Face à l’évolution des attentes des investisseurs « early », la SATT Aquitaine adapte sa stratégie en santé

27 octobre 2026

Depuis quatre à cinq ans, avant de s’engager, les financeurs privés manifestent un intérêt croissant pour des projets ayant atteint un niveau de maturité plus avancé. Aquitaine Science Transfert adapte ses critères de sélection et d’accompagnement afin d’optimiser les perspectives de transfert.

Longtemps confinée aux étapes de prématuration, la vallée de la mort se situe maintenant après la maturation. Créées pour financer les premières preuves de concept issues des laboratoires, les sociétés d’accélération du transfert de technologies (SATT) ont contribué à réduire le risque technologique en amont. Aujourd’hui, certaines innovations nécessitent des étapes complémentaires de développement avant de susciter l’intérêt des investisseurs ou des industriels. « Nous avons considérablement renforcé la phase de dérisquage technologique, mais les attentes du marché continuent d’évoluer créant un nouveau fossé en aval », observe Jean-Luc Chagnaud, expert du transfert en biotech et medtech chez Aquitaine Science Transfert (AST).

La tendance se serait accentuée entre 2021 et 2026. Les investisseurs précoces souhaitent désormais partager le risque à plusieurs ou attendre des résultats plus avancés. La santé représente entre 50 et 60 % des projets accompagnés par AST et plus de 90 % des revenus issus de ses technologies transférées, selon Jean-Luc Chagnaud. Dans le médicament, les industriels réclament souvent des données cliniques, alors qu’AST intervient jusqu’au préclinique non réglementaire. Les projets doivent alors rechercher des financements non dilutifs auprès de Bpifrance ou de l’Union européenne. Ces démarches rallongent les temps de développement, tandis que la durée de protection des brevets continue de s’écouler. Cette évolution conduit AST à porter une attention accrue au potentiel de création de valeur, à la stratégie de propriété intellectuelle et à la feuille de route de développement des projets. L’objectif reste d’optimiser l’allocation des ressources disponibles tout en maximisant les chances de succès des technologies accompagnées : « Là où on aurait pu investir dans dix projets, on va s’infliger une sélection plus draconienne », prévient Jean-Luc Chagnaud, au risque d’écarter temporairement des innovations encore trop jeunes.

Des investissements significatifs pour rapprocher science et marché

La SATT détecte les inventions dans les laboratoires, puis évalue leur science, leur marché, leur potentiel de propriété intellectuelle et leurs débouchés. L’accompagnement commence généralement autour d’un TRL 3. Les investissements vont d’environ 200 000 euros à 1,2 million pour les technologies les plus en rupture, avec une moyenne de 300 000 à 400 000 euros. Les programmes de maturation permettent notamment de consolider la preuve de concept, de vérifier la reproductibilité des résultats à l’extérieur des laboratoires et de renforcer l’attractivité des technologies auprès des partenaires futurs licenciés. L’objectif est d’atteindre un TRL 5 ou 6 avant une licence ou la création d’une start-up, correspondant à un niveau de dérisquage « compatible » avec les attentes du marché.

La situation est particulièrement difficile dans  les MedTechs. Des exigences réglementaires de plus en plus contraignantes et des études précliniques et cliniques avancées nécessitent des investissements de plus en plus élevés et une vision de développement à long terme, rendant les industriels du domaine plus frileux à s’engager prématurément.

TreeFrog et Corlieve Therapeutics, deux trajectoires d’exception

Quelques succès illustrent néanmoins la capacité des programmes de maturation à faire émerger des innovations de premier plan. AST a investi 1,2 million d’euros dans la technologie d’ingénierie cellulaire à l’origine de TreeFrog Therapeutics, créée en 2018, sans oublier les autres financements de prématurations du CNRS et de l’université de Bordeaux qui ont précédé la maturation. Corlieve Therapeutics, créée en 2019 avec Kurma Partners et Inserm Transfert est issue de travaux de Christophe Mulle (IINS / CNRS, Université de Bordeaux) et Valérie Crépel (INMED / Aix-Marseille Université, Inserm) sur une thérapie génique pour traiter l’épilepsie du lobe temporal, a fait l’objet d’une acquisition en 2021 par uniQure à hauteur de 250 millions d’euros.

Ces trajectoires restent rares. « Si tous les projets n’ont pas vocation à être aussi disruptif, les activités de transfert reposent sur un portefeuille diversifié permettant de faire émerger régulièrement de nouvelles opportunités», résume Jean-Luc Chagnaud. Il ajoute : « Notre défi aujourd’hui en tant que valorisateur n’est plus uniquement de démontrer la valeur scientifique d’une innovation, mais de l’amener au niveau de maturité attendu par un marché de plus en plus exigeant. Dans ce contexte, la maturation technologique demeure un levier essentiel pour transformer l’excellence académique en innovations de santé à fort potentiel. » Le transfert de ces innovations académiques dépendra donc de la capacité de l’écosystème à financer l’étape située entre la preuve de concept et l’arrivée des investisseurs privés.

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