SoQut Imaging veut remplacer la biopsie du foie par une IRM de 20 secondes

15 juin 2026

@SoQut Imaging

La startup bordelaise SoQut Imaging développe ELiBio®, un logiciel d’analyse d’images IRM capable de détecter et suivre précocement la MASH (Metabolic dysfunction-Associated SteatoHepatitis), la forme sévère de la maladie du foie gras. Issue de travaux de recherche menés à l’Inserm, la technologie ambitionne de fournir aux cliniciens une alternative non invasive à la biopsie hépatique, aujourd’hui considérée comme le standard de référence.

La MASH est l’une des conséquences les plus préoccupantes de l’épidémie mondiale d’obésité. Longtemps silencieuse, cette maladie se caractérise par une accumulation de graisse dans le foie qui peut évoluer vers une fibrose, puis une cirrhose ou un cancer hépatique. Selon les estimations citées par SoQut Imaging, près d’un quart de la population mondiale serait déjà concerné par une forme de stéatose hépatique, une proportion qui continue de progresser. Le principal défi réside dans le diagnostic. Aux premiers stades, la maladie ne provoque aucun symptôme visible. Les examens sanguins, l’élastométrie ou l’imagerie conventionnelle permettent d’orienter les médecins, mais restent insuffisants pour établir un diagnostic précis. Dans les cas complexes, les cliniciens doivent encore recourir à la biopsie hépatique, un geste invasif consistant à prélever un fragment du foie pour l’analyser.

Une « biopsie numérique » du foie

C’est précisément sur ce point que se positionne SoQut Imaging. Co-fondée par Benoît Chardonnet, Simon Lambert enseignant-chercheur à l’Université Claude Bernard Lyon 1 et spécialiste du développement de biomarqueurs d’imagerie et de l’élastographie par résonance magnétique, ainsi que par Benjamin Leporq, chercheur Inserm, spécialiste de l’imagerie hépatique quantitative et à la mesure non invasive de la fibrose et de la stéatose du foie, la startup est née d’une volonté de transférer vers le marché des travaux de recherche développés en laboratoire. « Si la technologie reste au sein de l’université ou du laboratoire, elle ne sera jamais exploitée. La meilleure façon de la rendre disponible aux praticiens est de la transférer via une startup », explique Benoît Chardonnet, cofondateur et CEO de SoQut Imaging.

La société développe ELiBio®, pour « Electronic Liver Biopsy ». Une technologie qui tente de transformer une IRM classique en un outil capable de caractériser quantitativement l’état du foie. Concrètement, une séquence IRM supplémentaire de moins de vingt secondes est ajoutée à l’examen de base. Les images obtenues sont ensuite analysées par le logiciel de SoQut Imaging, qui extrait plusieurs biomarqueurs : la quantité de graisse présente dans le foie, sa teneur en fer et surtout un indicateur permettant d’évaluer la fibrose hépatique.

L’objectif n’est pas de remplacer le médecin mais de lui fournir des informations quantitatives supplémentaires. « Nous sommes un dispositif d’aide au diagnostic. Nous donnons des mesures et des cartographies du foie. C’est ensuite au clinicien d’interpréter ces résultats », précise Benoît Chardonnet.

Contrairement à de nombreuses solutions médicales récentes, la technologie ne repose pas directement sur l’intelligence artificielle. Les fondateurs ont développé des algorithmes de quantification basés sur des mesures physiques issues des images IRM. « Quand nous indiquons qu’un foie contient 8 % de graisse, ce n’est pas une prédiction. C’est une mesure physique », souligne le dirigeant.

L’arrivée des premiers traitements relance le besoin de diagnostic

Jusqu’à récemment, les patients ne disposaient d’aucun traitement médicamenteux spécifique. Les recommandations reposaient essentiellement sur des modifications du mode de vie. L’arrivée des premières molécules dédiées à la MASH, mais aussi le déploiement croissant des traitements contre le diabète et l’obésité, qui agissent directement sur le métabolisme, remettent désormais la question du diagnostic précoce et du suivi longitudinal au centre du parcours de soins. Dans ce contexte, disposer d’un outil d’imagerie capable d’évaluer l’état du foie de façon répétée et non invasive représente un enjeu majeur, alors qu’une biopsie hépatique ne peut être envisagée comme examen de suivi régulier.

Dans ce contexte, SoQut Imaging cible deux marchés distincts. Le premier concerne les hôpitaux et centres experts prenant en charge les patients atteints de maladies métaboliques du foie. Le second vise l’industrie pharmaceutique, qui investit massivement dans le développement de nouvelles molécules contre la MASH.

Une medtech encore en phase de validation clinique

SoQut Imaging se situe aujourd’hui dans une phase pré-marquage. La startup estime son niveau de maturité technologique à TRL 6. Plusieurs études ont déjà démontré la faisabilité de la technologie, mais des validations cliniques complémentaires restent nécessaires avant l’obtention des autorisations réglementaires et le lancement commercial.

La société mène actuellement des expérimentations dans plusieurs centres hospitaliers français, notamment à Bordeaux, Bayonne, Toulouse, Angers, Rennes, Versailles et Clermont-Ferrand. Des collaborations avec des centres de radiologie privés sont également en cours. Parallèlement, l’entreprise prépare les étapes réglementaires indispensables à sa commercialisation. L’obtention du marquage CE est visée pour 2027. En parallèle, l’entreprise prépare également son accès au marché américain, qu’elle envisage de cibler dès les premières phases de commercialisation.

À plus long terme, la société entend rester focalisée sur les maladies du foie. Si la technologie pourrait théoriquement être appliquée à d’autres organes, les fondateurs estiment que le potentiel d’innovation dans l’hépatologie demeure considérable. « Le terrain d’exploration du foie est gigantesque », résume Benoît Chardonnet.

Ce qu’il faut retenir

  • Valeur ajoutée : logiciel d’analyse IRM permettant de réaliser une « biopsie numérique » du foie en moins de 20 secondes, sans geste invasif
  • Niveau TRL : 6
  • Besoins de financement : levée de 2,5 M€ prévue en 2027 pour finaliser les validations cliniques, obtenir le marquage CE et préparer la commercialisation
  • Marché visé : diagnostic et suivi de la MASH/MAFLD dans les hôpitaux et centres experts, ainsi que les essais cliniques menés par l’industrie pharmaceutique
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