Procope Medicals développe un cœur artificiel reproduisant la physiologie naturelle
Le 9 juin, la medtech nantaise Procope Medicals a réalisé une étape majeure de son développement avec la première implantation de son cœur artificiel sur une brebis. Ce passage au modèle animal marque l’entrée en phase préclinique pour cette startup créée aux côtés des chirurgiens du CHU de Nantes. Elle développe depuis plusieurs années un cœur artificiel biventriculaire destiné aux patients atteints d’insuffisance cardiaque terminale.
Chaque année, près de 100 000 patients dans le monde attendent une transplantation cardiaque, alors que seules 6 000 à 7 000 greffes sont réalisées. Pour répondre à cette pénurie chronique de greffons, Procope Medicals, basé à Nantes, développe des cœurs artificiels capables de remplacer temporairement ou durablement l’organe défaillant. Créée en 2018 autour d’un brevet propriétaire et d’une collaboration avec le pôle de chirurgie cardiothoracique et de transplantation du CHU de Nantes, la startup s’appuie aujourd’hui sur un réseau de partenaires académiques comprenant notamment l’INSERM, le CNRS, l’UTC de Compiègne et l’INSA Lyon.
Après plusieurs années de développement sur bancs d’essais et simulateurs de circulation artérielle, l’entreprise s’apprête désormais à franchir une étape décisive avec sa première implantation sur le vivant.
Un cœur artificiel pensé pour reproduire la physiologie naturelle
Baptisé Procope 50, le dispositif développé par la startup est un cœur artificiel biventriculaire totalement implantable. Son fonctionnement repose sur une technologie électro-pneumatique permettant d’actionner deux ventricules artificiels grâce à de l’air comprimé. Une membrane souple et biocompatible reproduit ensuite le mouvement du muscle cardiaque afin d’éjecter le sang de manière pulsatile. Contrairement à certains dispositifs fonctionnant en flux continu, le système conserve une synchronisation entre les ventricules droit et gauche afin de reproduire au mieux le fonctionnement physiologique du cœur humain.
« Plus on respecte le fonctionnement naturel de l’organisme, meilleure est l’intégration physiologique », explique Stéphanie Gouraud, cofondatrice de Procope Medicals. Selon l’entreprise, cette approche permettrait notamment de mieux préserver le fonctionnement d’organes sensibles comme les reins ou le foie.
Plus on respecte le fonctionnement naturel de l’organisme, meilleure est l’intégration physiologique
Stéphanie Gouraud
Supprimer les câbles pour réduire les complications
L’un des principaux axes d’innovation concerne l’alimentation énergétique du dispositif. Aujourd’hui, de nombreux systèmes d’assistance circulatoire nécessitent un câble traversant la peau pour relier l’implant à une batterie externe. Ces connexions percutanées constituent l’une des principales sources d’infection chez les patients. Procope Medicals a choisi une architecture totalement implantable. À terme, le dispositif intégrera une batterie rechargeable par induction transcutanée développée avec plusieurs partenaires industriels spécialisés.
La startup mise également sur sa technologie électro-pneumatique pour récupérer une partie de l’énergie générée par le mouvement du système et améliorer ainsi son autonomie.
Autre caractéristique mise en avant : sa compacité. Avec un volume de 500 millilitres, le Procope 50 a été conçu pour être compatible avec davantage de morphologies, notamment pour les femmes.
Première implantation sur une brebis
Jusqu’à présent, le dispositif n’avait été évalué qu’en laboratoire sur des simulateurs de circulation sanguine. Ces essais ont permis de démontrer sa capacité à générer un débit pulsatile comparable à celui observé chez l’être humain, compris entre 4 et 6 litres par minute.
Le 9 juin, l’entreprise réalisera sa première implantation sur une brebis, marquant son entrée officielle dans la phase préclinique. L’objectif sera d’évaluer le comportement du dispositif dans un organisme vivant avant de poursuivre les travaux sur la biocompatibilité, l’implantation complète et le système de recharge par induction.
Les premiers essais cliniques chez l’homme sont envisagés autour de 2030-2031, avec une éventuelle mise sur le marché à l’horizon 2034.
19 millions d’euros à lever pour atteindre les essais cliniques
Depuis sa création, Procope Medicals a réuni environ 3 millions d’euros auprès de business angels, de Bpifrance, de la Région Pays de la Loire et de financements européens FEDER.
L’entreprise mène actuellement une levée de fonds de 4 millions d’euros pour financer ses premiers travaux précliniques. Au total, la startup estime avoir besoin d’environ 19 millions d’euros supplémentaires pour mener à bien les différentes étapes réglementaires et atteindre les essais cliniques chez l’homme.
Ce qu’il faut retenir
- Valeur ajoutée : cœur artificiel biventriculaire totalement implantable et rechargeable par induction
- Niveau TRL : 4 à 5
- Besoins de financement : 3 M€ levés, 4 M€ en cours, besoin total estimé à 19 M€ avant les essais cliniques
- Marché visé : patients atteints d’insuffisance cardiaque terminale en attente de greffe ou non éligibles à la transplantation