IHU : le Hcéres salue la recherche, mais pointe un transfert encore inabouti
La synthèse des évaluations de sept instituts hospitalo-universitaires publiée en juillet par le Hcéres confirme leur poids scientifique, tout en dressant un bilan plus mitigé de leur capacité à transformer la recherche en innovations, en nouveaux soins et en ressources propres.
L’évaluation publiée cet été porte sur FOReSIGHT, ICAN, Imagine, l’Institut du cerveau, Liryc, Méditerranée Infection et l’IHU de Strasbourg. Elle examine leur intégration dans l’écosystème de recherche, leur impact sur l’innovation et leur apport aux patients.
Une production scientifique de haut niveau
Dans les sept IHU, l’impact scientifique normalisé des publications dépasse la moyenne mondiale. Plusieurs occupent une position internationale forte dans leur spécialité, notamment Liryc en rythmologie, FOReSIGHT en ophtalmologie ou l’Institut du cerveau en neurosciences. Les résultats sont plus contrastés en recherche clinique. Le nombre d’essais recensés varie de 797 pour Imagine à 34 pour Méditerranée Infection. Imagine, ICAN et l’Institut du cerveau concentrent à eux seuls 89 % des essais menés par les sept structures. Le Hcéres appelle à mieux aligner recherche fondamentale et clinique et à renforcer la capacité des IHU à promouvoir leurs propres essais.
Des plateformes de pointe parfois sous-utilisées
Les investissements initiaux ont permis de créer des plateformes de haut niveau en imagerie, robotique, bio-ingénierie, sciences des données ou omiques. La proximité entre chercheurs, cliniciens et patients constitue l’un des principaux apports du modèle IHU. Certaines infrastructures restent néanmoins sous-utilisées, faute d’ouverture extérieure, de personnel qualifié ou en raison d’offres concurrentes sur le même site. Le Hcéres recommande de mutualiser davantage les équipements et d’accroître leur ouverture aux industriels dans un cadre éthique strict.
509 brevets, mais peu de revenus
Le décalage le plus net concerne la valorisation. Les sept IHU ont déposé 509 brevets depuis 2011 et soutenu plusieurs dizaines de start-up. Pourtant, aucun ne tire encore de ressources significatives de ces actifs. Plusieurs entreprises présentées comme issues de leur écosystème ont surtout bénéficié de locaux ou de prestations, sans exploiter directement les résultats de leurs recherches. Le Hcéres préconise de concentrer les moyens sur quelques projets au potentiel scientifique, clinique et économique démontré. Il appelle aussi à distinguer les partenariats de développement des simples prestations et à clarifier les rôles des IHU, de leurs fondateurs et des structures de transfert dans la gestion de la propriété intellectuelle.
Gouvernance et financement sous surveillance
La synthèse recommande de clarifier les responsabilités entre conseils d’administration, conseils scientifiques et directions opérationnelles. Elle invite aussi à renforcer la participation des patients et le rôle de garde-fou des conseils scientifiques, après plusieurs crises de gouvernance et manquements à l’intégrité scientifique.
La soutenabilité financière constitue l’autre grande fragilité. Les données budgétaires transmises sont parfois partielles ou peu fiables et presque tous les IHU restent dépendants des financements publics. Le Hcéres juge certaines projections à l’horizon 2030 trop optimistes. Après une décennie consacrée à bâtir des pôles d’excellence, les IHU doivent désormais démontrer leur capacité à convertir cette avance scientifique en innovations diffusées jusqu’aux patients.