Marie Morice (Amgen) : « Les start-up doivent réfléchir très tôt à leur stratégie d’intégration dans l’écosystème industriel »
Partenariats avec les CHU, accompagnement de startups, intelligence artificielle appliquée à la découverte de médicaments ou aux essais cliniques : Amgen multiplie les collaborations avec l’écosystème français de l’innovation en santé. Marie Morice, directrice de l’innovation d’Amgen France, revient sur les domaines prioritaires du groupe, la place croissante de l’IA dans le développement du médicament et les attentes d’un industriel vis-à-vis des jeunes entreprises innovantes.
Quels sont aujourd’hui les domaines d’innovation prioritaires pour Amgen ?
Nous concentrons nos efforts sur plusieurs domaines où les besoins médicaux restent importants, notamment l’oncologie, les maladies inflammatoires, les maladies cardiovasculaires, et les maladies rares. Même si Amgen France ne dispose ni de centre de recherche ni de site de production, la France joue un rôle stratégique dans le développement clinique du groupe. En 2025, nous avons mené près de 59 études actives en France, impliquant plus de 330 centres investigateurs et une vingtaine de molécules en développement clinique. Cette dynamique repose sur un réseau très dense de collaborations avec les CHU, les centres de lutte contre le cancer et les centres d’excellence spécialisés. Parmi les partenariats emblématiques, nous travaillons notamment avec Gustave Roussy dans le cadre d’APOC (Amgen Partners for Oncology of Choice), un réseau mondial réunissant huit centres académiques de référence en oncologie. Amgen France vient également de signer début juin 2026 un Accord de Collaboration Préférentielle pour la Recherche (Preferred Research Collaboration Agreement – PRCA) à vocation pan-thérapeutique avec les Hospices Civils de Lyon. Aujourd’hui, nous observons également une convergence de plus en plus forte entre biotech et deeptech. Les futures ruptures thérapeutiques ne viendront pas uniquement de nouvelles molécules, mais aussi de technologies capables d’accélérer ou d’améliorer le développement du médicament.
Comment l’intelligence artificielle transforme-t-elle le développement du médicament ?
Bien sûr, l’IA joue un rôle important dans la découverte de nouvelles cibles thérapeutiques. Nous nous appuyons notamment sur les données génétiques et phénotypiques de notre filiale islandaise deCODE Genetics pour identifier de nouvelles pistes de recherche et mieux comprendre certains mécanismes biologiques. Nous avons également travaillé avec la startup Ospi et le CHU de Toulouse sur une solution d’intelligence artificielle permettant d’identifier automatiquement des patients potentiellement éligibles à un essai clinique. Les résultats ont montré un gain de temps considérable pour les investigateurs ainsi qu’une augmentation du nombre de patients susceptibles d’être inclus dans l’étude. Nous collaborons également avec Klineo, qui développe une plateforme facilitant l’accès à l’information sur les essais cliniques pour les patients et les professionnels de santé.
Au-delà de l’efficacité opérationnelle, notre objectif reste avant tout de permettre à davantage de patients d’accéder plus rapidement aux innovations thérapeutiques et aux essais cliniques susceptibles de répondre à leurs besoins, grâce à un algorithme de matching. L’IA représente un formidable accélérateur, mais elle ne se substitue pas à l’expertise scientifique. Sa valeur dépend avant tout de la qualité des données sur lesquelles elle s’appuie, de la validation rigoureuse des résultats obtenus et de l’interprétation réalisée par les équipes de recherche. C’est cette combinaison entre innovation technologique et exigence scientifique qui permettra de créer un impact durable pour les patients.
Que recherchez-vous aujourd’hui chez les startups que vous accompagnez ?
Depuis 2023, nous sommes partenaires de BioLabs à l’Hôtel-Dieu à Paris et nous déployons chaque année un programme de Golden Tickets destiné à soutenir des startups en phase précoce. Les lauréats bénéficient d’une année d’incubation, d’un accès aux infrastructures de BioLabs et surtout d’un accompagnement personnalisé par les experts d’Amgen. Ce mentorat est construit en fonction des besoins de chaque entreprise. Cela peut concerner le mécanisme d’action d’une technologie, son positionnement stratégique, les enjeux réglementaires ou encore les interactions avec les autorités de santé. Parmi les startups accompagnées figurent notamment Hephaistos dans l’onco-hématologie, BioHive dans le domaine des organoïdes ou encore Calida dans les maladies inflammatoires. Lorsqu’une startup candidate, le premier critère reste la robustesse scientifique. Même à un stade précoce, nous recherchons des preuves expérimentales solides et une démonstration claire du potentiel de la technologie. Nous regardons également l’équipe fondatrice, les expertises présentes au sein du projet, ainsi que les collaborations déjà mises en place avec des chercheurs, des hôpitaux ou des experts scientifiques. Mais un autre point nous paraît essentiel : la capacité de la startup à comprendre pourquoi elle souhaite travailler avec nous. Nous voulons savoir ce qu’elle attend d’Amgen et ce qu’elle pense que nous pouvons lui apporter. C’est un sujet que les chercheurs-entrepreneurs doivent intégrer très tôt. Développer une technologie innovante est évidemment indispensable, mais il faut également réfléchir à la manière dont cette innovation pourra s’intégrer dans un futur écosystème industriel. Les startups qui parviennent à se projeter dans cette logique de partenariat disposent souvent d’un avantage important pour accélérer leur développement. Nous sommes particulièrement attentifs aux innovations qui ont le potentiel de répondre à des besoins médicaux encore insuffisamment couverts et d’améliorer concrètement la prise en charge des patients.