Cancer colorectal : Servier ouvre ses données aux entreprises de l’IA avec la Région Île-de-France
Le Challenge IA pour la Santé 2027 doit faire émerger de nouvelles approches pour analyser les données cliniques et moléculaires en oncologie. Avec la Région Île-de-France, Servier entend identifier des cibles thérapeutiques, caractériser les profils biologiques des patients, comprendre les résistances aux traitements et explorer la façon dont l’IA permettra d’accélérer la recherche.
Un même jeu de données peut-il livrer de nouvelles pistes thérapeutiques lorsqu’il est analysé autrement ? C’est le pari du challenge lancé le 23 juillet 2026 par Servier et la Région Île-de-France. Le groupe pharmaceutique, gouverné par une fondation, met à disposition des candidats des données sur le cancer colorectal, pour les confronter à des méthodes d’IA développées à l’extérieur. « Les découvertes naissent des interactions entre laboratoires académiques, biotechs, start-up et industriels », souligne Fabien Schmidlin, directeur exécutif de la médecine translationnelle, Servier. Le challenge doit permettre de repérer des approches complémentaires à celle des équipes du Groupe
Exploiter la diversité des tumeurs
Le choix du cancer colorectal tient à l’engagement de Servier dans cette indication, où il commercialise déjà un médicament. À partir d’échantillons de patients, il a constitué des données multi-omiques, notamment génomiques et transcriptomiques , renseignant différents niveaux du fonctionnement biologique des tumeurs. « Ces informations doivent aider à comprendre pourquoi certains patients répondent favorablement et d’autres ne répondent pas », résume Fabien Schmidlin. Les modèles pourraient faire émerger des sous-catégories de patients, à l’image des distinctions établies dans le cancer du sein entre tumeurs HER2 positives, hormonodépendantes et triple négatives.
Servier attend également des propositions sur les mécanismes d’échappement aux traitements et sur de nouvelles cibles thérapeutiques. Ces résultats pourraient alimenter de futurs programmes de recherche ou orienter des combinaisons de médicaments en développement clinique. « Il s’agit d’exploiter tout le potentiel des données dont on dispose aujourd’hui pour faire avancer la recherche et le développement de nouveaux médicaments ».
Une sélection fondée sur l’innovation et la robustesse
Clos le 14 septembre, l’appel s’adressait aux entreprises, de la start-up à l’ETI, et aux groupements associant notamment entreprises et laboratoires publics, implantés en Île-de-France ou prévoyant de s’y installer. Une dizaine d’équipes doivent être présélectionnées, avant une phase de challenge durant laquelle elles testeront leurs approches, puis une évaluation finale. Deux dimensions seront particulièrement importantes pour Servier : la nouveauté de la méthode et sa robustesse technique. Les chercheurs du Groupe participeront à l’analyse scientifique des propositions. Le fait de disposer de résultats internes sur le même jeu de données offrira un point de comparaison pour évaluer les modèles, sans préjuger de la validation biologique des nouvelles hypothèses.
Des méthodes transférables à d’autres indications
Le lauréat pourra bénéficier d’une subvention régionale allant jusqu’à 500 000 euros et d’une collaboration avec la R&D de Servier. La portée du partenariat dépendra des résultats obtenus : nouvelles cibles, compréhension des résistances ou identification de groupes de patients. Servier pourrait ensuite envisager de tester les approches les plus robustes dans d’autres indications, notamment la leucémie myéloïde aiguë et les gliomes, pour lesquels il constitue aussi des jeux de données. Cette transférabilité restera à démontrer : le challenge doit ouvrir des pistes de recherche à investiguer.