Oncologie : les innovations portées par l’AP-HP en 2026
Impression 3D du traitement anti-cancéreux topotécane par extraction semi-solide, développé par Romain Bodin.
À APInnov 2026, l’oncologie s’est imposée comme l’un des grands terrains d’expérimentation de la nouvelle stratégie d’innovation de l’AP-HP. Entre IA appliquée à l’imagerie, immunothérapies, dispositifs médicaux interventionnels et nouveaux outils de suivi clinique, plusieurs projets ont été présentés pendant la 22ème édition du salon APINNOV le 12 mai dernier. Retour sur ces projets.
Parmi les projets les plus ambitieux figure celui porté par le professeur Frédéric Prat autour du cancer du pancréas, l’un des cancers les plus agressifs et les plus difficiles à traiter : « C’est un des cancers pour lesquels les possibilités thérapeutiques sont les moins satisfaisantes, rappelle le gastro-entérologue. Les nouveaux traitements qui ont donné des résultats remarquables dans certains cancers, comme l’immunothérapie, ne fonctionnent pas ou très mal dans le cancer du pancréas ». Son équipe développe un dispositif combinant écho-endoscopie, électroporation et injection locale de chimiothérapie directement dans la tumeur pancréatique. Ils tentent alors d’utiliser des champs électriques pour perméabiliser temporairement les cellules tumorales et faciliter la pénétration des traitements anticancéreux. « Ce qui n’existe pas encore, c’est la possibilité d’appliquer à la fois un agent physique et dans le même temps d’injecter localement une chimiothérapie », explique Frédéric Prat.
Le dispositif, actuellement en phase de prototypage, doit être introduit via un écho-endoscope jusqu’à la tumeur avant déploiement d’électrodes capables d’appliquer des impulsions électriques ciblées tout en injectant les molécules thérapeutiques. Le projet mobilise un consortium réunissant médecins, biologistes, physiciens et ingénieurs, notamment avec l’École centrale de Lyon, l’INSA et l’Institut Lumière. « C’est vraiment une collaboration assez large », insiste le professeur. Un prototype utilisable en endoscopie pourrait voir le jour dès 2026 avant une première étude pilote chez des patients dans les années suivantes.
L’impression 3D pour personnaliser les chimiothérapies
Autre innovation remarquée : les travaux de Romain Bodin autour de l’impression 3D de médicaments anticancéreux pédiatriques. Mené à Gustave Roussy dans le cadre d’une année de recherche financée par l’AP-HP, le projet vise à résoudre un problème concret : l’observance des traitements chez les enfants atteints de cancer « On s’est heurté rapidement à des problématiques d’observance, des patients qui n’arrivent pas à prendre leur traitement », explique le pharmacien hospitalier. L’équipe s’est concentrée sur le topotécan, une molécule dont la posologie doit être ajustée avec une très grande précision.
Pour répondre à cette contrainte, les chercheurs utilisent l’impression 3D par extrusion semi-solide, ce qui permet: « à la fois d’adapter finement les doses, d’avoir de petits volumes et d’adapter la texture pour que l’enfant ait le meilleur goût et la meilleure perception possible. » Le projet mobilise également des problématiques complexes de formulation pharmaceutique : stabilité des molécules, viscosité des matériaux ou cinétique de libération du principe actif. « L’avenir du projet, c’est d’aller vers la clinique », explique Romain Bodin.
IA, imagerie et nouvelles plateformes thérapeutiques
L’oncologie a également été abordée sous l’angle de l’intelligence artificielle et de l’imagerie médicale. Le tiers-lieu Sentinelle, dédié à l’imagerie, a présenté plusieurs travaux visant à exploiter les données radiologiques et histologiques pour mieux classifier les tumeurs grâce à l’IA. L’objectif est d’intégrer ces outils directement dans les workflows cliniques afin d’améliorer le diagnostic et l’orientation thérapeutique des patients. La journée a aussi mis en avant la montée en puissance des startups hospitalières en oncologie. Le professeur Antoine Carpentier, chef du service de neurologie de l’hôpital Saint-Louis et cofondateur d’ALTEVAX, est revenu sur le développement d’une plateforme vaccinale contre les tumeurs cérébrales.
Les lauréats des Trophées de l’innovation APInnov 2026
APInnov 2026 a récompensé trois projets hospitaliers lors du salon.
Dans la catégorie « soignant innovant », Hélène Le Goff a été distinguée pour Les masques de la Lune, un fil vers l’autonomie, un atelier de couture thérapeutique développé à Necker pour les enfants atteints de xeroderma pigmentosum. Le projet a pour objectif de rendre les familles autonomes dans la fabrication de masques de photoprotection non remboursés.
Le trophée interne innovant revient à Marc-Anthony Chouillard pour DocStrive, une application qui modernise le carnet de bloc opératoire des internes. Elle permet de recenser les interventions, suivre sa progression et partager des cas de manière sécurisée.
Enfin, le prix du brevet prometteur a distingué les Dr Isabelle Fitton, Dr Marc Khalife et Dr Claire Van Ngoc Ty pour un fantôme d’imagerie de colonne vertébrale imprimé en 3D. Conçu pour optimiser les clichés postopératoires sans exposer les patients, il vise à améliorer le compromis entre qualité d’image et dose de rayons X.