Hervé Bogreau (IHU Méditerranée Infection) : « Nous souhaitons faire émerger une nouvelle génération d’inventeurs »

25 avril 2026

À l’occasion de la semaine de la vaccination, POC Santé s’intéresse aux acteurs engagés dans la recherche contre les maladies infectieuses. À Marseille, l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection occupe une place centrale, à la croisée du soin, de la recherche et de l’innovation. Pierre-Edouard Fournier (à droite), son directeur, et Hervé Bogreau, responsable de la valorisation, reviennent sur la transformation de l’institut et ses ambitions en matière de valorisation scientifique.

Comment est aujourd’hui structuré l’IHU Méditerranée Infection ?

Pierre-Edouard Fournier : L’IHU Méditerranée Infection a été créé en 2011 dans le cadre du programme des Investissements d’avenir. Il fait partie de la première vague des six IHU labellisés et demeure, à ce jour, le seul dédié aux maladies infectieuses. Doté d’un budget d’environ 70 millions d’euros, l’IHU s’appuie sur un bâtiment de 25 000 m², inauguré fin 2016. L’organisation repose aujourd’hui sur quatre unités de recherche, trois services d’hospitalisation, un grand laboratoire de diagnostic et une dizaine de plateformes technologiques. 800 personnes travaillent actuellement au sein de l’institut.

Pr Fournier, vous avez pris la direction de l’IHU Méditerranée Infection en 2022, succédant au Pr Didier Raoult, dans un contexte particulièrement sensible pour l’institut. Comment avez-vous abordé cette prise de fonction et quelles ont été vos priorités ?

Lorsque j’ai pris mes fonctions en 2022, le contexte était en effet particulièrement tendu. La crise du Covid-19 a généré un certain nombre de crispations, y compris autour de l’institut. Ma priorité a d’abord été d’apaiser la situation. J’ai pris la direction à un moment où plusieurs inspections étaient en cours, notamment de la part de l’ANSM et de l’IGAS. Un travail très important a donc été engagé pour répondre à ces évaluations et remettre l’institut en conformité. En parallèle, un travail essentiel a été mené en interne. L’ensemble des équipes de l’IHU a traversé cette période dans un climat de forte tension. Il était donc indispensable de rassurer le personnel et de recréer un environnement de travail serein. Aujourd’hui, cette phase de stabilisation porte ses fruits. Le climat est apaisé et les collaborations extérieures repartent. Nous avons, par exemple, signé un partenariat en mars dernier avec IDCluster et d’autres collaborations sont en cours de construction, notamment avec l’Institut Pasteur.

La valorisation de la recherche et le soutien à l’innovation sont des axes stratégiques pour l’IHU Méditerranée Infection. Comment cette stratégie se traduit-elle en matière de transfert technologique et d’accompagnement de start-up ?

Pierre-Edouard Fournier : Nous avons développé au sein de l’IHU Méditerranée Infection une forte culture de l’innovation en santé. Nous comptons actuellement 58 familles de brevets. Ce portefeuille continue d’évoluer, avec de nouveaux dépôts en préparation. Nous avons également engagé des partenariats industriels, notamment avec le conglomérat japonais Hitachi, qui ont déjà conduit à l’acquisition de certains de brevets. Nous avons aussi participé à la création de huit start-up. Aujourd’hui, trois d’entre elles sont toujours en activité : Gene & Green TK, MADs (Microbial Advanced Diagnosis), XEGEN. Par ailleurs, nous accueillons également au sein de notre incubateur deux start-up créées à l’extérieur : GenXmap et BM2S.

Hervé Bogreau : Nous souhaitons également faire émerger une nouvelle génération d’inventeurs. Dans cette optique, nous avons mis en place en 2024 l’appel à projets MI² qui permet de soutenir des étudiants, en fin de thèse, porteurs de projets innovants. Nous avons déjà sélectionné deux lauréats. L’objectif est ensuite d’accompagner ces projets vers des structures de soutien comme la SATT Impulse ou Bpifrance.

Quels sont aujourd’hui les principaux atouts technologiques de l’IHU Méditerranée Infection pour soutenir la recherche et les collaborations, notamment avec les acteurs industriels ?

Hervé Bogreau : L’IHU possède un réseau de plateformes scientifiques de technologies avancées, ouvertes aux communautés scientifiques académiques et privées. Cela nous permet de disposer d’atouts spécifiques, comme notre collection de souches microbiennes CSUR. Elle regroupe environ 16 000 souches bactériennes différentes, avec la particularité d’être majoritairement associées à l’humain. Cette ressource est précieuse pour les collaborations industrielles, que ce soit dans le domaine du médicament, du diagnostic ou encore de l’agroalimentaire. Elle constitue une source d’innovation importante, d’autant que certaines de ces souches sont rares et que nous sommes parfois les seuls à les conserver.

L’intelligence artificielle est aujourd’hui au cœur de nombreuses innovations en santé. Comment l’IHU Méditerranée Infection s’en empare-t-il ?

Pierre-Edouard Fournier : L’un des usages majeurs concerne la capacité d’analyse en temps réel. Nous travaillons notamment avec Hitachi sur des logiciels de reconnaissance d’image capables d’identifier rapidement la présence de bactéries ou de virus et de détecter certains marqueurs d’infection. Nous l’utilisons également pour développer des tests de sensibilité aux antibiotiques à haut débit. L’objectif est d’administrer le bon antibiotique le plus rapidement possible, sans attendre des délais d’analyse parfois longs. Par ailleurs, nous menons des travaux en collaboration avec des équipes de l’Institut de cancérologie Gustave Roussy à Paris, autour du microbiote. Aujourd’hui, on sait que les micro-organismes qui composent notre microbiote peuvent jouer un rôle dans le développement de certaines pathologies, notamment les cancers. Nos recherches visent à mieux identifier ces espèces et à comprendre leur influence, afin, à terme, d’améliorer la réponse aux traitements anticancéreux. Enfin, l’IA intervient aussi dans nos travaux sur l’antibiorésistance et le repositionnement de molécules. Certaines substances, initialement développées pour d’autres indications, peuvent en effet présenter une activité antibiotique insoupçonnée. L’identification de ces propriétés ouvre des perspectives intéressantes, notamment en seconde intention thérapeutique.

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