Un projet pour transformer les nanoparticules en plateforme d’immunothérapie personnalisable

3 septembre 2026

Lauréat d’une ERC Proof of Concept, Alexandre Detappe, chercheur à Gustave Roussy et Institut Strauss, développe Nano-BITE, une plateforme de nanoparticules conçue pour recruter et stimuler les cellules immunitaires directement au contact des tumeurs. Il souhaite proposer un système modulable, capable de s’adapter à différentes cibles tumorales sans avoir à redévelopper un nouveau médicament à chaque indication.

Ce qu’il faut retenir

  • Valeur ajoutée : Plateforme de nanoparticules multispécifiques modulables permettant de recruter et stimuler les cellules immunitaires (notamment les cellules NK) directement au contact des tumeurs, avec une fonctionnalisation adaptable à différentes cibles tumorales.
  • Niveau TRL : 3-4
  • Besoins de financement : à déterminer à la fin de l’ERC Proof of Concept en cours (18 mois)
  • Marché visé : En priorité l’oncologie (cancers HER2+, myélome multiple et autres tumeurs solides), avec une plateforme conçue pour être adaptable à de multiples indications et potentiellement à d’autres pathologies à plus long terme.

Les immunothérapies reposant sur des anticorps bispécifiques ont démontré leur efficacité dans plusieurs cancers. Mais elles présentent une limite importante : chaque nouvelle cible nécessite de concevoir un nouvel objet thérapeutique. C’est précisément ce verrou qu’Alexandre Detappe souhaite lever avec Nano-BITE. « Aujourd’hui, lorsqu’on veut changer de cible tumorale, il faut recréer entièrement l’objet biologique. Nous proposons au contraire une plateforme sur laquelle on peut assembler les anticorps nécessaires en fonction de l’application recherchée », explique le chercheur.

Concrètement, l’équipe développe une nanoparticule comportant des sites de reconnaissance sur lesquels viennent se fixer différents anticorps. Selon les besoins, il devient possible d’associer un anticorps dirigé contre une cellule immunitaire, comme une cellule NK, avec un autre ciblant une protéine exprimée par une tumeur, par exemple HER2 ou PD-L1. Cette approche transforme la nanoparticule en une véritable « boîte à outils » adaptable à différentes indications.

Trois innovations réunies

La plateforme ne repose pas uniquement sur cette modularité. Première originalité : les anticorps ne sont pas fixés de manière permanente à la nanoparticule. Ils sont assemblés grâce à des interactions non covalentes, permettant une fonctionnalisation rapide sans créer un nouvel objet thérapeutique à chaque combinaison.

Deuxième innovation : la nanoparticule embarque des interleukines, qui sont libérées au contact des cellules NK afin d’amplifier leur activité antitumorale.

Enfin, le matériau utilisé, un polymère de type PLGA, possède lui-même un effet immunostimulant démontré par l’équipe. « On obtient un double effet : les interleukines stimulent la cellule immunitaire, mais la nanoparticule elle-même renforce également cette réponse lorsqu’elle est internalisée », souligne Alexandre Detappe.

Une recherche qui entre dans sa phase de valorisation

Le projet s’appuie sur cinq années de recherche menées entre Strasbourg et Gustave Roussy. La partie chimie de la plateforme a été développée en Alsace avant que les travaux ne soient recentrés à Paris, où l’environnement clinique de Gustave Roussy doit permettre d’accélérer la validation translationnelle grâce à l’accès aux plateformes d’innovation et aux échantillons de patients. Aujourd’hui, plusieurs briques technologiques sont déjà validées. La nanoparticule seule a démontré son efficacité en préclinique, tandis que la version multispécifique a été validée sur des modèles cellulaires. L’ERC Proof of Concept doit désormais permettre d’obtenir les premières démonstrations thérapeutiques chez l’animal.

En parallèle, un brevet est en cours de dépôt avec Gustave Roussy Transfert, préalable indispensable avant toute discussion avec des industriels. 

Une startup envisagée dès 2027

Le projet ERC PoC, d’une durée de dix-huit mois, débutera officiellement à l’automne. L’équipe vise un dépôt de brevet cette année, suivi de validations précliniques in vivo. Si ces étapes sont franchies, Alexandre Detappe envisage la création d’une startup dès l’an prochain afin d’accélérer le développement clinique.

L’ambition dépasse toutefois les premières indications étudiées, notamment les cancers HER2 positifs et le myélome multiple. À terme, le chercheur imagine une plateforme « clé en main » capable d’être personnalisée selon le profil biologique de chaque patient en associant différents anticorps et molécules immunostimulantes. « L’idée est d’avoir une nanoparticule prête à être fonctionnalisée en fonction du type de cancer, voire demain d’autres maladies », conclut-il.

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