Psychiatrie : Marseille veut être un nouveau pôle de la recherche et de l’innovation
Ecole de printemps 2026 - PEPR Propsy
Centres experts, cohortes nationales, biomarqueurs, intelligence artificielle, startups : les principaux acteurs de la psychiatrie française étaient réunis le 12 juin à Marseille à l’initiative de la Fondation FondaMental et du PEPR Propsy. Un rendez-vous pour faire émerger, autour de la santé mentale, un écosystème d’innovation capable d’accélérer le transfert des découvertes académiques vers les soins.
Pourquoi la psychiatrie a-t-elle produit si peu de startups comparée à l’oncologie ou aux maladies rares ? Alors que biomarqueurs, IA et outils numériques ouvrent de nouvelles perspectives, chercheurs, cliniciens et industriels cherchent aujourd’hui à structurer une véritable chaîne de l’innovation en santé mentale. C’est l’une des ambitions du PEPR Propsy, programme national financé dans le cadre de France 2030. « Pendant très longtemps, la psychiatrie a été moins innovante que d’autres domaines médicaux comme l’oncologie ou les maladies cardiovasculaires, rappelle Marion Leboyer, directrice générale de la Fondation FondaMental et coordinatrice du PEPR Propsy. Aujourd’hui, nous disposons enfin d’hypothèses scientifiques solides et d’outils technologiques qui permettent d’envisager une véritable psychiatrie de précision. »
Du biomarqueur à l’innovation
Lancé en 2023, le PEPR Propsy vise à structurer la recherche française en psychiatrie et à accélérer l’émergence d’innovations cliniques. Son projet phare repose sur la constitution d’une cohorte nationale de 10 000 patients destinée à mieux comprendre les maladies psychiatriques et à identifier de nouveaux biomarqueurs. L’objectif est de dépasser les approches diagnostiques fondées uniquement sur les symptômes observés. « Aujourd’hui, la psychiatrie repose essentiellement sur des critères comportementaux. Nous essayons d’intégrer des données biologiques, d’imagerie cérébrale ou encore digitales afin d’identifier des signatures multimodales grâce à l’intelligence artificielle », explique Marion Leboyer.
Mais le PEPR ne se limite pas à la recherche fondamentale. Plusieurs partenariats public-privé ont déjà été présélectionnés et de nouveaux appels à projets doivent permettre d’accompagner les technologies les plus prometteuses vers des phases de prématuration et de maturation. Les principales pistes explorées relèvent de trois domaines principaux : les biomarqueurs, les outils numériques de suivi des patients ou encore les nouvelles approches thérapeutiques ciblées.
Les industriels s’intéressent à la santé mentale
Pour transformer ces résultats scientifiques en produits ou services de santé, le PEPR cherche à renforcer ses liens avec les industriels. C’est dans cette logique qu’a été organisée la rencontre de Marseille avec Eurobiomed, pôle de compétitivité spécialisé dans les sciences de la vie. « Beaucoup d’entreprises viennent chercher une meilleure compréhension des besoins de la recherche, mais aussi identifier des opportunités de collaboration », explique Émilie Royère, directrice innovation d’Eurobiomed.
Selon elle, l’intérêt des industriels pour la santé mentale s’est nettement renforcé ces dernières années. Les projets les plus dynamiques concernent notamment les biomarqueurs digitaux, l’immunoneurologie, les ultrasons thérapeutiques ou encore les outils numériques destinés à optimiser le parcours de soins.
Cette dynamique reste toutefois largement portée par la recherche académique. « Les innovations que nous voyons émerger sont très majoritairement issues de collaborations entre chercheurs, cliniciens et entreprises », souligne-t-elle.
Le défi du passage à l’échelle
Reste une difficulté majeure : le financement. « La psychiatrie demeure le domaine médical le moins financé alors qu’il représente l’une des premières causes de dépenses de santé », rappelle Marion Leboyer.
Comme dans de nombreux secteurs de la deeptech santé, le passage de l’innovation au soin reste long et complexe. Validation clinique, réglementation, remboursement et déploiement dans les établissements de santé constituent autant d’étapes qui ralentissent l’arrivée des innovations auprès des patients. Pour les acteurs réunis à Marseille, l’enjeu est désormais de faire émerger un véritable écosystème capable de reproduire en psychiatrie la dynamique observée ces dernières années dans l’oncologie ou les maladies rares.