Laia Crespo (Sanofi Ventures) : « l’objectif est de se concentrer sur des stades de développement précoce »
Créé en 2012, Sanofi Ventures est la branche de capital-risque de Sanofi qui investit dans des start-ups du secteur des biotechnologies. Le géant pharmaceutique a annoncé en septembre dernier avoir injecté 625 M$ supplémentaires dans ce fonds, portant le total de ses actifs sous gestion à plus de 1,4 milliard de dollars. Laia Crespo, partner chez Sanofi Ventures, revient sur cette stratégie d’investissement et les ambitions du fonds.
Quel est l’objectif de ce nouvel investissement ?
Cela permet d’accélérer nos investissements dans les entreprises innovantes, notamment celles en phase de développement précoce.Nous investissons aux Etats-Unis et en Europe et commençons à explorer d’autres zones comme la Chine. L’objectif est de se concentrer sur des stades de développement précoce, afin de renforcer et de diversifier le pipeline d’innovations futures de Sanofi. L’accès aux financements en phase de démarrage est devenu plus limité, ce qui nous place dans une bonne position pour jouer un rôle crucial dans la promotion de l’innovation en santé.
Ce nouvel investissement permet de porter le total de nos actifs sous gestion à plus de 1,4 milliard de dollars, une taille significative pour soutenir et accompagner des projets scientifiques innovants. Il nous permet de couvrir l’ensemble du cycle de développement des start-ups. Nous pouvons investir à tous les stades, du seed aux tours de financement avancés. Nous participons également aux introductions en bourse lorsque les entreprises de notre portefeuille deviennent publiques.
Sur quels types d’innovations le fonds se positionne-t-il ?
80 % de nos investissements se concentrent sur les domaines clés de Sanofi : l’immunologie, les maladies rares, la neurologie, les vaccins ainsi que la santé numérique. Les 20 % restants sont consacrés à des domaines adjacents, qui ne constituent pas nécessairement des priorités actuelles pour Sanofi, mais qui pourraient le devenir à l’avenir.
Comme nous investissons à un stade précoce, lorsque les entreprises de notre portefeuille arrivent à maturité, la stratégie du groupe peut également évoluer. Nous ciblons des secteurs comme l’ophtalmologie, la gestion de la douleur ou la psychiatrie. Nous avons par exemple récemment participé au financement de 135 M$ dans Splice Bio, qui développe une thérapie génique pour une maladie ophtalmique rare appelée la maladie de Stargardt. Le programme est désormais en phase clinique.
Comment sera déployé cet investissement de 625 M$ ?
Le capital dont nous disposons va être déployé sur plusieurs années. L’avantage de notre véhicule d’investissement est sa grande flexibilité. Il ne s’agit pas d’un fonds classique avec un horizon d’investissement strict. Nous pouvons investir en fonction des opportunités les plus attractives et des conditions de marché. Depuis le début de l’année, nous avons déjà conduit deux investissements. L’an dernier, nous avons été très actifs et avons réalisé 14 investissements. Aujourd’hui, notre portefeuille compte plus de 50 start-ups, et depuis la création du fonds nous avons investi dans près de 80 entreprises.
Comment identifiez-vous les start-up dans lesquelles vous investissez ?
Environ 80 % des start-ups dans lesquelles nous investissons sont identifiées grâce à notre réseau, soit via des co-investisseurs, d’autres fonds de capital-risque ou des groupes d’investissement avec lesquels nous travaillons, ainsi que des contacts professionnels. Nous recherchons aussi des opportunités dans des domaines que nous jugeons particulièrement prometteurs. Nous cartographions certains secteurs où les besoins médicaux non satisfaits sont importants, puis nous partons à la recherche d’entreprises qui développent des solutions dans ces domaines. Nous recevons également des propositions spontanées de start-up ou d’équipes qui nous connaissent et prennent contact directement avec nous.
La majorité de vos investissements concernent des entreprises américaines. Avez-vous des objectifs d’investissement en Europe et notamment en France ?
La stratégie d’investissement est surtout liée à l’histoire du fonds. Sanofi Ventures a été créé à Boston. Lorsque j’ai rejoint l’équipe il y a environ sept ans et demi, ma mission était justement de développer l’activité d’investissement en Europe et de créer le bureau européen, qui est basé à Paris. Aujourd’hui, nous comptons un nombre important d’entreprises européennes dans notre portefeuille, plus d’une dizaine. Nous avons d’ailleurs investi en 2023 dans une entreprise française, Eligo Bioscience, dans le cadre d’un tour de table de série B.