Table-ronde : existe-t-il un modèle économique adapté aux FemTech ?

1 juillet 2026

De gauche à droite : Florent Detroy, Antoine Pallud, Nejma Seidani, Cécile Réal

Malgré un marché en pleine croissance et un écosystème qui se structure progressivement, les projets Femtech peinent encore à accéder aux financements nécessaires à leur développement. À l’occasion de la Matinale POC, quatre spécialistes de l’innovation, de l’investissement, de l’industrie et des politiques publiques ont échangé sur les modèles économiques susceptibles d’accompagner l’émergence de ces nouvelles solutions pour la santé des femmes.

Réunissant Cécile Real (CEO d’EndoDiag et présidente de Medevice Capital), Nejma Saidani (directrice des affaires publique et économique France de Boston Scientific) et Antoine Pallud (chef de service aide aux entreprises du conseil régional d’Île-de-France), la table ronde portait sur un sujet souvent relégué au second plan lors des projets de recherche : le modèle économique.

« Il faut penser au modèle économique dès le début »

Nejma Saidani

Pour Cécile Real, qui développe des solutions de diagnostic de l’endométriose depuis une quinzaine d’années, le secteur a profondément évolué. « Quand on a lancé EndoDiag, il fallait d’abord expliquer ce qu’était l’endométriose. On a passé des années à sensibiliser les investisseurs, les autorités de santé et même les médecins, rappelle-t-elle. À l’époque, poursuit-elle, la santé des femmes se résumait essentiellement à la contraception ». Aujourd’hui, la Femtech couvre un champ beaucoup plus vaste, des pathologies spécifiquement féminines aux maladies dont les spécificités chez les femmes restent encore insuffisamment étudiées, comme les maladies cardiovasculaires. Cette évolution ne signifie pas pour autant que le chemin est terminé. Selon l’entrepreneure, de nombreuses pathologies souffrent encore d’un déficit de connaissances scientifiques. « Nous avons dû faire nous-mêmes une partie de la recherche fondamentale parce qu’elle n’existait pas encore », explique-t-elle à propos de l’endométriose.

Des solutions pour quels besoins ?

Pour  Nejma Saidani, la qualité scientifique d’un projet ne suffit pas. Il doit ensuite passer un grand nombre d’étapes avant d’arriver sur le marché. « Le premier Graal, c’est déjà le marquage CE », rappelle-t-elle, évoquant les nouvelles contraintes du règlement européen sur les dispositifs médicaux (MDR), qui ont considérablement allongé les délais d’accès au marché. Au-delà des aspects réglementaires, elle insiste sur l’importance de construire très tôt une stratégie de valorisation. « Vous avez des super technologies, mais on répond à quel besoin ? Qui en a besoin ? Qui va payer ? », interroge-t-elle. Selon elle, ces questions doivent être abordées dès les premières phases de développement et non une fois le produit finalisé.

Même message du côté des investisseurs. Pour Cécile Real, les porteurs de projets doivent anticiper très tôt la démonstration de leur impact. « Réfléchissez tout de suite à la démonstration. N’attendez pas d’être sur le marché. Qu’est-ce que votre solution apporte ? Comment allez-vous le mesurer ? », conseille-t-elle. Ces éléments seront déterminants, que le financeur soit un investisseur, une mutuelle, une entreprise ou l’Assurance maladie.

Les échanges ont également porté sur la question du remboursement, souvent considéré comme l’objectif ultime des startups de la santé. Pour les intervenants, la réalité est plus nuancée. « Ce n’est pas forcément adapté à toutes les startups », souligne Laurence Al Neimi. Certaines solutions relevant davantage du bien-être n’ont pas vocation à être remboursées par l’Assurance maladie. En revanche, pour les dispositifs médicaux, cette reconnaissance constitue un levier important de diffusion et de crédibilité auprès des professionnels de santé. D’autres voies existent également. Mutuelles, entreprises ou employeurs peuvent devenir des financeurs pertinents, à condition que les bénéfices de la solution soient objectivés. « Les mutuelles demanderont les mêmes choses : pourquoi financer cette solution ? Qu’apporte-t-elle ? La mesure de l’impact est extrêmement importante », insiste Cécile Real.

Un nouveau fonds FemTech

La Région Île-de-France a profité de cette table ronde pour détailler son futur fonds d’investissement dédié aux Femtech. Selon Antoine Pallud, cette initiative répond à une véritable défaillance de marché. « Nous avons identifié une faille de financement sur l’amorçage et les séries A. Les fonds généralistes prennent encore très peu de risques sur ces sujets », explique-t-il. La Région a ainsi décidé d’investir 5 millions d’euros dans un fonds qui vise une taille finale de 50 millions d’euros afin d’accompagner entre 10 et 15 entreprises. Le fonds couvrira l’ensemble du spectre des Femtech : biotechnologies, dispositifs médicaux, diagnostics, intelligence artificielle ou encore prévention. Pour Antoine Pallud, l’objectif dépasse le seul financement de quelques startups. « Nous voulons faire émerger les leaders de demain et créer un cercle vertueux afin de montrer aux investisseurs que ces projets sont viables », affirme-t-il.

Cécile Real salue cette initiative, tout en rappelant qu’elle ne suffira pas à elle seule. « Ce n’est jamais suffisant à l’échelle d’un écosystème, mais cela lance une dynamique », estime-t-elle.

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