CATRIEM : le consortium qui accompagne les innovations pour lutter contre les futures pandémies

16 juin 2026

Créé dans le cadre de France 2030, le consortium CATRIEM accompagne les projets de prématuration et de maturation dédiés aux maladies infectieuses émergentes. À la croisée de la recherche académique, de la valorisation et de l’industrie, il vise à transformer des découvertes scientifiques en outils capables de répondre à de futures crises sanitaires. Pour Jean-Michel Gauthier, directeur sourcing et prématuration-maturation d’Inserm Transfert, et Valérie Mazza, présidente de Pulsalys, l’enjeu est autant scientifique qu’industriel : maintenir une capacité d’anticipation face à des menaces que l’on espère ne jamais voir émerger.

Lorsque la crise du Covid-19 éclate en 2020, la France découvre à quel point la préparation à une pandémie ne dépend pas uniquement de la qualité de sa recherche. Encore faut-il disposer des outils permettant de transformer rapidement les découvertes académiques en diagnostics, traitements ou dispositifs utilisables à grande échelle. « Je pense qu’un certain nombre d’enseignements ont été tirés au moment de la crise Covid, révélant à la fois des atouts scientifiques, mais aussi des points d’amélioration, explique Valérie Mazza, présidente de Pulsalys, ce qui est très important dans la façon dont a été construite cette stratégie, c’est la volonté de fonctionner en continuum, de la recherche jusqu’à l’entreprise et jusqu’aux débouchés industriels. » Aux côtés de Jean-Michel Gauthier, elle co-pilote CATRIEM, composé d’une trentaine de membres institutionnels (organismes de recherche, universités, CHU, structures de valorisation) afin de financer et accompagner les projets de prématuration et de maturation pour faire face aux futures pandémies.

Coronavirus, dengue, pathogène X : les innovations financées par CATRIEM

Contrairement à de nombreux dispositifs de financement de la recherche, CATRIEM intervient précisément au moment où les innovations commencent à sortir du laboratoire. « Quand on sort de la recherche et qu’on essaie de commencer à acquérir des caractéristiques industrielles ou des caractéristiques qui vont aller vers le public, CATRIEM se pose là pour essayer de monter en puissance les projets », résume Jean-Michel Gauthier.

Le consortium accompagne aujourd’hui deux catégories de projets : des projets de prématuration, généralement situés entre les TRL 2 et 3, et des projets de maturation plus avancés pouvant atteindre les TRL 6 ou 7. Dix-huit projets ont déjà été soutenus en prématuration et quatre en maturation. Surtout, les technologies financées dépassent largement le cadre du médicament. « Une contre-mesure, c’est soit un médicament, soit un dispositif de diagnostic, soit un moyen de savoir qu’il y a un pathogène et simplement de l’identifier pour pouvoir le contenir », rappelle Jean-Michel Gauthier. Parmi les projets soutenus figurent ainsi une technologie capable d’identifier rapidement la « carte d’identité » d’un virus, des antiviraux à large spectre, des anticorps ciblant plusieurs familles virales, des outils de détection environnementale ou encore une moustiquaire électrifiée destinée à lutter contre certaines maladies vectorielles.

Financer l’innovation sans marché immédiat

L’une des particularités de CATRIEM tient aux pathogènes visés. Le consortium couvre seize familles considérées comme prioritaires par les autorités sanitaires internationales : coronavirus, virus de la grippe, dengue, poxvirus, virus respiratoire syncytial, peste ou encore hantavirus. À cette liste s’ajoute un acteur plus mystérieux : le « pathogène X ». « Le pathogène X, par définition, c’est le pathogène inconnu qui pourrait émerger, explique Jean-Michel Gauthier. On peut réfléchir à des moyens d’avoir des contre-mesures de manière systémique, quel que soit le pathogène qui pourrait apparaître. » Cette logique soulève une difficulté particulière : comment convaincre des industriels ou des investisseurs de s’intéresser à des maladies dont on espère qu’elles ne provoqueront jamais de pandémie ? « Sur des virus émergents pour lesquels il n’y a pas eu de pandémie, il n’y a pas forcément de débouchés industriels », rappelle Jean-Michel Gauthier. C’est précisément pour cette raison que l’État a choisi une approche différente de celle retenue dans d’autres stratégies d’accélération. Les projets ne sont pas uniquement évalués sur leur potentiel économique. « L’État a pris en compte cette situation particulière des maladies infectieuses émergentes, souligne Jean-Michel Gauthier. Il y a beaucoup moins de demandes de revenus financiers. C’est un retour sociétal qui est demandé. »

L’innovation seule ne suffit pas

Pour autant, la qualité scientifique ne garantit pas automatiquement l’accompagnement. « On est vraiment sur des projets tournés vers l’innovation, insiste Valérie Mazza. Les projets doivent avoir une solidité scientifique, mais également une protection de la propriété intellectuelle qui soit forte et des voies de valorisation réalistes. » Un projet prometteur mais impossible à industrialiser ou à produire à grande échelle a peu de chances d’être retenu. « On regarde la qualité scientifique, mais aussi la possibilité d’industrialiser et de transformer cette découverte en innovation avec un impact », poursuit-elle. Pour accompagner les chercheurs, CATRIEM s’appuie sur l’ensemble des structures de transfert membres du consortium : SATT, filiales de valorisation et organismes spécialisés . En revanche, on va les aider sur la propriété intellectuelle, le développement du projet, les choix de marché, les liens avec les industriels ou la recherche de financements de leurs innovations. » Déjà, les premiers résultats apparaissent. Sur les seuls projets de maturation, cinq brevets ont été déposés. Une première étape pour construire ce que les deux responsables considèrent comme l’enjeu principal : disposer, avant la prochaine crise, d’un portefeuille d’innovations suffisamment matures pour réagir plus vite qu’en 2020. « Nous sommes objectivement mieux préparés qu’avant », estime Jean-Michel Gauthier.

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