Le biocluster IDCluster veut accélerer 12 innovations médicales d’ici à 2030
L’immeuble Grafit, au coeur du Biodistrict Lyon Gerland, accueille les équipes du biocluster
L’Infectious Diseases Cluster vient d’adopter ses orientations stratégiques pour les cinq prochaines années, telles qu’entérinées par son conseil d’administration le 30 septembre 2025. Le document, structuré en deux parties, pose le cadre d’action du biocluster France 2030 spécialisé dans les maladies infectieuses émergentes (MIE) et la résistance aux antimicrobiens (AMR). L’innovation est au cœur de la stratégie, avec la volonté d’accélérer au moins 12 innovations médicales d’ici 2030 en phase prépandémique, et de mieux valoriser ses plateformes technologiques.
L’enveloppe France 2030 dédiée aux projets sélectionnés par IDCluster s’élève à 55,8 millions d’euros sur la période. 90 % de ce montant est alloué à la phase prépandémique, avec une répartition majoritaire vers les MIE (55 à 65 % du budget total) et secondaire vers l’AMR (20 à 30 %). Les 10 % restants constituent une réserve mobilisable en cas de déclaration d’une urgence de santé publique.
Les financements sont distribués sur quatre programmes d’innovation — surveillance épidémiologique, diagnostic, prévention/vaccins, traitements — complétés par deux programmes supports centrés sur les biobanques et les outils d’évaluation préclinique et clinique. Au sein des MIE, les projets vaccinaux et thérapeutiques absorbent la part la plus importante (15 à 25 % chacun), suivis du diagnostic (10 à 20 %) et de la surveillance (5 à 15 %).
Une liste de pathogènes prioritaires construite à partir de quatre référentiels
Les orientations stratégiques arrêtent également une liste de pathogènes prioritaires, établie selon une méthodologie de scoring croisant quatre sources : l’ANRS MIE, l’OMS (zones Europe et mondiale), l’HERA et le Comité Consultatif Stratégique d’IDCluster, réuni en séminaire le 9 juillet dernier.
Côté MIE, neuf familles de pathogènes atteignent le niveau de priorité critique : les Orthomyxoviridae (dont les virus influenza aviaires), les Coronaviridae, les Togaviridae (Chikungunya), les Nairoviridae (fièvre hémorragique de Crimée-Congo), les Flaviviridae (dengue, West Nile, Zika, TBE), les Poxviridae (Mpox), les Phenuiviridae (fièvre de la Vallée du Rift), les Filoviridae (Ebola, Marburg), et le Pathogène X. Sept familles supplémentaires sont classées en priorité élevée, dont les Paramyxoviridae (Nipah), les Arenaviridae (Lassa) et les infections fongiques émergentes.
Côté AMR, six agents bactériens sont retenus en priorité critique, parmi lesquels les entérobactéries résistantes aux carbapénèmes (score global de 11), l’Acinetobacter baumannii résistant aux carbapénèmes et le Mycobacterium tuberculosis résistant à la rifampicine. Quatre autres — dont le Pseudomonas aeruginosa et le Staphylococcus aureus résistant à la méticilline — intègrent la priorité élevée. Ces listes sont explicitement définies comme dynamiques, amenées à évoluer selon les émergences et les signaux environnementaux.
Mise en valeur des plateformes technologiques
Parallèlement aux projets spécifiques à un pathogène, IDCluster veut aussi mettre en avant les capacités de ses plateformes technologiques à produire rapidement et de manière industrielle : montée en échelle rapide, stockage simplifié, administration sans personnel hautement qualifié. Vaccins à ARNm, PCR digitale, anticorps monoclonaux à large spectre et thérapies host-directed sont cités à titre d’exemples. Pour être retenue, une telle plateforme doit avoir démontré une activité sur au moins deux pathogènes prioritaires d’IDCluster en conditions précliniques.
One Health et risque de défaillance de marché, deux dimensions structurantes
Les orientations intègrent deux dimensions moins habituelles dans ce type de document. La première est l’approche One Health, inscrite comme axe stratégique à part entière, notamment via la présence de Ceva Santé Animale parmi les dix fondateurs. IDCluster entend soutenir des projets couvrant les franchissements de compartiments animal-environnement-humain, en particulier dans les domaines vaccinaux et diagnostiques.
La seconde concerne le risque de défaillance de marché, structurel dans les domaines MIE et AMR : marchés incertains ou inexistants en phase prépandémique, usage médical peu fréquent, valorisation déséquilibrée entre diagnostic et thérapeutique. Une grille d’évaluation en cinq critères est prévue pour chaque projet candidat à l’accélération, afin d’adapter les plans de développement à ce risque spécifique.