiers essais cliniques.
Reste toutefois un obstacle majeur : le financement des phases précoces. « Beaucoup de projets restent dans les cartons à cause du financement de la phase préclinique », a alerté Paul Van Der Schueren.
À ces difficultés financières s’ajoutent les délais réglementaires et les contraintes propres au secteur de la santé. Pour plusieurs intervenants, la France doit désormais réussir à structurer un écosystème capable d’accompagner durablement cette nouvelle génération de start-up hospitalières.
Les tiers-lieux deviennent stratégiques
L’un des temps forts de la journée a été la présentation des quatre tiers-lieux d’expérimentation de l’AP-HP : Hôtel-Dieu, BOPEX, Sentinelle et UNIREIN. Leur rôle dépasse celui d’incubateurs classiques. Ces structures servent à confronter les technologies aux réalités du terrain clinique et aux contraintes hospitalières. « En tant que tiers-lieu, on met aussi notre grain de sel dans le développement des innovations », a expliqué le Pr Corinne Isnard Bagnis, directrice médicale du tiers-lieu d’expérimentation UNIREIN. L’objectif est de permettre aux start-up d’accéder plus rapidement aux usages, aux équipes médicales et aux validations cliniques à l’échelle de l’institution.
BOPEX, le tiers-lieu qui ouvre le bloc opératoire aux start-up
Parmi les quatre tiers-lieux d’expérimentation présentés à APInnov 2026, BOPEX occupe une place particulière. Dédiée au bloc opératoire, cette plateforme de l’AP-HP vise à confronter les innovations aux réalités concrètes du terrain chirurgical. « Le bloc opératoire, c’est un espace clos, rappelle l’équipe de BOPEX. Un porteur d’innovation peut assez rapidement fantasmer ce qu’est la réalité du bloc opératoire. » L’objectif est donc de permettre aux start-up, industriels et cliniciens de tester très tôt leurs technologies dans des conditions réelles d’usage, au contact des équipes hospitalières. Le tiers-lieu accompagne les projets « tout au long du cycle de développement du produit, depuis les premières phases de validation jusqu’aux expérimentations cliniques ». Plusieurs cas d’usage ont été présentés pendant APInnov, notamment un dispositif de pansement à pression négative développé avec la société italienne Medivice, ou encore un casque de réalité virtuelle destiné aux chirurgiens pour afficher en temps réel flux vidéo et données opératoires en environnement stérile.