Recherche clinique : comment le réseau F-crin veut mieux évaluer les innovations
Organisation transverse, associant l’Inserm, les hôpitaux, les universités et les industriels en santé, F-CRIN est une infrastructure nationale qui coordonne 26 réseaux de recherche clinique et une plateforme d’expertise en France. Sa mission : aider chercheurs, hôpitaux et industriels à concevoir et mener les essais cliniques nécessaires pour transformer les découvertes scientifiques en innovations accessibles aux patients. Face à l’essor de la médecine personnalisée, des thérapies innovantes et de l’intelligence artificielle, son directeur exécutif, Vincent Diebolt, revient sur les défis auxquels est confrontée la recherche clinique française et les évolutions qu’elle doit engager.
Les progrès scientifiques permettent aujourd’hui de mieux caractériser les patients grâce aux biomarqueurs et aux approches de médecine personnalisée. Une avancée qui a toutefois une conséquence directe : les populations éligibles aux essais cliniques deviennent de plus en plus restreintes. « On est capable de segmenter des populations de plus en plus fines », explique Vincent Diebolt. Dans ce contexte, les essais cliniques classiques, réalisés sur de larges cohortes de patients, deviennent parfois difficiles à mettre en œuvre. Pour répondre à cette complexité croissante, F-CRIN fédère 26 réseaux thématiques nationaux de recherche clinique en santé (neurologie ; cardio-vasculaire, métabolique et rénal ; inflammation, immunité et infectiologie) mais aussi des domaines transverses dont les soins primaires, les thérapies innovantes et les technologies médicales. L’infrastructure rassemble chercheurs, médecins et centres hospitaliers afin de mutualiser les expertises et les capacités d’investigation. « Quand vous avez 26 centres, vous avez 26 fois plus de capacités d’investigation », résume son directeur. Depuis sa mise en place, F-CRIN a contribué au travers de la participation de ses réseaux, à plus de 1.200 projets de recherche clinique.
Environ 30 % sont portés par des industriels; les autres relèvent de promoteurs académiques, parfois associés à des partenaires privés dans le cadre de collaborations ou de cofinancements.
Renforcer la place de la France à l’international
F-CRIN est également la composante française d’ECRIN, une infrastructure européenne destinée à soutenir la conduite d’essais cliniques multinationaux. Cette double appartenance permet aux chercheurs étrangers de développer plus facilement leurs études en France, mais aussi aux équipes françaises d’étendre leurs projets à l’international. La structure copilote, avec la French HealthCare Association, la création d’un site destiné à promouvoir la recherche clinique française auprès des promoteurs étrangers d’essais cliniques. Son lancement est prévu dans les prochains mois.
Un appui pour les startups
L’une des missions de F-Crin est l’aide au développement des entreprises émergentes, biotechs et startups de santé. Selon Vincent Diebolt, nombre d’entre elles sous-estiment encore la complexité de la recherche clinique. « Il y a une certaine forme de méconnaissance des contraintes de la recherche clinique, de son poids, de son coût et du temps nécessaire », observe-t-il. Grâce à ses réseaux thématiques, F-CRIN oriente les porteurs de projets vers les experts adaptés à leur domaine thérapeutique pour les aider à construire leurs plans de développement clinique, comme de prendre en charge et conduire la réalisation de la phase d’investigation.
De nouvelles méthodes pour évaluer les innovations
En 3 ans, l’infrastructure associée à l’Agence de l’innovation en santé a engagé une réflexion sur l’évolution des méthodes d’évaluation des innovations au-delà du modèle de référence de l’essai clinique randomisé en double aveugle. L’objectif est de déterminer dans quelles conditions certaines approches émergentes peuvent compléter les essais cliniques traditionnels tout en apportant des garanties suffisantes de sécurité et d’efficacité. Parmi les pistes explorées figurent les essais adaptatifs, l’utilisation des données de vie réelle, l’intelligence artificielle ou encore les humains numériques. A l’issue de la phase d’état des lieux, d’auditions et d’analyse et la production de trois rapports (le dernier paru en mai 2025), un appel à manifestation d’intérêts a été lancé par l’ANR pour suivre un panel de projets conçu avec un design innovant à titre de démonstration. Seize projets pilotes ont été sélectionnés en avril dernier et seront suivis pendant 24 mois afin d’identifier leur développement, les difficultés rencontrées et leur évaluation par les autorités de régulation, l’objectif étant par cette expérimentation de terrain de pouvoir identifier certains préalables et conditions de validation.