Cogniscan développe un scanner cérébral portable pour accélérer le diagnostic des AVC

23 juin 2026

Issue de travaux de recherche menés au laboratoire XLIM du CNRS à Limoges, la startup Cogniscan développe STCAN®, un scanner cérébral portable utilisant les micro-ondes pour détecter et caractériser rapidement les AVC. Plus léger, moins coûteux et potentiellement déployable dans les ambulances, le dispositif ambitionne de rapprocher l’imagerie médicale du patient afin de réduire le temps de prise en charge des AVC. 

Chaque minute compte lors d’un accident vasculaire cérébral. Pourtant, le diagnostic repose encore largement sur des équipements lourds, installés à l’hôpital, qui imposent un transport du patient avant toute décision thérapeutique. C’est précisément ce délai que Cogniscan cherche à réduire. La technologie trouve son origine dans les travaux menés depuis plus de vingt ans par Mohammad Ojaroudi, professeur à l’Université de Limoges et chercheur au laboratoire XLIM (CNRS/Université de Limoges), spécialiste des micro-ondes appliquées à l’imagerie. En 2017, ses recherches débouchent sur le développement d’une nouvelle approche d’imagerie médicale portable. « Nous voulions développer une nouvelle modalité d’imagerie capable de produire des images rapidement, avec un système portable et beaucoup moins coûteux que les équipements actuels », explique-t-il. Au fil des échanges avec des neurologues, neuroradiologues et neurochirurgiens, un cas d’usage s’impose progressivement : le diagnostic préhospitalier des AVC.

Une imagerie cérébrale basée sur les micro-ondes

Contrairement à l’IRM ou au scanner conventionnel, STCAN® n’utilise ni rayonnements ionisants ni champ magnétique. Le dispositif repose sur un réseau de 24 antennes disposées autour de la tête du patient. Les antennes émettent et reçoivent des ondes électromagnétiques qui traversent les tissus cérébraux. Les variations d’amplitude et de phase des signaux sont analysées pour reconstruire une cartographie des propriétés diélectriques cérébrales. L’originalité de la technologie réside dans une méthode baptisée « Cognitive Scanning », développée par Mohammad Ojaroudi après plus de vingt ans de recherche dans le domaine des micro-ondes. Inspirée du fonctionnement des chauves-souris, cette approche adapte dynamiquement les acquisitions en fonction des informations déjà collectées afin de concentrer l’analyse sur les zones les plus pertinentes. « Au lieu d’exploiter l’ensemble des signaux de manière uniforme, nous sélectionnons progressivement ceux qui apportent les informations les plus utiles pour localiser une anomalie », explique-t-il. Cette approche permet d’accélérer considérablement la reconstruction des images. Le système combine également des algorithmes d’intelligence artificielle chargés de reconstruire l’anatomie cérébrale à partir des données recueillies.

De l’hôpital vers l’ambulance

L’un des principaux atouts du dispositif réside dans sa portabilité. Là où un scanner hospitalier représente plusieurs tonnes et plusieurs millions d’euros d’investissement, STCAN® affiche un poids inférieur à dix kilogrammes et un coût de vente estimé entre 70k et 100k euros. Cette compacité ouvre la voie à des usages actuellement impossibles avec les équipements conventionnels. Le premier marché visé par la startup concerne ainsi les ambulances et les unités neurovasculaires. L’objectif est de permettre une première évaluation du patient avant même son arrivée à l’hôpital, afin d’orienter plus rapidement sa prise en charge. À terme, la technologie pourrait également être utilisée pour d’autres pathologies cérébrales comme certaines tumeurs ou maladies neurodégénératives.

Une startup en route vers les essais cliniques

Créée en 2022 avec l’appui d’AVRUL, l’incubateur de l’Université de Limoges, Cogniscan a bénéficié de plusieurs dispositifs de soutien, notamment de Bpifrance, de la Région Nouvelle-Aquitaine et d’investisseurs privés. La startup a déjà développé plusieurs prototypes fonctionnels et réalisé ses essais précliniques sur modèles animaux en collaboration avec la plateforme EMIS du CHU de Limoges. Deux brevets ont été déposés en Europe et aux États-Unis, tandis qu’un troisième dépôt concerne les logiciels de traitement. L’entreprise prépare désormais son premier essai clinique chez l’humain, prévu pour 2027. Pour franchir cette étape, Cogniscan cherche actuellement à lever deux millions d’euros. Une opération destinée à financer les études cliniques et à poursuivre le développement réglementaire jusqu’au marquage CE. Si le calendrier est respecté, la startup vise une première commercialisation européenne à l’horizon 2030, avant une expansion vers les États-Unis quelques années plus tard. Un parcours encore long, mais qui pourrait permettre à une technologie née dans un laboratoire académique français de faire entrer l’imagerie cérébrale dans les ambulances.

Ce qu’il faut retenir

  • Valeur ajoutée : scanner cérébral portable utilisant les micro-ondes et l’intelligence artificielle pour détecter précocement les AVC directement dans les ambulances ou les unités neurovasculaires, sans rayonnements ionisants
  • Niveau TRL : 5-6
  • Besoins de financement : 2 M€ pour financer l’essai clinique, obtenir le marquage CE et poursuivre le développement réglementaire ; levée intermédiaire de 500 à 600 k€ actuellement recherchée
  • Marché visé : Marché estimé à 6 milliards d’euros en France et 60 milliards d’euros en Europe pour la prise en charge de l’AVC, avec un objectif de déploiement européen après obtention du marquage CE puis une expansion vers les États-Unis.
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