L’ESPCI annonce la création d’un accélérateur pour garder ses start-up au contact des laboratoires
Avec le projet d’accélérateur nommé PC Tech, l’ESPCI Paris–PSL veut prolonger l’accompagnement de ses start-up au-delà de l’incubation et accueillir des entreprises plus matures. Appuyé sur la rénovation du campus, il doit renforcer les liens entre recherche fondamentale, jeunes pousses et industriels à l’échelle de PSL.
« Par manque de place, dès que nos start-up lèvent des fonds, elles déménagent et vont créer plus d’emplois, mais ailleurs », a déploré la nouvelle directrice générale de l’ESPCI Paris-PSL, Emmanuelle Gouillart. Une limite qu’elle entend dépasser. Pour prolonger leur développement au contact des équipes scientifiques, l’école veut créer un accélérateur d’innovation, PC tech, qui doit aussi permettre d’accueillir davantage d’entreprises issues des autres établissements de l’université PSL.
Accompagner les entreprises après l’incubation
L’école dispose déjà de PC’UP, son incubateur installé au sein du campus depuis dix ans. Selon le bilan présenté, 54 start-up ont été accompagnées depuis sa création et plus de 3 000 emplois créés. Les entreprises incubées actuellement et les anciennes de PC’UP ont réuni 830 millions d’euros de financements, en cumulant fonds dilutifs et non dilutifs. Une petite vingtaine de start-up sont actuellement hébergées, indique la directrice.
Avec PC Tech, l’ESPCI entend disposer de « plusieurs milliers de mètres carrés » consacrés à l’innovation. Dans ce nouvel espace, la direction prévoit « augmenter les capacités d’accueil et permettre aux entreprises qui ont levé des fonds de poursuivre leur R&D près des laboratoires ». Des sociétés de plus grande taille et plus matures pourraient également s’y installer, pour bénéficier des échanges avec les chercheurs, les start-up et les étudiants. Le contact avec les étudiants est « extrêmement demandé par les grandes entreprises », souligne Emmanuelle Gouillart.
Ce changement d’échelle dépend de la reconfiguration immobilière du campus. Après la livraison d’un bâtiment de recherche fin 2024, une étape de rénovation est prévue début 2028. Elle doit libérer des bâtiments dont une partie pourrait être consacrée à l’innovation. L’affectation de ces espaces est encore travaillée avec la Ville de Paris, tutelle de l’école. Le budget propre à l’accélérateur et sa date d’ouverture n’ont pas été précisés. Plus de 200 millions d’euros d’investissement municipal sont évoqués par la directrice et concernent le nouveau campus.
Des équipements pour relier recherche et développement
L’intérêt d’un tel accueil tient aussi aux moyens expérimentaux accessibles sur place. L’ESPCI mise sur ses plateformes mutualisées pour faciliter les échanges entre équipes académiques et entreprises. Celle de microfluidique de l’Institut Pierre-Gilles de Gennes est ainsi utilisée par plusieurs établissements de PSL et par des industriels, notamment dans la pharmacie. Cette offre s’élargit : la plateforme Nanotech, consacrée à la fabrication et à l’instrumentation à l’échelle nanométrique, a été lancée en juin. Une plateforme d’électrochimie doit suivre en fin d’année, avec une ouverture aux entreprises et à la formation. Ces équipements constituent à la fois une manière de partager les moyens de recherche et de « créer des ponts avec l’industrie », résume la directrice.
L’accélérateur doit ainsi s’inscrire dans un environnement où le développement d’instruments peut déboucher sur des applications industrielles ou médicales. L’école cite notamment Echosens et son FibroScan, issu de travaux sur les ultrasons, mais aussi Pioniq, qui développe une microbatterie rechargeable sans matériaux critiques, et Exora, qui exploite les propriétés de matériaux poreux pour valoriser la chaleur fatale et produire du refroidissement. Des exemples de débouchés que l’ESPCI souhaite multiplier en facilitant les parcours entre laboratoire et entreprise.
Renforcer les relations industrielles sans raccourcir le temps de la recherche
Pour accompagner ces parcours, l’établissement compte sur une direction d’appui à la recherche, chargée notamment des contrats, et une direction d’appui à l’innovation, qui aide à la création de start-up. Il indique que 25 % de ses projets de recherche sont co-financés par l’industrie, notamment à travers des thèses Cifre. Emmanuelle Gouillart souhaite également renforcer les rencontres scientifiques avec les entreprises : il s’agit de créer « les conditions d’une connaissance mutuelle, une curiosité commune autour de questions scientifiques ».
La directrice, qui a rejoint l’école en juillet, défend cependant le temps long nécessaire aux découvertes : « Si on veut du progrès technologique, il faut de la recherche fondamentale, de temps long, basée sur la curiosité », insiste-t-elle. L’ESPCI attribue ainsi aux jeunes chercheurs un financement de démarrage pour recruter un étudiant, acquérir du matériel et engager leurs travaux avant de solliciter des financements plus importants.