Guerbet et l’UBO veulent développer de nouveaux radiopharmaceutiques contre les cancers digestifs

9 juin 2026

Le laboratoire commun AURORA réunit l’Université de Bretagne Occidentale et Guerbet pour adapter les avancées de la médecine nucléaire aux cancers digestifs à mauvais pronostic, notamment celui du pancréas.

Traiter une tumeur sans endommager les tissus sains qui l’entourent : c’est l’une des promesses de la médecine nucléaire moderne. Longtemps cantonnée à l’imagerie ou à la radiothérapie externe, la discipline connaît aujourd’hui un nouvel essor grâce à l’apparition de radiopharmaceutiques capables de transporter des éléments radioactifs directement au cœur des cellules tumorales. C’est sur ce terrain que s’est construit le LabCom AURORA, lancé en janvier 2026, entre le laboratoire UMR CNRS 6521 CEMCA de l’Université de Bretagne Occidentale et le groupe Guerbet. L’objectif est de développer de nouveaux radiopharmaceutiques destinés aux cancers digestifs, en particulier au cancer du pancréas, l’un des plus agressif et difficiles à traiter. « Nous travaillons principalement sur les cancers digestifs et particulièrement sur le cancer du pancréas, car ils ont de mauvais pronostic et donc très difficiles à traiter », explique Raphaël Tripier, coordinateur du projet et Professeur au CEMCA. « Les technologies que nous développons pourraient être adaptées à d’autres cancers, mais il nous semblait important de commencer là où les besoins médicaux restent les plus importants. »

Mieux guider la radioactivité jusqu’à la tumeur

Contrairement à la radiothérapie conventionnelle, qui irradie la tumeur depuis l’extérieur du corps, la médecine nucléaire thérapeutique locorégionale consiste à injecter sélectivement un composé radioactif directement dans la ttumeur. L’enjeu est alors de guider cet élément radioactif jusqu’à sa cible sans qu’il ne diffuse ailleurs dans le corps. C’est précisément la spécialité du laboratoire breton. « Ces éléments radioactifs sont très intéressants, mais pour les utiliser il faut pouvoir les piéger de façon extrêmement stable pour qu’il n’y ait aucun risque pour l’organisme, explique Raphaël Tripier. On appelle cela la chélation : il faut encapsuler le métal radioactif dans une molécule de synthèse capable de l’amener exactement là où l’on souhaite. »

il faut encapsuler le métal radioactif dans une molécule de synthèse capable de l’amener exactement là où l’on souhaite

Raphaël Tripier

Le LabCom travaille notamment sur plusieurs radionucléides thérapeutiques comme le cuivre-67 ou le lutétium-177, déjà utilisé dans certains traitements mais encore limité à un nombre restreint d’indications. L’ambition est de développer de nouveaux chélateurs capables d’améliorer leur utilisation dans les cancers digestifs.

De l’imagerie à la thérapie

Historiquement connu pour ses produits de contraste en imagerie médicale, le groupe français Guerbet cherche désormais à renforcer sa présence dans le domaine de l’oncologie interventionnelle. « Guerbet est très reconnu dans l’imagerie diagnostique et oriente aujourd’hui une partie de ses recherches vers la thérapie guidée par imagerie, résume Raphaël Tripier. L’idée est de croiser nos savoir-faire : avec un recouvrement sur la connaissance des molécules que nous ciblons, nous apportons l’expertise chimique sur la chélation des radiométaux, tandis que Guerbet apporte sa connaissance de l’industrialisation, de la formulation et de la transposition clinique. »

L’une des spécificités du projet consiste à adapter ces molécules à des formulations déjà maîtrisées par Guerbet dans le domaine de l’oncologie interventionnelle. Les chercheurs travaillent notamment sur des formulations spécifique permettant une thérapie dite « SIRT » (de l’anglais selective internal radiation therapy) en utilisant des microsphères qui contiendront le principe actif qui se distribueront préférentiellement via la vascularisation au sein des tumeurs. « On va formuler ces composés de manière à ce qu’ils soient plus facilement assimilables par les organes digestifs », explique le chercheur.

On va formuler ces composés de manière à ce qu’ils soient plus facilement assimilables par les organes digestifs

Raphaël Tripier

Partenaires de longue date, l’UBO et Guerbet collaborent depuis près de dix-huit ans à travers des stages, des thèses CIFRE et plusieurs projets de recherche communs. Le projet se situe aujourd’hui à un niveau de maturité technologique estimé à un TRL 5. « Les premières molécules sont en cours de synthèse puisque le projet commence très en amont ; elles seront testées prochainement. » Précise le Pr Tripier. Une première molécule a déjà été synthétisée et doit faire l’objet de premiers essais au cours des prochains mois. Les résultats précliniques restent encore à construire.

Pour autant, les partenaires regardent déjà plus loin. Entre les étapes de validation préclinique, les essais cliniques et les procédures réglementaires, Raphaël Tripier estime qu’il faudra probablement douze à quinze ans avant une éventuelle arrivée chez les patients.

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