Phibra : une brassière connectée pour prévenir le cancer du sein
Issue de travaux de recherche en bio-impédance menés par l’ingénieure Marie-Valérie Moreno, la startup stéphanoise Oncelia développe Phibra, une brassière connectée capable de suivre l’évolution physiologique des seins au fil du temps. Soutenue par les Hospices Civils de Lyon, la BPI, l’entreprise ambitionne de créer une nouvelle catégorie d’outils de prévention entre l’autopalpation et la mammographie.
Dans le dépistage du cancer du sein, la mammographie reste aujourd’hui la référence. Mais entre deux examens, parfois espacés de plusieurs années, peu d’outils permettent aux femmes de surveiller l’évolution de leur état de santé de manière objective. C’est précisément cet espace qu’Oncelia souhaite investir avec Phibra, une brassière connectée qui combine bio-impédance, thermographie et analyse algorithmique. L’innovation trouve son origine dans les travaux de Marie-Valérie Moreno, spécialiste des mesures électriques appliquées au vivant. Après plusieurs années de recherche et le dépôt de brevets, une première étude clinique menée avec les Hospices Civils de Lyon met en évidence le potentiel de la technologie. Le groupe Health 1951 décide alors de racheter les brevets et de créer une structure dédiée à leur valorisation : Oncelia.
Associer deux biomarqueurs physiques du cancer
La plupart des dispositifs de détection précoce reposent sur l’imagerie. Phibra adopte une approche différente : mesurer les modifications physiologiques induites par le développement d’une tumeur.
La première technologie embarquée est la thermographie. Lorsqu’une tumeur se développe, elle crée progressivement un réseau de nouveaux vaisseaux sanguins afin de soutenir sa croissance. Cette activité métabolique entraîne une augmentation localisée de la température que les capteurs cherchent à détecter.
La seconde repose sur la bio-impédance, une technique déjà utilisée dans certaines balances connectées. En envoyant de très faibles courants électriques dans les tissus, il devient possible de mesurer leurs propriétés physiques. Or une tumeur ne présente pas la même signature électrique qu’un tissu mammaire sain. « La thermographie mesure l’activité métabolique tandis que la bio-impédance mesure les modifications de densité tissulaire, explique Aurélie BEGLE, directrice opérationnelle et co-fondatrice d’Oncelia. Ce sont deux signaux indépendants qui convergent vers un résultat plus fiable. »
Passer d’un diagnostic ponctuel à un suivi longitudinal
L’autre rupture du projet réside dans son mode d’utilisation. Là où la mammographie fournit une photographie à un instant donné, Phibra cherche à construire un historique individuel. Après une phase de calibration permettant d’intégrer les variations physiologiques propres à chaque femme ( cycle menstruel, âge, densité mammaire ou facteurs de risque ), l’algorithme compare les mesures réalisées au fil du temps (pour un même sein ou comparativement avec l’autre sein). L’objectif n’est pas de poser un diagnostic, mais de détecter des trajectoires anormales susceptibles de justifier une consultation. Cette logique de surveillance personnalisée pourrait intéresser plusieurs populations aujourd’hui peu couvertes par les dispositifs existants : femmes de moins de 50 ans présentant des facteurs de risque, patientes ayant déjà été traitées pour un cancer du sein ou habitantes de zones où l’accès à l’imagerie est limité.
Un développement porté par l’écosystème public régional
Pour transformer cette innovation en dispositif médical, Oncelia s’appuie sur un réseau de partenaires publics et industriels principalement situés en Auvergne-Rhône-Alpes. L’Institut des Nanotechnologies de Lyon, la FRENCH POC, AQ-TECH participent aux développements technologiques tandis que les Hospices Civils de Lyon accompagnent les futures validations cliniques via le tiers-lieu La Platine. Une seconde collaboration est également engagée avec le CHU de Saint-Étienne afin de préparer les prochaines études cliniques et construire les preuves scientifiques nécessaires à l’adoption du dispositif.
Créée en janvier 2026, la startup a déjà levé 250 000 euros auprès de business angels et travaille actuellement sur une nouvelle génération de prototypes. Son ambition est désormais de démontrer la valeur clinique de cette approche afin d’ouvrir la voie à une surveillance continue et personnalisée du cancer du sein, complémentaire des outils de dépistage traditionnels.
Ce qu’il faut retenir
- Valeur ajoutée : brassière connectée combinant thermographie et bio-impédance pour la surveillance personnalisée et la prévention accessible du cancer du sein
- Niveau TRL : 4-5
- Besoins de financement : 5 millions pour une mise sur le marché
- Marché visé : 100 millions estimés entre la France et les États-Unis en priorité, avant une extension européenne