Santé au travail : une plateforme de pilotage pour la santé des ouvriers

28 juin 2026

Issu de l’Institut National Universitaire Champollion à partir de travaux de recherche en ergonomie, la technologie Pilotii est devenue une plateforme de pilotage de la santé et de la sécurité au travail capable d’analyser 31 catégories de risques, d’en prédire les conséquences et de guider les entreprises dans leurs actions de prévention.

Le professeur des universités en ergonomie à l’Institut National Universitaire Champollion, Julien Cegarra, travaille depuis plusieurs années sur les méthodes d’évaluation des risques professionnels et l’aide à la décision en santé au travail. L’un de ses premiers axes de recherche consiste à automatiser l’analyse des contraintes posturales, traditionnellement réalisée par observation humaine. Le projet, baptisé ErgoPose, s’appuie sur la vision par ordinateur et l’intelligence artificielle pour reconstituer automatiquement les mouvements d’un opérateur à partir d’une simple vidéo et identifier les postures susceptibles de favoriser l’apparition de troubles musculosquelettiques. Développée avec l’accompagnement de la Satt Toulouse Tech Transfer, cette première brique technologique constitue le point de départ du transfert vers le monde économique. Les échanges avec les entreprises font toutefois émerger un constat inattendu. « Nous nous sommes rendu compte que les besoins dépassaient largement la seule question des postures. Elles recherchaient surtout un outil capable de piloter l’ensemble de leurs enjeux de santé et de sécurité », explique Julien Cegarra.

Une plateforme qui analyse 31 types de risques

Ce changement de perspective conduit àl’équipe à faire pivoter le projet. ErgoPose devient Pilotii, une plateforme qui ne se limite plus aux troubles musculosquelettiques mais intègre l’ensemble des risques professionnels : risques chimiques, psychosociaux, organisationnels, électriques ou encore liés au télétravail. La plateforme repose avant tout sur les modèles scientifiques développés au laboratoire d’ergonomie. Les connaissances issues de plusieurs années de recherche sont traduites sous forme d’algorithmes capables d’évaluer les risques, de les hiérarchiser et de proposer des stratégies de prévention adaptées. Les entreprises peuvent déployer, à partir de la plateforme, des questionnaires, des mesures environnementales, des analyses de postes ou des observations de terrain. Ces données sont ensuite croisées afin d’établir une cartographie de 31 familles de risques et d’orienter les décisions de prévention.

L’intelligence artificielle au service de la prévention

Plusieurs briques d’intelligence artificielle complètent cette expertise scientifique. Le module historique de vision par ordinateur permet toujours d’analyser automatiquement les postures à partir d’une simple vidéo réalisée avec un smartphone. D’autres algorithmes modélisent l’exposition au bruit, analysent les enquêtes réalisées auprès des salariés ou assistent les préventeurs dans la rédaction de rapports. Pour éviter l’effet « boîte noire », Julien Cegarra explique : « nous avons fait le choix que chaque recommandation soit explicable. L’utilisateur doit pouvoir comprendre comment le résultat a été produit et retrouver les calculs ou les hypothèses qui ont conduit à cette conclusion ». Cette exigence scientifique s’accompagne d’une attention particulière portée à la souveraineté des données. Les entreprises peuvent ainsi déployer la plateforme sur leurs propres infrastructures afin de conserver la maîtrise des informations sensibles.

Une commercialisation prévue à l’automne

Après plusieurs années de développement, la plateforme est désormais finalisée. Des premiers clients pilotes testent actuellement la solution afin de valider les derniers paramètres techniques avant une ouverture commerciale plus large prévue à partir de septembre 2026. Contrairement à de nombreuses startups numériques, l’équipe a choisi de privilégier la robustesse du produit avant d’accélérer son développement commercial. « Nous travaillons sur des sujets qui touchent à la santé et à la sécurité des salariés. Nous voulions être certains que le système soit suffisamment mature avant son déploiement », explique Julien Cegarra.

Jusqu’à présent, le projet s’est principalement développé grâce à des dispositifs d’accompagnement et à des financements non dilutifs, notamment via Toulouse Tech Transfer. L’étape suivante devrait désormais consister à renforcer les équipes commerciales et techniques afin d’accompagner la mise sur le marché.

Ce qu’il faut retenir

  • Valeur ajoutée :  plateforme de santé au travail issue de la recherche en ergonomie, combinant modèles scientifiques et intelligence artificielle pour analyser 31 catégories de risques professionnels et guider les actions de prévention.
  • Niveau TRL : 3-4
  • Besoins de financement : pas de besoins immédiats
  • Marché visé : entreprises de toutes tailles, services de prévention et de santé au travail, HSE et organismes publics
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